Mardi 4/10/2005



Nous sommes à Puero Iguazu en Argentine ! Le Brésil était fantastique mais c’est terminé pour nous. Nous avons passé la douane vers 14 heures après une nuit passée à Foz de Iguaçu, du côté brésilien.

Après avoir pris nos quartiers d’été à la Residencial Uno, nous nous promenons sur les berges du Rio Iguazu. Nous marchons jusqu’au confluent du Rio Iguazu et du Rio Parana, où se trouvent les trois frontières entre l’Argentine, le Brésil et le Paraguay.

La moiteur ne tarde pas à se transformer en orage et nous courons nous réfugier dans notre chambrette argentine.

Mercredi 5/10/2005 Il pleut toujours légèrement ce matin. Mais qu’à cela ne tienne : nous montons à bord du « El Practico », le bus qui nous conduit aux Cataratas : les chutes d’Iguazu.

Une légenre Guarani dit que les chutes d’Iguazu ont été formées lorsqu’un dieu de la forêt, jaloux et en colère de voir un guerrier s’échapper en descendant la rivière en canoë avec une jeune fille, a fait s’écrouler le lit de la rivière devant les amoureux, produisant aisni les chutes dans lesquelles la jeune fille tomba et se transforma en rocher à leurs pieds. Le guerrier survécut mais fut changé en arbre surplombant son amoureuse.
Trouverons-nous donc un jour une histoire d’amour qui se finisse bien dans la mythologie mondiale ? Si même les guaranis s’y mettent !

Nous nous enfonçons dans le parc de 55 000 hectares de la forêt tropicale, accueillis par les chants des oiseaux dont le parc compte près de 400 espèces différentes. Nous nous amusons de voir les singes capucins danser de branche en branche et suivons un toucan dans sa quête de nourriture.

Le bruit sourd des chutes se fait de plus en plus fort. Nous traversons des cours d’eau sur de longues passerelles, quand soudain, devant nous, s’étale un gigantesque arc de cercle aquatique !

Cette masse d’eau titanesque se précipitant en une mousse blanche virginale nous laisse sans voix. En contrebas la rivière bouillonne, tourbillonne et un voile de vapeur d’eau remonte vers le ciel, emporté par le vent créé par les trombes d’eau démentielles qui s’écrasent à toute vitesse sur les rochers. Le bruit de la rivière rageuse nous assourdit. On croirait entendre le tonnerre : quelle puissance ! On comprend ici la genèse de la légende du dieu en colère : il gronde encore de toutes ses forces et malheur à celui qui se mettra en travers de son chemin !

Les photos sont ICI



Jeudi 6/10/2005

Nous avons été tellement enthousiasmés par les « Cataratas » que nous décidons de leur consacrer une journée supplémentaire. Il a tellement plu à Puerto Iguazu et en amont de la rivière que les cours d’eau ont gonflé, débordent et les chutes ont presque doublé de volume ! Ce qui n’était qu’impressionnant hier ferait presque peur aujourd’hui. D’ailleurs la Garganta Del Diablo, la gorge du diable d’une hauteur de 70 mètres est interdite aux visiteurs aujourd’hui car l’eau envahit les passerelles.

Par contre il fait beau de nouveau et les papillons sortent de leurs crysalides : jaunes, rouges, bleus, bleus et rouges, noirs et jaunes, petits et grands ;-) il volètent tous tranquillement autour de nous et butinent les fleurs fraîchement écloses. Ces petites fées des bois rendent la forêt tropicale encore plus magnifique.
Le mauvais côté de tout cela c’est que les groupes de touristes sortent eux aussi de leurs cocons et alors que nous admirons en silence des toucans ou des singes, il débarquent à 50 derrière nous, pointent la cible du doigt et s’écrient haut et fort « toucan, toucan » ou « monkey, monkey » en invectivant leur groupe. Les retardataires s’exclament alors « où ça ? », « where » ou « donde » selon leur patrie d’origine, puis suivent les « oh, ah, schön, excellent »…autant vous dire que le pauvre animal fuit aussitôt, suivi de près par nous deux, consternés.

Nous nous dirigeons vers le musée du parc et nous intéressons à l’histoire de la région et de ses habitants. Les guaranis sont arrivés dans la région il y a 700 ans, à la recherche de la « terre sans démon ». Venus d’Amazonie, ils ont longé la rivière à la recherche de la terre promise par leurs dieux, dans leurs rêves.
Ils vivaient dans la forêt, qui était leur garde manger, leur terrain de chasse et leur pharmacie. Ils cultivaient des plantes apportées avec eux pendant leur migration : manioc, maïs et tabac. Ils ont utilisé des centaines d’espèces de plantes sans détruire la forêt car tous les 3 ans approximativement, lorsque la terre était épuisée, ils migraient et permettaient ainsi à la forêt de se reconstituer.

Les espagnols et les portugais ont découvert la région des chutes d’Iguazu en 1542. Suite à cela, les jésuites sont arrivés en 1608 pour évangéliser les guaranis. Ils apprirent le guarani au lieu de leur apprendre le latin. Entre le 17è et le 18è siècle, la société de Jésus, fonda 30 missions qui attirèrent et devinrent la maison de plus de 100 000 guaranis !
En 1767, la couronne espagnole décida d’expulser les jésuites d’Amérique. Les missions furent abandonnées et recouvertes petit à petit par la forêt.

Aujourd’hui les guaranis jouent toujours leur musique traditionnelle sur les instruments de l’époque ainsi que d’autres hérités des jésuites. Le rituel des danses continue et ils ont conservé leur artisanat.

