
Lundi 17/07/06
Nous atterrissons à Antananarivo peu avant minuit : nous avons un « léger » retard ;-)
Débarqués à l’aéroport, nous nous faisons encercler par les chauffeurs de taxi qui attendaient le dernier vol avant de rentrer chez eux. C’est leur dernier trajet de la journée, les négociations vont bon train et Seb obtient la course à un prix défiant toute concurrence : 4 000 Ariary, c'est-à-dire moins de 2 euros. Sur le chemin le taxi s’arrête à la pompe à essence : 2 200 Ariary le litre ! Nous sommes tellement pris de remords que finalement nous laissons au taxi près de 3 fois le prix prévu.
Mardi 18/07/06
Nous courons aux quatre coins de « Tana » (diminutif d’Antananarivo) pour préparer la suite de notre voyage. Nous sommes en pleine saison touristique, nous n’avons plus beaucoup de choix mais nous dénichons difficilement des billets pour l’île de la Réunion pour le 12 Août.
Et comme aujourd’hui est un jour spécial, les 33 ans de Seb ! nous fêtons son anniversaire dans un des meilleurs restaurants de la ville : le Kudéta. Nous nous régalons de gratiné de crabe, de crevettes et de zébu au foie gras : nous commençons déjà à aimer Madagascar :-)
Mercredi 19/07/06
6 heures, nous montons dans le bus pour la ville d’Antsirabe située à 169 kilomètres au sud de la capitale.
Nous l’atteignons dès 9h et louons des VTT pour visiter les environs. Nous partons vers midi, le ciel est d’un bleu pur, nous traversons des rizières, de petits villages dont les maisons sont faites de briques rouges, contournons de jolis lacs, dépassons des chars tirés par des zébus, grimpons à flanc de colline, apercevons des cultures en terrasses, des rivières…la randonnée est superbe ! Heureusement car le parcours de 35 kilomètres est jalonné de belles côtes et comporte de longs chemins caillouteux, c’est du sport ! Nous sommes tellement fatigués que nous optons pour le taxi-brousse pour rentrer à Antsirabe (comme la plupart des touristes, je précise ;-))
Nous sommes 10 adultes et un nourrisson dans la R12 break taxi-brousse sur laquelle nous avons attaché nos vélos. L’essence est très chère ici comparé au niveau de vie, le co-voiturage est donc poussé au maximum…
Voilà, après notre petit tour de France à nous, nous quittons la voiture balai pour le Cyber Snack qui, comme son nom l’indique propose des accès Internet et des snacks…et nous nous attablons pour assister à l’arrivée de l’étape alpine du jour retransmise sur TV5.
Une fois revigorés nous rentrons au « Cercle Mess », un bâtiment utilisé pour loger l’armée malgache mais qui loue également de grandes chambres au public. Rien de tel qu’un après-midi de VTT pour passer une bonne nuit :-)
Jeudi 20/07/06
Nous avons décidé de faire un peu de sport à Madagascar alors aujourd’hui, c’est « cheval »…
Nous retrouvons notre guide et nos montures au petit matin. Une maman cavalière chevronnée et sa fille nous accompagnent. Nous partons tranquillement au pas, il ne faut pas oublier que notre dernière (et première) expérience équestre remonte déjà à 10 mois…
Nous sortons de la ville, traversons la rivière et nous dirigeons vers des petits villages dans lesquels les enfants nous crient des « salut vazaha » ! Tout se passe bien, il fait beau, nous nous réhabituons au petit trot, le panorama composé de rizières et de collines est fabuleux, c’est super…jusqu’au moment où les chiens s’y mettent ! Aux abords d’une maison un petit chien blanc, alerté par le bruit des chevaux, sort en courant et en aboyant autour de nos montures. Mon cheval s’affole, prend peur, il rue dans les brancards, se cabre et me voila propulsée dans les airs dans un magnifique vol plané style « sac à patates »…je me récupère sans plus de style sur le flanc droit, dans la terre rouge…un peu sonnée. Le temps de reprendre mes esprits, je me rends compte que je n’ai rien de cassé, mais j’ai eu une belle frayeur !