Les colons arrivèrent dans la région dans la deuxième moitié du 19è siècle, des différentes parties d’Europe : Allemagne, Pologne, Italie, Espagne, Suisse et Japon. Ils ouvrirent des pistes et découvrirent des arbres de valeur. Les bûcherons vivaient seuls dans la forêt parfois pendant des mois, coupant et transportant le bois par la rivière jusqu’à la scierie. Leurs outils étaient simples : des machettes et des scies, et ils s’abritaient sous des « Pindo » faits de feuilles de palme. La forêt tropicale faisait 100 000 kilomètres carrés à l’origine. Elle n’en fait maintenant plus que 60 000 kilomètres carrés, souvent disséminés sur de petites parcelles.

En 1984, l’Unesco a déclaré le parc national d’Iguazu « Patrimoine de l’Humanité ». En 1999, la nouvelle infrastructure capable d’accueillir les visiteurs a été inaugurée. Depuis, les autorités misent sur l’écotourisme pour préserver ce qui reste.

Si vous êtes intéressés par un roman sur la vie des colons de l’époque, je vous conseille de lire ce superbe livre : « Le vieux qui lisait des romans d’amour » de Luis Sepulveda. J’ai trouvé le livre dans la petite bibliothèque d’échange de livres de la Pousada Eco Verde à Cuiaba. Le principe est simple : vous laissez le livre que vous venez de terminer ( « La poursuite du bonheur », de Douglas Kennedy : j’ai adoré ! ) et vous en prenez un autre. Beaucoup d’auberges de routards ont ce genre de bibliothèque, ce qui est très pratique pour renouveler gratuitement les lectures en voyage :-)

Vendredi 7/10/2005

Nous pensions nous rendre aux ruines jésuites de San Ignacio aujourd’hui puis visiter la ville de Corrientes demain. Mais après mûre réflexion et un détour par Internet pour glaner quelques informations complémentaires sur les lieux, nous décidons de prendre directement la route pour Salta. Nous préférons passer un peu plus de temps dans cette région montagneuse car nous nous rendons compte que nous sommes beaucoup plus émus par les paysages grandioses que par les ruines…ça fera bondir les férus d’histoire mais c’est comme ça ;-)
Donc nous suivons nos envies du moment et demandons un billet de bus pour Salta, à 26 heures de là. Le bus est complet jusqu’à samedi soir ! Nous finissons par trouver un bus qui va dans la bonne direction et dans lequel il reste de la place aujourd’hui. Nous dormirons donc à Posadas ce soir après 5 heures de route « seulement ».

Arrivés à Posadas en début de soirée, nous prenons un taxi (une magnifique R12 d’époque) pour la « residencial Missiones », en centre ville, recommandé par le Lonely Planet : complet ! Comme nous n’effectuons quasiment jamais de réservations cela arrive parfois, ce n’est pas bien grave. Nous demandons au chauffeur s’il connaît un autre hôtel dans le même ordre de prix, dans le centre. Il nous conduit quelques mètres plus loin mais là aussi c’est complet. Nous en tentons un troisième : même constat. Le taxi nous apprend qu’il y a trois congrès en ce moment dans la ville : aïe aïe aïe, ça va être plus difficile que prévu. Il nous arrête devant une dizaine d’hôtels mais à chaque fois on nous répond par la négative. Il est déjà tard…zut de zut, va-t-il falloir se contenter d’un banc à la station de bus ?

La « 12 » reprend la route en quête d’un logement quand soudain le moteur émet le son d’un chameau pas content, puis cale, puis plus rien : la panne d’essence ! Ce soir, c’est Notre soir ;-) Nous sortons de la voiture et la poussons jusqu’à la station essence la plus proche. Nous en pleurons de rire alors que le chauffeur de taxi (transformé en « pousseur de taxi ») se demande certainement ce que ces touristes idiots peuvent trouver d’amusant à la situation.

Mais nous avons confiance en notre bonne étoile. Elle nous mène d’ailleurs enfin à la Residencial Familiar « El Descanso » en périphérie de la ville (ou plutôt dans la « zone »), où nous trouvons enfin une chambre ! Bon, la course nous a coûté un peu cher ( l’équivalent de 6 € au lieu de 2 €) mais ça les valait.

Lorsque nous entrons dans la résidencial « El Descanso », la fête bat son plein. Il est 21h30 et une bande de joyeux drilles argentins bien éméchés et bruyants nous invitent à boire un verre. Une fois de plus nous regrettons d’avoir pris « allemand » en seconde langue et nous promettons de profiter de toute occasion pour améliorer notre espagnol rudimentaire. Nous mimons, gesticulons, feuilletons notre mini dictionnaire… mais pour l’instant nous avons plus l’impression de jouer à « Tabou » que de mener une véritable conversation ;-)

Ils nous indiquent un bon restaurant en centre ville dans lequel nous pourrons tester le bœuf argentin. Nous nous attendions à un endroit sans prétentions et sommes donc venus en short et en Tshirt et avons chaussé nos plus belles tongues. Or le restau est un des plus chics du coin et est fréquenté par des « je me la pète, grave » affublés de leurs plus beaux habits et de leur dernier lifting. Le serveur aussi fait un peu de chichi et sert la bière de Seb dans un grand seau de glace avec plus de précautions et de « ronds de bras » que pour un champagne millésimé. « Allez Roger, fais péter la roteuse, il fait soif ! ;-) »

Par contre, une chose est certaine : le bœuf argentin n’a pas volé sa réputation de meilleure viande au monde. En exagérant un tout petit peu, on pourrait dire qu’il se mange à la petite cuillère tellement il est tendre…un pur régal.