Une chute par jour ça suffit, je change de monture pour un cheval plus aguerri et moins peureux : une vieille rosse quoi ;-) Non, je plaisante, mais un cheval avec plus de bouteille ça ne fait pas de mal et nous passons les villages suivants et les s…de corniauds hurleurs sans encombres.
Nous montons par un sentier vers une des collines qui surplombent la ville et faisons une pause à l’ombre des arbres en admirant la vallée pendant que nos chevaux se sustentent…
Il est temps de redescendre, le chemin n’est pas facile pour les chevaux, il est bien cabossé, il faut s’accrocher ! Nous passons sous des allées de pins, retraversons la rivière, suivons la voie ferrée et regagnons nos pénates. C’était une ballade fantastique, un peu mouvementée mais absolument fantastique. Les environs d’Antsirabe sont exceptionnels.
Vendredi 21/07/06
Antsirabe est la capitale des « Pousse-pousse », vestige de l’influence asiatique. Ces charrettes pour voyageurs, tirées par des hommes, sont partout dans la ville. Dès que nous pointons le nez hors de notre hôtel tous les pousse-pousse des environs courent vers nous et nous crient leur numéro de véhicule : « Numéro 3 ! Numéro 20 ! Numéro 17 ! N’oubliez pas hein ! ». Enfin, ils « crient », façon de parler car les malgaches ont en général une voix tellement douce et des intonations tellement calmes qu’ils ont l’air incapables de hausser la voix ou même de s’énerver.
A 9 heures nous montons dans le bus en direction de Fianarantsoa que nous atteignons vers 15 heures. Aux abords de la ville nous apercevons, le long de la rivière, des fabriques de briques en terre cuite. Les rectangles de terre grise découpées dans la terre sont déposés par centaines sur les rives tandis que les briques cuites, devenues rouges, sont alignées le long de la route dans l’attente d’un convoi. La confection, la cuisson dans des fours de fortune et le transport des briques occupent beaucoup de monde et les enfants sont parfois mis à contribution pour le transport des briques qu’ils calent sur leurs têtes…
Samedi 22/07/06
7h30, le « FCE », le train Fianarantsoa Côte Est, un vieux train rouillé de quelques wagons seulement se met en branle. Nous sommes dedans. Nous avons assisté au remplissage de la seconde classe : une cohue indescriptible, les paquets passent par les fenêtres, les premiers arrivés réservent la place pour toute la famille, autrement dit nous n’avions pas notre chance pour obtenir une place assise. Nous nous sommes alors félicités d’avoir opté pour la première classe dans laquelle le confort n’est pas exceptionnellement plus élevé mais où, au moins, les places sont réservées. Pour un voyage de 8 heures ça compte.
D’ailleurs la plupart des touristes ont eu la même idée que nous et les wagons de première sont quasi exclusivement occupés par eux (nous).
L’intérêt du circuit, hormis le voyage dans le temps que représente un trajet sur une ligne dont la construction a débuté sous la colonisation et dans des wagons suisses datant du milieu du siècle dernier, réside dans la beauté et la variété des paysages traversés. Nous longeons tout d’abord des rizières et dépassons les hautes maisons de briques rouges dotées d’un long balcon en bois, caractéristique du peuple Betsiléo. Nous coupons la plantation de thé de Sahambavy, l’unique plantation de thé de Madagascar, puis le train se fraie un chemin au milieu de la forêt tropicale, des cocotiers et des bananiers. Cette ligne atypique coupe les parcs nationaux de Ranomafana et Andringitra. La végétation est très dense aux abords des rivières et de la belle cascade de Madriampotsy que nous admirons, penchés aux fenêtres.
Les conversations vont bon train également à l’intérieur du wagon, même si les crissements des roues sur les 163 kilomètres de vieux rails saisis aux allemands en Alsace par les français au lendemain de la première guerre mondiale ou les passages dans l’un des 48 tunnels qui jalonnent le parcours rendent parfois la compréhension difficile. Pour la première fois depuis longtemps la langue du voyage est ici le français. En effet, non seulement nous communiquons en français avec les malgaches mais les voyageurs francophones (suisses, québécois, belges et bien sûr français) sont bien plus nombreux que les autres. Nous rencontrons beaucoup d’habitants de la Réunion toute proche venus passer leurs vacances ici et en profitons pour leur demander conseil sur les lieux à visiter sur leur île car c’est notre prochaine (et dernière) étape.