Samedi 8/10/2005

Le maillot jaune d’hier soir (qui se vantait de ne pas avoir désoûlé depuis 7 jours) est lanterne rouge aujourd’hui…Vous trouverez sur le site une photo de « famille » : devinez duquel il s’agit ;-)

Les sympathiques argentins en goguette ont fini leur soirée à 4 heures ce matin. Autant dire qu’ils n’étaient pas frais au réveil. Il leur restait tout de même suffisamment de mots à leur vocabulaire pour nous conseiller sur les nombreux endroits à visiter dans le pays : nous n’aurons pas assez de temps pour tout voir !

Quand à la propriétaire de la Residencial Familiar, une gentille grand-mère sortie hier soir en peignoir rose et bigoudis pour se plaindre du bruit de ses compatriotes, elle a tenu à nous offrir une boîte de chocolats joliment emballés en cadeau de départ : adorable.

Nous sommes donc très contents finalement d’avoir eu des difficultés à trouver un hôtel hier soir. Jamais nous ne serions venus ici dans le cas contraire et jamais nous n’aurions connu ces personnes attachantes.

14 heures : nous sommes dans le bus qui nous mène à Resistencia, où nous en changerons pour Salta. La climatisation a été réglée sur « congélation » comme d’habitude mais cette fois nous avons prévu nos sacs de couchage : on apprend avec le temps … et les bronchites ;-)

Dimanche 9/10/2005



Nous n’avons quasiment pas dormi dans le bus. Après avoir réglé la climatisation sur « Congélation » ils sont passés brusquement à « Carbonisation »…En plus les sièges ne sont pas du tout confortables. Nous prenons vite des habitudes de luxe : les bus brésiliens nous manquent !
Nous sommes épuisés et nous nous traînons toute la journée à l’auberge « Terra Occulta » dans laquelle nous avons atterri, conseillés par des voyageurs rencontrés en chemin. L’auberge de jeunesse possède une cuisine, ce qui nous permet de faire quelques économies bienvenues. Nous trouvons tout de même la force de faire quelques courses et de nous mitonner un bon petit plat maison, pas beaucoup plus.

Lundi 10/10/2005

Nous faisons connaissance avec les autres résidents de l’auberge Terra Occulta puis cherchons la meilleure manière de visiter les environs. Nous avons l’intention d’explorer la partie nord de la région de Salta dans un premier temps. Après des recherches à l’office de tourisme et une négociation de longue haleine, nous choisissons de nous joindre à un mini groupe qui part le lendemain pour le circuit du « Tren a las Nubes » (le train des nuages).

Vers 19h nous retrouvons Elodie et Julien que nous avions rencontrés au Brésil. Afin de fêter nos retrouvailles, nous descendons quelques bonnes bouteilles de vin argentin dont les grappes sont foulées aux pieds.

Mardi 11/10/2005

6h20, nous nous levons très difficilement après la fiesta de la veille. Daniel, notre guide et chauffeur pour la journée passe nous prendre à l’auberge puis nous retrouvons Henrique et Mariella qui se joignent à notre mini groupe de 5 personnes. Ces argentins d’une toute petite soixantaine d’années viennent de Buenos Aires pour quelques jours de vacance. Mariella nous apprend qu’elle travaille dans le cabinet d’avocats de la « Casa Rosa », la maison présidentielle.

Nous suivons le même circuit que le « Tren a las Nubes » empruntait avant son arrêt il y a quelques mois. Ce train gravissait la Quebrada del Toro (canyon) par des spirales innombrables à flanc de montagne. Daniel nous apprend qu’un train ne peut venir à bout d’une pente de plus de 5 degrés. Ce vieux train prenait donc une demi journée pour atteindre le plateau andin (Puna) à 4220 mètres au dessus du niveau de la mer ! Ses viaducs tels que le « La Polvorilla » qui traversent ce large canyon désertique existent toujours et sont impressionnants. Les paysages rocailleux sont fabuleux. On se croirait sur la lune ou plutôt sur Mars car les roches sont rouge vif.

Nous longeons la voie ferrée et marquons un stop à Tastil, un ancien village perché à 3000 mètres et délaissé par ses habitants qui fuyaient l’invasion des cruels incas.

Nous montons toujours et arrivons sur l’altiplano argentin. Nous contemplons la pampa recouverte d’herbes sèches et de rocailles, ainsi que les montagnes enneigées au loin sous un ciel bleu profond. Les lamas, les vigognes, les guanacos et les ânes se repaissent de cette pauvre végétation alors que des émeus manquent de se jeter sous nos roues (dommage, ça aurait fait un bon barbecue pour ce soir ;-)

Nous arrivons à Salinas Grandes, un vaste désert de sel suspendu à 4200 mètres et nous constatons avec soulagement que nous supportons bien l’altitude. Cette saline est toujours exploitée mais à 15 pesos la tonne de sel récolté à la pioche dans des bassins creusés dans le sol, c’est un travail de forçat bien ingrat.

Attention aux yeux par ici : vous avez du sel blanc éclatant à perte de vue !





Nous amorçons notre descente vers Purmamarca. Nous avons envie de stopper toutes les 5 minutes pour prendre des photos tellement le site est grandiose. L’oxyde de cuivre, l’oxyde de fer et le souffre ont rendu les strates de la montagne vertes, rouges et jaunes. La combinaison de ces minerais fait penser à une palette de peintre, nous n’avions jamais vu cela ! Quelques mètres plus loin la montagne semble être constituée de stalagmites géants, c’est incroyable.

Nous descendons dans ce magnifique tableau naturel alors qu’Henrique, Mariella et Daniel entament des chants traditionnels argentins très beaux, avec des « corazon » à tour de bras.

Nous perdons 2000 mètres en seulement 35 kilomètres et après cette descente vertigineuse, nous parvenons à Purmamarca, un joli petit village accroché à la montagne.