Le train traverse des villages très isolés pour qui il représente l’unique moyen de communication et d’échange économique avec le monde extérieur. Les villageois chargent des bananes, des oranges et des mandarines dans les wagons de fret, sous les sièges, dans les corbeilles à bagage... Le convoi leur permet d’exporter chaque année 3 000 tonnes de café et plus de 12 000 tonnes de fruits vers les marchés régionaux. Si le « FCE » cessait de fonctionner cela signerait l’arrêt de mort de beaucoup de villages et accélèrerait la déforestation car les arbres fruitiers ne doivent, eux aussi, leur existence, qu’à ce train. Sans lui les villageois cultiveraient uniquement du riz et auraient recours à la culture sur brûlis. De ce fait on estime que le corridor forestier disparaîtrait en une petite vingtaine d’années ! Sans compter que les convoyeurs de fruits qui portent des charges de près de 60 Kgs sur parfois 10 kilomètres (en échange d’une somme équivalent à 2 kilos de riz) perdraient leur emploi…Si le tourisme s’y met pour plébisciter la survie de cette ligne ce n’est donc pas plus mal.
Nous atteignons Manakara à l’heure prévue c'est-à-dire vers 15 heures : aucun déraillement à déplorer, pas de problème, pas de retard, ce qui n’est pas toujours le cas…
Le train coupe la piste d’atterrissage de Manakara ( !) et entre en gare : terminus, tout le monde descend. En face c’est l’océan indien !
Dimanche 23/07/06
Pendant que les paroissiens endimanchés se rendent à l’office, nous prenons notre petit déjeuner chez Clo : pains au raisin, pains au chocolat, croissant aux amandes…l’influence française a du bon parfois ;-)
Après ce solide petit déjeuner, nous partons marcher vers la mer. Nous longeons la jolie plage de sable jaune. L’eau fait envie mais elle est paraît-il fréquentée par les requins et malmenée par les courants : nous nous abstenons donc.
Nous nous baladons le long de la plage sous une allée de pins, dépassons des vendeurs de noix de coco et arrivons au Parthenay Club, un hôtel-restaurant de bord de mer dans lequel nous voulions descendre hier mais qui était complet. La piscine d’eau de mer est attirante sur le papier mais dans les faits l’échelle rouillée, l’eau sombre et les parois grisâtres n’invitent pas à la baignade…
A défaut de bain nous nous attablons face à la mer, scrutons l’océan où, paraît-il, on aperçoit parfois le souffle des baleines qui croisent au large et commandons des langoustes grillées. Nous n’avons pas la chance de voir les baleines, il est encore un peu tôt, le mois d’Août serait plus propice…mais les langoustes sont délicieuses.
Lundi 24/07/06
Coup de sifflet, tout le monde en voiture, nous sommes fins prêts pour le retour sur Fianarantsoa. Nous retraversons la piste d’atterrissage et retrouvons les champs carrés séparés par de petits murets. Nous laissons dernière nous les huttes en bois à la toiture en feuilles de palmier des Tanala et contemplons les larges feuilles de bananiers transpercées par la douce lumière jaune du matin.
Le train s’arrête dans les petites gares qui s’animent au passage du train. Comme à l’aller c’est l’effervescence pour vendre des bananes, des mandarines, des écrevisses grillées, des petites saucisses ou des pommes cannelles aux voyageurs. Notre curiosité nous pousse vers les pommes cannelles, des fruits ressemblant extérieurement à un artichaut fermé et dont le goût et la texture de la chair blanche s’apparente à du yaourt. Les gros pépins ne facilitent pas la dégustation mais c’est plutôt bon.
Le retour est sensé être plus long que l’aller car le train doit monter la pente. Lorsque les rails sont mouillés il faut sabler la voie pour ne pas glisser... Mais comme aujourd’hui il fait beau et qu’il y a peu de fret nous entrons en gare avant l’heure prévue.