Mercredi 12/10/2005

Il est 8h30, nous marchons tous les deux sur un petit sentier qui sillonne la montagne au dessus de Purmamarca. Le soleil matinal éclaire les roches rouges et roses entre lesquelles nous cheminons tranquillement pendant une bonne heure. Nous débouchons sur un ruisseau qui mène au village et dont profitent quelques peupliers bien verts.

Nous quittons ce charmant petit village vers 11h30 et montons dans le « collectivo », le bus local qui nous déposera à Tilcara.
Le trajet jusqu’à ce petit village typique andin nous permet d’admirer à nouveau les montagnes et leur camaïeu de rouge. Nous dépassons un champ de cactus qui pousse entre les roches. Le sol est tellement aride et désertique !

Une demi heure plus tard nous entrons à Tilcara et prenons la route pour le site de Pulcara de Tilcara, à 30 minutes de marche. Pulcara signifie « forteresse » en Queshua mais ce sont en fait les ruines reconstituées d’un village pré-hispanique dont les toits sont faits en adobe (un mélange de terre et de paille). Les poutres sont en bois de cactus et les murs sont constitués de pierres entassées minutieusement : elles tiennent sans ciment.

Au sommet du Pulcara, nous apprécions l’ampleur de la Quebrada de Humahuaca. En contrebas le Rio Grande est tellement à sec qu’on devrait le rebaptiser le Rio Pequeño ;-)

En fin de journée nous prenons un collectivo et rejoignons la ville de Humahuaca.

Jeudi 13/10/2005



8h30, nous débutons notre marche matinale à Humahuaca. Nous avons pris quelques indications hier et nous lançons à l’assaut de la montagne vermeille qui domine la ville.

Un chien poussiéreux à souhait décide lui aussi de découvrir les environs et nous escorte. Un peu lents pour lui (nous sommes à 3000 mètres tout de même), il nous distance puis revient nous chercher.

Nous montons un sentier rocailleux qui disparaît dans la montagne. Nous nous demandons plusieurs fois si nous sommes sur la bonne route mais ce n’est pas compliqué : il suffit de grimper où l’on peut passer. Nous contournons des fourrés d’épineux, nous écartons des cactus, tentons de ne pas trébucher sur les cailloux plus gros que les autres…petit à petit nous franchissons la montagne. Essoufflés, nous marquons un arrêt, nous retournons pour vérifier le chemin parcouru : le panorama qui s’offre à nous est sensationnel. Nous avons une vue panoramique sur les coteaux rouges en contrebas, la vallée puis la montagne en face. Les cactus ajoutent une note « far west » au tableau caillouteux. On se croirait dans un décor de film de Sergio Leone ;-) Encore quelques mètres et une tribu d’indiens va déboucher ! Et bien non, nous sommes seuls, absolument seuls sur ce pic rocheux : pas un touriste, pas même un « local de l’étape » à l’horizon ( à part le chien ;-)
Nous adorons cela : la grande solitude dans un tel site. Nous avons l’impression que l’endroit nous appartient (enfin, pour quelques heures…). Arrivés au sommet, nous longeons la crête et admirons, tout en cherchant un passage pour redescendre…

Après cette superbe balade, nous prenons la route de Salta : vive les « collectivos » ! Nous planifions d’y faire une petite escale avant de gagner le sud de l’Argentine.

Samedi 15/10/2005



Nous sommes dans une auberge de jeunesse de Salta depuis jeudi soir : la « Terra Occulta ». C’est une ancienne maison particulière construite autour d’un patio au milieu duquel trône une fontaine bien kitch. L’endroit est grand, nous nous y sentons bien alors nous décidons d’y rester quelques jours à lire, écrire et paresser. En plus la cuisine n’est pas trop mal équipée alors ce soir c’est « soirée crêpes » ! …avec une écumoire en guise de spatule mais on fait avec ce qu’on a ;-)

Dimanche 16/10/2005

7 heures : nous sommes dans le bus qui nous conduit à Cafayate, légèrement au Sud de Salta. Nous l’avons eu de justesse après une demi heure de crapahutage dans la ville avec tout notre barda sur le dos. Finalement je ne sais pas si nous avons bien fait de prendre celui-ci : seules les 3è et 4è vitesses fonctionnent et il a l’air un peu asthmatique. Va-t-on devoir le pousser lui aussi ?

Vers 10 heures nous débouchons sur la Quebrada de Cafayate, le canyon qui se trouve à 60 Km avant Cafayate. L’érosion a découpé des vaguelettes dans les hautes roches rouges entre lesquelles nous filons à l’allure folle de 50 Km/heure !
Régulièrement, le bus s’arrête au milieu de nulle part pour apporter son journal à pépé ou mémé qui attendent sur le bord de la route. Un jeune garçon court vers le bus pour récupérer une enveloppe ou un colis : c’est la vie de la vallée ! Ici le bus n’est pas qu’un moyen de transport, c’est aussi la PTP (poste des trous perdus).

Un peu plus loin nous découvrons une nouvelle fois les stalagmites géants que nous avions vus dans la Quebrada de Humahuaca au Nord de Salta. Les collines deviennent ensuite grises en bas et blanches en haut avec une cassure nette, puis arborent un beau délavé de rouge et blanc…le bus poursuit sa route, nous dépassons d’énormes blocs suspendus on ne sait comment au dessus de la route : je n’aimerais pas être là lorsqu’ils se décrocheront ! Ce qui est bien avec ce bus (finalement), c’est que nous avons le temps d’observer le paysage.

Au fait, bonne fête maman ! Car en Argentine la fête des mères c’est aujourd’hui ! La tradition ici semble être d’acheter le gâteau rose ou blanc le plus crémeux et gros qui soit, enrobé de meringue et surmonté d’une montagne de crème. Mais surtout, on le tient à la main sur une simple assiette (surtout pas de carton autour, ce serait trop facile), et on monte dans le bus avec ! C’est parti pour 4 heures de bus non climatisé et sans amortisseurs. Il suffirait d’un bon coup de frein pour éjecter les gâteaux et faire du pare brise du bus une devanture de pâtisserie un peu particulière ;-)

Lundi 17/10/2005

Le vin de la vallée de Cafayate est très réputé en Argentine. Nous visitons donc quelques Bodegas ce matin pour nous faire une idée. Nous débutons par la Bodega Domingo Hermanos qui nous avait été recommandée par une « chica » rencontrée dans le bus. Nous y goûtons du Malbec (un vin blanc sec qui ressemble un peu à du Muscadet) et du Torrontes (un vin rouge bien fort). Conquis, nous en sortons d’ailleurs avec une bouteille de « Domingo Molina », un cabernet sauvignon de 2002.

Nous poursuivons la tournée des caves par la « Vasija Secreta ». Nous y testons d’autres Malbec et Torrontes, mais qui nous arrachent des grimaces cette fois…rien à voir avec les vins précédents !
Nous concluons le circuit par une troisième bodega dont le « Tanatt », un cépage d’origine française mais plus cultivé chez nous, est intéressant.

Après toutes des dégustations le palais n’est plus très fiable et nous pourrions a peine reconnaître un bon vin d’une « grappe fleurie »…il est temps de rentrer.



Suite à cette découverte des plaisirs du terroir, nous décidons d’effectuer une randonnée tous les deux le long du Rio Colorado qui sillonne la montagne et domine les vignobles de Cafayate. Aucun chemin pédestre n’est indiqué et nous tentons de remonter le lit de l’étroit Rio comme nous pouvons. Nous nous hissons sur les rochers, tentons de dénicher un passage entre les cactus, évitons les pics rocheux infranchissables et les pentes trop escarpées. Nous effectuons des sauts de cabri de caillou en caillou pour traverser une énième fois le Rio, descendons quelques roches sur les fesses en évitant les crottes de chèvre qui jalonnent le parcours. Ouf, pas facile. Nous croisons un couple qui revient des chutes qui se trouvent en amont. Ils nous indiquent le chemin, à 20 minutes de là : un col à franchir, des parois à longer, des trous dans lesquels se glisser…nous comprenons mieux maintenant pourquoi un guide était conseillé !
La prudence nous souffle de ne pas nous aventurer jusque là de peur d’être bloqués par la nuit : nous sommes partis un peu tard.

Nous rebroussons chemin et suivons tant bien que mal les troupeaux de chèvres qui rentrent au bercail. Nous avons beau avoir effectué le trajet à l’aller nous ne reconnaissons pas les passages. Et là où grimpent les chèvres, un randonneur ne passe pas forcément : à croire qu’elles ont des ventouses aux sabots !

Nous descendons tout de même de la montagne après quelques allers-retours entre les rochers puis longeons les vignes situées à la périphérie du village.

De retour à Cafayate, comme nous n’avions pas eu assez de « vino » pour la journée…nous décidons de goûter à une curiosité locale : la glace au vin ! Je teste une glace au « Torrontes » alors que Seb goûte celle au Cabernet. Ce n’est pas mauvais du tout et très rafraîchissant.

Mardi 18/10/2005

Nous promettons d’arrêter le vin argentin ! De toutes façons nous passons au Chili dans quelques jours ;-)
Il ne fait pas très beau aujourd’hui donc nous nous reposons jusqu’à 16 heures, heure du départ de notre bus pour Tucuman, au sud de Cafayate.
J’en profite pour consulter mes emails et par chance, l’Internet café est équipé d’une webcam et Julie, ma petite sœur, est connectée sur MSN ! Nous discutons en direct à plusieurs milliers de kilomètres de là, c’est extra ! Nous nous fixons un second rendez-vous quelques heures plus tard, avec mon père cette fois : vive Internet !



Jeudi 20/10/2005



Tout le monde doit avoir 30 ans un jour…pour moi c’est aujourd’hui ! Qu’est-ce que ça me fait d’avoir 30 ans ? Et bien pour l’instant ça me fatigue car je me suis levée tôt pour discuter via une webcam avec mes parents ;-)

Mais il est vrai que de passer à la trentaine pendant un tour du monde rend la chose tout de suite moins dramatique ;-)

Tucuman n’était qu’une étape sur notre route vers le Chili et n’est pas une ville très exaltante. Nous quittons donc Tucuman pour Mendoza, une ville qu’on dit agréable, située près de la frontière avec le Chili. Nous fêterons mon arrivée dans le club vénérable des trentenaires là-bas :-)

Vendredi 21/10/2005

Après 14 heures de trajet, une fouille minutieuse du bus par la brigade anti-drogues (500 grammes de feuilles de coca maximum ! ) et l’évitement de justesse d’un veau égaré sur la route, nous arrivons à Mendoza, au centre ouest de l’Argentine. Nous apercevons les pics enneigés des Andes au loin. Nous ne tenterons pas de gravir la montagne Aconcagua qui culmine à 6 960 mètres, mais nous traverserons bientôt la chaîne andine en bus en direction de Santiago du Chili (beaucoup moins sportif ;-)

Mais pour l’heure nous sommes à Mendoza dont la région produit 70% du vin argentin. Nous ne pouvons tout de même pas séjourner ici sans faire honneur aux fruits du terroir. Vers midi nous organisons donc avec Louise, une londonienne rencontrée dans le bus, une dégustation de vin accompagnée de saucisson, de pain frais et de Roquefort (ils ne sont pas très regardants sur les A.O.C ici…nous avons vu du « Champagne » à Cafayate !)