Mercredi 26/07/06
Le bus de Fianarantsoa à Ranohira pointe son nez avec plus de deux heures de retard mais ça n’étonne personne. A la sortie de Fianar nous apercevons d’énormes roches lisses et rondes plantées au milieu d’un paysage de toute beauté.
Jeudi 27/07/06
L’Angap, l’organisme qui gère les parcs nationaux de Madagascar possède un petit bureau dans le village de Ranohira. La cabane est bondée de touristes et de guides qui s’apprêtent à partir à l’assaut du parc d’Isalo. En plus des prix élevés et du guide obligatoire ça finit de nous refroidir.
Plutôt que de nous mêler à la foule nous choisissons de contourner le parc car les escarpements rocheux sont fantastiques vus de loin. Cela nous permet de marcher tous les deux sans guide, calmement, loin des sentiers touristiques.
Nous décidons donc de longer les hautes parois jaunes et grises de la montagne qui se dresse devant nous. Nous empruntons tout d’abord le chemin utilisé par les 4X4 pour rejoindre le parking qui marque l’entrée du parc national (du moins c’est ce que nous croyions).
Nous accompagnons des femmes qui se rendent au ruisseau pour laver le linge qu’elles portent sur la tête dans de grosses bassines.
Avant l’entrée présumée du parc, nous bifurquons sur la droite dans un petit chemin de pasteurs qui coupe les hautes herbes jaunes et contourne la montagne.
La température est idéale, nous marchons d’un bon pas en suivant les étroits chemins de terre qui se succèdent. Nous dépassons un troupeau de zébus gardé par des enfants, échangeons quelques « salaam », traversons un ruisseau, grimpons sur un monticule rocheux et débouchons sur un micro village de trois maisons.
Là une petite fille de six ou sept ans coiffée de grosses tresses remontées à l’arrière du crâne et habillée d’une robe rose court à notre rencontre. Elle trébuche, manque de s’étaler par terre et pouffe de rire. Parvenue à notre hauteur elle se colle à nous, nous tâte les bras et approche son petit nez curieux de notre peau blanche qui dégage une odeur de crème solaire qu’elle ne connaît pas. Sa mère sort d’une des huttes de terre et de paille, la rappelle à l’ordre et la ramène à la maison.
Nous saluons les trois femmes qui surveillent les nombreux enfants qui jouent dans la cour et continuons le chemin qu’elles nous indiquent. Elles ne parlent pas français mais savent dire « au canyon ». Nous n’avons par de but précis, pas de carte, mais si nous arrivons dans un canyon ça nous va. Et pour le chemin du retour ce n’est pas compliqué : la montagne nous offre un point de repère immanquable.
Quelques minutes plus tard un gros rocher agréablement frais, planté au milieu d’une clairière, nous invite à une pause. Une femme et son mari nous dépassent. La femme, tout sourire, demande une cigarette à Seb. Son sourire s’élargit encore lorsqu’elle l’obtient. Elle rejoint alors son époux pour partager le tabac.
Lorsque nous repartons, ils nous suivent. Devant une rivière nous hésitons. Faut-il se déchausser et la traverser ou y a-t-il un sentier à proximité ? L’homme et la femme qui marchent pieds nus s’avancent dans l’eau et s’arrêtent sur la rive opposée pour se rafraîchir les bras et le visage.
Nous décidons alors de les imiter, ôtons nos chaussures de randonnée, nos chaussettes et entrons avec délice dans l’eau claire et fraîche.
Le ruisseau poursuit son cours vers une petite déclivité dans la roche qui forme une mini cascade et une piscine naturelle. Pendant que nos deux amis remontent le cours d’eau à pied, nous décidons de poser le camp près de la piscine le temps de déjeuner et de nous baigner.
L’eau vive est fraîche, nous nous aspergeons et nous lavons de la poussière accumulée lors de la marche de ce matin. Une jeune femme arrive au ruisseau accompagnée d’un petit garçon de trois ou quatre ans et d’un nourrisson qu’elle porte sur son dos. Elle a l’air très pauvre, ses vêtements troués et gris sont presque des guenilles.