Nous goûtons un « Finca La Escondida » (Malbec) de 2002 qui ravit nos papilles. Le Santa Julia (Syrah) de 2004 nous plaît beaucoup moins. Peut être est-il un peu jeune ?

Après ces agapes, nous nous reposons de nos 14 heures de trajet et expérimentons la longue siesta (de 3 ou 4 heures !) des gauchos du coin. Il est vrai qu’il fait très chaud et que les 34°C à l’ombre invitent plus à la paresse qu’aux activités intenses…
A la nuit tombée, le thermomètre se calme et la ville s’éveille de nouveau. Il n’est pas rare de dîner vers 23 heures ou minuit ici, et à ces heures, beaucoup d’enfants et même de nourrissons sont encore debout (enfin, les nourrissons font ce qu’ils peuvent ;-)
Ils n’ont vraiment pas le même rythme que nous. Même les espagnols passeraient pour des « couche tôt » comparés aux Argentins du centre !

Nous dînons au « Trévise », un restaurant italo-argentin et y fêtons mes 30 ans avec un bon Malbec et un « Bife de Chorizo » : un morceau de bœuf grillé d’au moins 300 grammes qui ferait pâlir d’envie n’importe quel éleveur de Charolais ! Je n’ai jamais mangé de viande aussi bonne de toute ma (longue) vie ! Enfin si, à Posadas au nord de l’Argentine la viande battait aussi tous les records.

Histoire de digérer un peu, nous rentrons à pied vers une heure du matin dans les rues encore très fréquentées. Il y a peu de problèmes de sécurité la nuit ici car tout le monde est dehors…

Samedi 22/10/2005

Nous faisons une longue ballade dans les rues de Mendoza. Encore une grande ville…elle a été reconstruite après un tremblement de terre et n’est pas magnifique. A Mendoza ce sont surtout les vignobles qui sont intéressants paraît-il, mais nous avons eu assez de vin comme ça : nous mettrons le cap sur le Chili dès demain.

En attendant c’est samedi soir et nous avons envie de bouger un peu. Nous avons entendu parler d’un spectacle de Tango au « Dos Amigos ». Nous nous y rendons avec Seb et Louise : c’est un petit restaurant d’habitués, bien décrépit et nous nous apercevons qu’il n’y aura pas de danse, juste de la musique. Nous restons tout de même et nous faisons bien car sur le coup de 23 heures, un petit homme aux cheveux longs, tout habillé de noir, grimpe sur l’estrade en bois, la guitare à la main. 30 secondes après les premiers accords, un silence religieux s’instaure dans la salle et nous gardons les yeux rivés sur les doigts qui pincent les cordes et les caresse avec adresse…Nous sommes captivés par le visage du guitariste qui vit pleinement sa musique, fronce les sourcils, grimace, dodeline de la tête ! Nous l’avons notre danse ;-) Tango tango !!



Dimanche 23/10/2005

Nous avons du mal à nous lever ce matin. Le concert d’hier s’est terminé bien tard…mais notre bus pour Santiago part à 8h45, il faut se dépêcher ! Peu après la sortie de la ville, le bus contourne les vignobles et se dirige vers la cordillère des Andes enneigée. Nous admirons le fameux pic Aconcagua puis croisons quelques stations de ski désertées : c’est le printemps ici !

Nous passons la douane sans problème puis descendons le versant chilien de la montagne, tout aussi enneigé, en écoutant un CD de musique andine fort à propos.

Nous atteignons Santiago vers 15h30. Depuis la route nous apercevons la brume de pollution qui étouffe la ville et masque les montagnes pourtant très proches. Nous fuyons littéralement : nous avons envie de l’air pur de la région des lacs !

Lundi 31/10/2005

Après un passage au Chili, nous sommes de nouveau dans le pays du Tango, du Bife de Chorizo (pavé de bœuf) et du beau temps !

En effet la montagne freine les nuages et alors que nous n’avons quasiment eu que des nuages et de la pluie au Chili, nous retrouvons le soleil de l’autre côté des Andes.

Bariloche est une ville de montagne très touristique qui se situe en bordure du lac Nahuel Huapi qui donne son nom au parc national qui l’entoure.

Les commerces de Bariloche jouent à fond la note montagnarde et arborent des devantures et des décorations en bois ainsi que de magnifiques charpentes apparentes. Nous marquons une halte dans un café dont la gigantesque baie vitrée donne sur le lac et les montagnes. Mais il ne se contente pas de cet atout ; son décor est également très soigné avec des troncs d’arbres en guise de poutres de soutènement, de robustes vaisseliers anciens, des feuilles décoratives en bois sculpté…on s’attend à ce qu’ Heidi nous serve un chocolat chaud…

D’ailleurs le chocolat est LA spécialité culinaire de Bariloche. Vous ne pouvez pas faire 10 mètres sans butter sur un chocolatier. Soumise à toutes ces tentations je finis évidemment par craquer et m’aventure dans un supermarché du chocolat : des montagnes de ganaches, de pralines, de bouchées fourrées à la confiture de lait, au caramel, aux fruits rouges, des sarments épais comme le doigt, de grosses tablettes de chocolat au lait, blanc, noir, parsemées de noix, d’amandes et de toutes sortes de gourmandises s’offrent à moi !
Je pourrais continuer l’inventaire pendant des heures tellement les étages sont fournis, et le magasin est gigantesque ! Le choix est difficile et j’en ressors forcément avec une quantité plus importante que prévue…

Mardi 1/11/2005

Nous louons une petite voiture pour découvrir librement le parc Nahuel Huapi. Nous longeons tout d’abord le grand lac du même nom, encadré sur 180° par la cordillère des Andes. L’eau de ce lac de 100 Km de long est tellement claire et pure qu’on pourrait en boire. Un bout de route plus loin, nous longeons une rivière de couleur bleu marine dont les vaguelettes scintillent au soleil aux pieds d’une falaise. Nous garons la voiture et faisons le tour d’une petite péninsule ombragée par les pins. La bonne odeur sucrée de la sève chauffée au soleil nous chatouille les narines.