Nous faisons sécher nos maillots mouillés sur les pierres puis reprenons le chemin du retour. Nous croisons une famille qui rentre chez elle. Un bébé est perché sur les épaules du Papa et trois enfants marchent devant. Les familles sont nombreuses ici avec un taux de fécondité de six enfants par femme en moyenne ! Les enfants sourient en nous voyant mais, encore un signe de la pauvreté omniprésente et des problèmes de nutrition, l’un des enfants a le ventre rond comme un ballon…
Nous repassons devant la maison de la petite fille à la robe rose. Les hommes sont rentrés des champs à cette heure. Une femme nous invite à boire un verre chez elle mais nous refusons poliment car l’orage tonne dans la montagne, il se rapproche et nous avons encore un long chemin devant nous.
Nous regagnons Ranohira avant la pluie mais là-bas un comité d’accueil nous attend : nous aurions franchi les limites du parc ! Des guides nous auraient vus et dénoncés…
Nous comprenons que les guides sont furieux que nous ne les ayons pas embauchés et après consultation de la carte il semble bien que nous ayions allègrement franchi les limites du parc…mais ils pourraient mettre un panneau !
Le directeur de l’Angap nous sermonne un peu mais finit par nous laisser tranquilles après nous avoir montré les limites du parc sur la carte puis demandé où nous étions… « Oh la la mon bon monsieur, on n’était pas là du tout ! » ;-)
Dans la foulée il nous propose, pour demain, d’embaucher le guide qui nous casse les pieds depuis une demi heure et qui nous a traînés dans son bureau. Quel fin psychologue ! Bien sûr, si nous décidons de visiter le parc c’est sur ce guide que portera notre choix…avec les deux mots de français qu’il a à son actif il a tout de même réussi à nous dire que lors de son séjour en France il avait payé cher et qu’il comptait bien nous rendre la pareille. Très sympathique, c’est sûr, nous le recommanderons !
Pour résumer, nous avons fait une très belle ballade aujourd’hui mais demain nous nous renseignerons bien sur les limites du parc pour partir dans le sens opposé. Au dîner nous croisons deux touristes qui nous expliquent qu’ils marchaient au pas en file indienne sur un des sites du parc, humm, ça fait envie. Pour demain on hésite finalement…
Vendredi 28/07/06
Nous marchons le long de la route qui sort de Ranohira en direction de Fianarantsoa. Le paysage est également très beau même si nous sommes plus loin des montagnes qu’hier. A trente minutes du village nous croisons un homme qui garde un troupeau de zébus, un fusil sur l’épaule ! Nous le saluons, il nous demande où nous allons. Nous lui expliquons que nous voulons juste marcher un peu hors du parc mais il nous prévient qu’il faut faire très attention car il y a beaucoup de vols dans les environs !
Décidément, Isalo commence à nous plaire ! Nous avons réussi à conserver l’appareil photo et la caméra pendant onze mois, ce n’est pas pour nous faire dépouiller à un mois du retour…Nous rebroussons chemin et échouons à la terrasse de l’hôtel restaurant « chez Berny ». Voilà, on veut faire du sport et on nous en dissuade… on a des témoins ! ;-)
Samedi 29/07/06
Le bus nous a déposés à Tuléar pendant la nuit. Nous dégustons une bonne baguette beurrée et confiturée sur la terrasse ensoleillée, installés dans les fauteuils en rotin de l’hôtel restaurant « Chez Lala ». La vie est trop dure…
Après le petit déjeuner nous grimpons chacun dans un « pousse » en direction de la gare routière où nous nous entassons avec vingt autres personnes dans un taxi brousse. Le véhicule a connu des jours meilleurs, il réclame son litron d’eau toutes les cinq minutes. Les 22 kilomètres qui nous séparent d’Ifaty ne sont avalés qu’au bout de deux longues heures. Vers 13H nous descendons de voiture, le sang peut à nouveau circuler dans nos jambes.
A la terrasse d’un café nous retrouvons deux réunionnais rencontrés plus tôt dans le bus et Gilbert, un franco espagnol que nous avions croisé à Mamallapuram dans le Tamil Nadu en Inde où il est sculpteur : le monde est petit !
Gilbert nous guide dans le village et nous montre quelques bungalows. Nous entrons chez « Pop » où un rastaman gonflé à la ganja et au rhum nous présente une hutte dans laquelle les draps auraient des histoires à raconter…nous ne voulons pas les connaître et continuons vers « l’Auberge Inn » qui, malgré son jeu de mots un peut limite est super et sert une cuisine exquise.
Dimanche 30/07/06
Ifaty compte quelques beaux sites de plongée que nous décidons d’explorer avec Richard, un sud africain hyper sympathique qui tient la barre du centre de plongée « Le Grand Bleu ».
Nous rejoignons la barrière de corail puis débutons par un peu de « masque-tuba » pendant que Ludmila, une bretonne montée avec nous sur le bateau, fait son baptême de plongée.
Le site a été poétiquement baptisé « le champ de roses » en raison de la forme des coraux dont les extrémités ressemblent à des pétales. Nos combinaisons de 5 millimètres d’épaisseur (l’eau n’est pas encore très chaude car c’est l’hiver), nous permettent de flotter sans effort. Nous observons les poissons perroquets, les poissons trompettes et leurs congénères multicolores puis nous remontons sur le petit bateau pour changer de site et descendre avec les bouteilles cette fois.
« Le canyon », le troisième site de plongée nous plaît particulièrement. Nous croisons deux gros poissons « Napoléon », planons dans des canyons sous marins, traversons de petites arches et observons avec gourmandise d’énormes langoustes que nous n’avons pas le droit d’inviter à déjeuner (il faudrait venir en apnée et 20 mètres de fond ce n’est pas donné à tout le monde ;-)
Lundi 31/07/06
De bon matin nous dépassons les pêcheurs qui gagnent le large sur leurs coques de bois poussées par le vent qui s’engouffre dans les voiles faites d’un patchwork de tissus.
Nous traversons « la passe », le chenal qui coupe la barrière de corail qui protège le lagon et rejoignons le premier site de plongée de la matinée. Entre les deux sessions nous scrutons le large à la recherche des baleines à bosse qui croisent dans le canal du Mozambique avant de rejoindre l’île Sainte Marie. Mais comme hier nous ne voyons que le grand bleu à perte de vue et aucune baleine à l’horizon.
Nous plongeons dans « la fosse aux requins », un site baptisé ainsi car avant le passage d’El Niňo et le réchauffement de l’eau, on était assuré d’y croiser des requins. Aujourd’hui les requins se sont évadés vers des eaux plus fraîches et il est beaucoup plus rare d’en voir.
Pas de requin pour nous aujourd’hui, pas de baleine non plus mais pendant toute la plongée nous les entendons chanter. Leur chant porte loin, elles peuvent être à plusieurs kilomètres…
Mardi 1/08/06
C’est notre cinquième et dernière plongée ce matin. Nous sommes accompagnés de trois suisses et d’un français qui découvrent avec nous le site appelé « les cathédrales ». C’est notre site préféré d’Ifaty. Les roches ont formé des arcades sous marines et des petits tunnels dans lesquels des poissons ont élu domicile. Les fonds marins sont somptueux, on se croirait dans une cathédrale engloutie, ce qui donne une certaine solennité au paysage.
Remontés à la surface, une surprise de taille nous attend. Deux baleines à bosse longent la baie ! Leur dos gigantesque rase l’eau, elles vont très vite.
Nous les suivons un moment avec le bateau puis elles plongent en nous dévoilant leur nageoire caudale. Les reverrons nous ou nous tiraient-elles leur révérence ?
Oui ! Les voici à nouveau. Elles affleurent l’eau de l’autre côté du bateau et forment des geysers dans un grand souffle puissant.
Encore sous le charme de cette rencontre, nous les regardons s’éloigner alors que le bateau s’arrête sur le second site de plongée. Richard vient de décider de nous offrir une plongée supplémentaire, c’est lui qui arrose, c’est vraiment très sympa de sa part.
Nous chaussons nos palmes, enfilons nos stabs munies de nos bouteilles en alu et basculons dans l’eau claire. Il y a près de 20 mètres de fond et nous voyons les coraux et les poissons depuis la surface !