Nous remontons et nous engageons dans un chemin non goudronné : encore une voiture de location que nous allons martyriser ! Peu après l’embranchement nous apercevons un condor qui tente de trouver un courant ascendant. Il plane juste au dessus de la voiture avant de rejoindre l’autre versant de la montagne.

Quelques cahots plus loin, nous approchons le mirador du lac Traful long de 35 kilomètres. Le mirador est composé de passerelles en bois placées sur le point le plus haut surplombant le lac, à 50 centimètres du précipice. Il offre une vue plongeante sur l’eau claire et une vision panoramique de la montagne : magnifique !

Nous empruntons le chemin poussiéreux et bordé d’arbres qui longe le lac. Ce genre de routes a beaucoup de charme mais le problème c’est que ça croustille sous la dent au bout d’un moment…Nous faisons donc un arrêt au stand pour nous dépoussiérer la bouche. Nous dégustons une excellente bière artisanale à la terrasse d’un chalet dans le village de Traful. L’étiquette mentionne « de 4 à 6° » : le côté approximatif de l’artisanal ;-)

Nous remettons les gaz et franchissons des sous bois ainsi que des ponts tout aussi artisanaux que la bière. Nous découvrons le joli Lago Chico en fin d’après-midi avant de regagner nos pénates à Bariloche.

Mercredi 2/11/2005

17 heures : nous prenons le bus pour Puerto Madryn sur la côte Est de l’Argentine. Nous voulions aller à Calafate dans le grand Sud, marcher sur le glacier Perito Moreno, mais il n’y a pas de bus direct car la route 40 n’est pas praticable. Nous changeons donc nos plans à la dernière minute et décidons de rendre visite aux baleines et lions de mer de la Péninsule Valdes.

Jeudi 3/11/2005

La Péninsule Valdes est une aire de reproduction des baleines franches australes et compte environ 3 600 représentants de l’espèce. Les femelles y allaitent leurs petits dans les baies protégées pendant les 3 premiers mois de leur vie. Leur présence dans la zone s’étend d’avril à décembre, la plus forte concentration étant notée en septembre et octobre.
Lorsque la mer est haute, les falaises offrent une vue inégalable sur la baie, ce qui permet d’observer les baleines. Des excursions en bateau sont également organisées. Ils sont sensés respecter une distance de 50 mètres avec les baleines, mais la franchissent dès qu’ils en ont l’occasion…

La Péninsule fait approximativement 360 000 hectares et avec la mer et les golfes alentours, représente un des lieux d’importance majeure de la Patagonie pour la diversité des espèces marines et terrestres qui y résident.
En effet, la Péninsule n’attire pas que les baleines. D’importantes colonies de lions de mer (otaries) et d’éléphants de mer (phoques), dont la population est estimée à 20 000 individus pour chaque espèce, partagent le même territoire en toute tranquillité. Des pingouins se sont également installés dans cette zone protégée et il est possible de les observer dans leur milieu naturel.

Nous enchaînons l’arrivée à Puerto Madryn avec un bus pour Puerto Piramides, à 1H30 de là. Puerto Piramides est un minuscule village arrangé autour d’une seule rue, niché au cœur de la Péninsule Valdes. Dormir là nous permet de séjourner au cœur de la réserve naturelle.
Nous devions arriver vers 11 heures mais le bus était tellement mal en point qu’il nous a déposés à l’entrée du village, à bout de souffle, vers 12h30 ! Après 4 à 5 arrêts techniques, le chauffeur qui avait constamment les mains dans le moteur, en avait un peu raz le bol. Il faut dire que le véhicule n’était pas une première jeunesse. Il avait des problèmes de courroie apparemment car le chauffeur en gardait toute une collection dans sa cabine.

Malgré la nuit passée dans le bus depuis Bariloche, nous ne sommes pas fatigués. Nous débutons une marche sur la plage et remarquons immédiatement la nageoire caudale d’une baleine. Elles sont beaucoup plus proches du bord que ce que nous pensions !
Nous restons ainsi de longues minutes à les chasser du regard et à admirer leurs évolutions avec nos jumelles.
Après cette première rencontre, nous partons grimper sur les falaises de l’autre côté de la péninsule qui abrite Puerto Piramides. Depuis la crête que nous longeons, nous remarquons une fois de plus de mini geysers de baleines et observons leur corps gigantesque affleurer sous l’eau.

Deux heures plus tard nous arrivons au dessus d’une petite crique où se trouve une famille d’éléphants de mer. Après des recherches dans plusieurs anses désertes nous avons enfin fini par en trouver ! Ce ne sont pas des animaux très dynamiques sur la terre ferme. Ils font la sieste pendant un bon moment. Grâce à l’eau qui monte, le bébé et la maman décident enfin de monter sur la plateforme la plus haute où se prélasse déjà le chef de famille. C’est amusant de voir le bébé se contorsionner et utiliser sa petite queue pour ramper vers le haut. La maman est beaucoup plus impressionnante, c’est une énorme masse mais elle arrive tout aussi bien que son petit à se mouvoir.
Quand un quatrième larron tente de s’y mettre, on lui fait bien comprendre qu’il ne fait pas partie de la famille et qu’il n’a rien à faire chez eux. Il décampe en vitesse, tente sa chance une seconde fois puis bat définitivement en retraite.