Un poisson pilote nous colle pendant toute la plongée. Lui aussi paraît nostalgique des requins… ;-)
Un gros mérou nous attend à la sortie d’une grotte, des bancs de poissons jaunes et bleus s’égayent à notre arrivée, les nageoires en dentelle effilochée des poissons scorpion dansent au gré des courants et de grosses étoiles de mer bleues tapissent le fond… Ifaty est un site de plongée formidable, tout aussi beau que la grande barrière de corail en Australie !
Mercredi 2/08/06
Nous reprenons le taxi brousse en direction de Tuléar. Cette fois c’est un gros camion transformé en bus, beaucoup moins essoufflé que le taxi brousse de l’aller qui nous conduit…
Jeudi 3/08/06
Après avoir longuement hésité à nous rendre à Anakao à quelques heures de taxi-brousse au sud de Tuléar, nous décidons de retourner plonger à Ifaty.
Nous étions sur le point de descendre à Anakao mais nous avons rencontré plusieurs plongeurs déçus par les fonds sous marin déserts et d’autres dégoûtés par la saleté de la plage…nous avons donc changé d’avis. Nous avions des billets d’avion et des réservations de bus à changer. Notre brève étape à Tuléar n’aura donc pas été inutile.
Nous prenons à nouveau place dans le taxi brousse en partance pour Ifaty. Le conducteur nous réclame 3 000 Ariary chacun alors que, pour avoir effectué le trajet deux jours plus tôt, nous savons pertinemment que le prix est de 2 000 Ariary. L’homme est antipathique, clame que pour les « Wazaha » c’est le prix, et tout le monde autour rigole de sa tentative d’escroquerie. Seb refuse de se laisser racketter et lui tend 2 000 Ariary avant de faire monter nos sacs sur le toit. Nous prenons place sur les bancs défoncés du camion.
Un vieil homme sec à faire du feu s’assied à côté de nous. Derrière, quatre marmots gigotent sur les genoux de leur mère. C’est la cohue dans l’allée centrale et le sol est recouvert de sacs de riz.
Les enceintes, volume à fond, crachent du zouk. Les enfants chuchotent les paroles alors que les jeunes hommes debout dans l’allée secouent les hanches en cadence. Ce serait sympa si nous n’étions pas collés aux enceintes, que nous pouvions respirer librement et si le banc n’était pas fendu ;-) Et dire que je me plains du métro à Paris…
Le camion se remplit progressivement par des faufilements entre les corps déjà compressés et par des incursions par les fenêtres…au bout d’une heure plus personne ne peut bouger. Nous pouvons donc partir après l’arrêt traditionnel à la pompe à essence bien sûr.
Le trajet, quoiqu’ « un peu » inconfortable se passe sans encombres. A Mangily-Ifaty, nous descendons par l’embrasure d’une fenêtre afin de ne pas désincarcérer les 20 personnes emmêlées à l’arrière du bus.
De retour à l’Auberge Inn nous constatons que les poches de nos sacs ont été visitées pendant le parcours. Le couteau suisse et la lampe frontale ont trouvé un nouveau propriétaire. Vengeance du chauffeur ou vol routinier ? Je me pose la question.
Après 11 mois de voyage aux quatre coins du monde voici donc le premier vol que nous ayions à déplorer. Dommage que ça se passe dans un de nos pays préférés mais ça aurait pu être pire. Heureusement que l’intérieur des sacs était cadenassé car j’aurais eu plus de mal à prendre avec philosophie la perte de l’ordinateur, de la caméra ou de l’appareil photo.
Vendredi 4/08/06
Richard, notre moniteur de plongée, heureux de nous revoir si vite, confie à Seb qu’il avait fait un grigri pour que nous revenions ;-) Il faut croire que ça a fonctionné…
La mer est plus agitée que les jours précédents. Les pêcheurs sont restés à terre pour la plupart. Nous prenons tout de même le large et plongeons sur le site de Bea Vato car la visibilité est excellente malgré les vagues.
Vingt mètres plus bas, nous évoluons dans le royaume de l’apesanteur à côté d’un énorme poisson napoléon, de poissons lion noir et blanc dont les nageoires ressemblent à des ailes effilochées, de poissons perroquet et au milieu d’une multitude d’autres poissons multicolores.
Nous planons au dessus du récif corallien et retenons notre respiration pour profiter au mieux du chant aigu, fluctuant et mélodieux des baleines, que nous percevons depuis le début de la plongée.
Richard nous fait signe qu’elles sont très proches, nous vérifions la surface de temps en temps dans l’espoir de voir une masse imposante assombrir notre ciel d’eau.
Effectivement les baleines n’étaient pas loin car, remontés en surface, nous localisons leur souffle aquatique à quelques encablures.
Trois baleines à bosse se suivent et filent dans un mouvement oscillatoire gracieux, nous dévoilant leur large dos entre deux gerbes d’eau. Nous les suivons pendant quelques minutes, espérant qu’elles décident de se reposer quelques instants à proximité de notre embarcation…mais elles nous montrent leur queue et piquent vers les profondeurs.
Samedi 5/08/06
Il a plu cette nuit et un gros orage a éclaté. Les vagues sont très grosses ce matin et la passe qui permet de sortir du lagon est infranchissable. Pas de plongée aujourd’hui.
Mercredi 8/08/06
Les vagues se sont enfin aplanies. Nous tentons une immersion ce matin. Malheureusement il y a encore trop de sable en suspension, ce qui gâche la visibilité. L’eau est trouble. Heureusement en surface nous avons de la compagnie : une baleine à bosse accompagnée de son bébé flotte tranquillement en surface. Elles sont presque immobiles et se laissent approcher. Nous en profitons pour les admirer de près quand soudain un gigantesque mâle émerge entre elles et le bâteau ! Nous prenons du large car ça devient dangereux : notre embarcation est encore plus petite que le baleineau : un coup de queue mal placé et nous nous retrouverions tous à l’eau…
Jeudi 10/08/06
6h30 : nous montons dans le « Mada Bus » en direction de Tana. L’épisode « Madagascar » est presque terminé…
Nous profitons de ce dernier trajet pour graver une nouvelle fois dans nos mémoires les paysages changeants mais toujours très beaux qui se succèdent sur la Nationale 7 : de petites huttes isolées posées sur la terre rouge, des étendues arides délimitées par les montagnes qui composent un paysage digne de Lucky Luke, des formations rocheuses sculptées, des rizières…Mada, c’est beau !
Samedi 12/08/06
Nous ne porterons plus nos sacs très longtemps. Nous pouvons maintenant nous permettre d’acheter des souvenirs. Nous nous rendons dans un petit marché d’artisanat malgache dont les étals se dressent à quelques pas de l’hôtel Moonlight où nous sommes descendus. Les sculptures sur bois, la vannerie, les modèles réduits de 2 CV ou de 4L en boîtes de conserve recyclées : nous avons l’embarras du choix et nous aimerions pouvoir rapporter tout ce que nous voyons.
Après ces emplettes nous tentons pour la troisième fois d’appeler Yannick et Valérie, deux réunionnais avec qui nous avons sympathisé lors d’un déjeuner au parc d’Isalo. Nos précédentes tentatives se sont soldées par un échec car nous n’avions pas le truc : il faut doubler l’indicatif « 262 » pour obtenir la communication (il fallait trouver). Mais un autre réunionnais rencontré au petit déjeuner ce matin nous a dévoilé l’astuce.
La carte téléphonique file vite. J’ai juste le temps de dire à Valérie que nous arrivons vers 21H ce soir à St Denis et que nous les rappellerons dès le lendemain depuis St Denis pour savoir si on peut se rencontrer. Nous étions loin de nous douter que Yannick nous attendrait à l’aéroport pour nous conduire chez eux !! C’est vraiment sympa, d’autant plus qu’ils habitent à St Paul, que la route du littoral est fermée et qu’il a dû s’enquiller 1h30 de route de montagne aller puis 1h30 retour pour venir nous chercher ! Valérie et Yannick nous accueillent à bras ouvert comme des amis de longue date. Nous avons rencontré pas mal de personnes sympathiques pendant notre tour du monde mais là c’est le summum. Nous sommes épatés par tant de gentillesse.