Vendredi 4/11/2005

Nous sommes un peu venus à l’aventure à Puerto Piramides. L’office de tourisme de Puerto Madryn était dubitatif sur la possibilité de visiter la Péninsule depuis ce minuscule village. Il n’y en effet pas d’agence de tourisme autre que celles qui sont spécialisées dans les tours en bateau pour observer les baleines. Il n’y a pas non plus d’agence de location de voiture et le seul taxi du village est toujours occupé.
Mais comme souvent, il suffit de chercher un peu pour trouver un ou deux locaux détenteurs d’une voiture et se proposant de faire visiter la région moyennant finances.
Les propriétaires de notre hôtel, « la casa de la Tia Alicia », sont d’accord de nous conduire sur la côte samedi…un peu tard pour nous. La solution vient de deux français sympathiques rencontrés dans le bus, dont le patron de l’auberge est libre ce jour et nous propose une journée d’excursion pour un prix quatre fois plus faibles que les agences traditionnelles : l’aubaine.
Par-dessus le marche, Umberto, notre chauffeur, est très gentil et anxieux de nous satisfaire. Il nous conduit tout d’abord à la Caleta Valdes, à l’extrême Est de la péninsule, où une colonie de lions de mer et d’éléphants de mer se repose sur la longue plage.
Allongés en enfilade sur le sable, le ventre au soleil, on dirait de grosses sardines échouées. Ils sont ronds comme des tonneaux avec leur couche de graisse qui peut atteindre les 15 centimètres au mieux de leur forme.
Le moindre effort a l’air de leur coûter…ils se grattent nonchalamment le ventre à l’aide de leurs nageoires, baillent, se retournent parfois dans un ultime effort pour approcher la mer. Mais ils restent souvent affalés sur le sable au bout de la trace que leur rampement poussif a creusé dans le sable.
Il est interdit de les approcher car cela les pousserait à s’éloigner et leurs mouvements génèreraient de la chaleur qui ne pourrait se dissiper. De plus cela les obligerait à puiser dans leurs réserves de graisse, réduisant ainsi la couche qui leur sert d’isolant et empêchant également la reproduction…

Nous remontons en voiture et rejoignons une colonie de pingouins qui niche dans des trous creusés dans les falaises de sable. Une femelle couve son œuf à 50 centimètres de la barrière en bois. Elle n’a pas l’air vraiment dérangée par les appareils photo qui la regardent…son compagnon grimpe au dessus du nid indifférent a notre présence.
Près de l’eau, un couple se prend le bec et agite les nageoires dans un mouvement de colère. Pendant ce temps, un vieux solitaire joue au tournesol et présente son corps au soleil en plissant les yeux de contentement. Les fortes rafales de vent ne troublent pas sa méditation.

Après cette observation des mœurs parfois étonnante des pingouins, nous remontons vers Punta Norte à l’extrême Nord de la Péninsule. Nous y retrouvons une nouvelle colonie de gros lions et éléphants. De retour sur la dune, Seb et moi tombons nez à nez avec un petit tatou trop marrant avec sa carapace et son petit nez pointu. Il trotte sans se soucier de nous. C’est notre première rencontre avec ce petit animal peu farouche et nous en sommes objectivement plus émus que lui ;-)

L’après-midi est déjà bien avancée, il est temps de remonter dans la voiture d’Umberto et de rejoindre Puerto Piramides. Sur le chemin nous dépassons quelques gallinettes et plusieurs troupeaux de guanacos. Nous nous approchons tout doucement mais le seuil de tolérance de ces animaux est très faible, ils nous fuient systématiquement dès que la voiture approche.
Nous reprenons la route de terre recouverte de pierres quand soudain Umberto freine brusquement. Son arrêt a été tellement brutal que nous nous attendions au minimum à voir un Orque échoué dans la lande…
Il fait demi tour et là, nous découvrons ce qu’il venait de voir dans son rétroviseur et que nous n’avions pas noté : la voiture qui nous rattrapait à vive allure, après une embardée à droite, puis à gauche, a fini sa course après deux tonneaux bien tassés !
Le toit est défoncé, la vitre arrière brisée et les roues de devant sont à moitié pliées…heureusement les trois passagers sont déjà dehors et n’ont rien, visiblement. L’un des trois est tout de même très blanc : c’est probablement celui qui avait laissé l’emprunte de sa carte bancaire pour la caution. Les franchises coûtent très cher et le tonneau c’est « mot compte triple » !
Les malheureux imprudents roulaient à près de 120 KM/H sur la piste d’après Umberto qui surveillait leur progression dans son rétroviseur. Il nous apprend qu’à cette vitesse, sur cette route, les embardées sont quasiment inévitables. Lorsque nous rentrons à Puerto Piramides pour prévenir les secours, nous voyons quatre anciennes épaves de voitures à peu près dans le même état …la valse des touristes une fois de plus ! Voyez une belle brochette ICI

Samedi 5/11/2005

Nous sommes toujours à Puerto Piramides. La péninsule Valdes n’est pas seulement le sanctuaire des animaux, c’est aussi un endroit sauvage magnifique bordé par l’eau d’un bleu profond.
Nous attendons le bus qui nous ramènera à Puerto Madryn, tranquillement installés dans le canapé de l’hôtel trois étoiles du village, dont la baie vitrée donne sur la plage bordée de falaises sablonneuses. La tempête fait rage dehors, les moutons d’écume blanche ont envahi la mer, nous apercevons les gerbes d’eau qui explosent contre les rochers au loin. Inutile de préciser que les ballades en mer sont annulées pour la journée. De toutes façons par ce temps, les baleines sont tranquillement sous l’eau et souvent bien au large.

Nous tuons ainsi agréablement les heures qui nous séparent du départ en sirotant un thé et un café, les yeux dans le vague, perdus dans le bleu de la mer et du ciel. Les photos sont ICI

Lundi 7/11/2005

Nous attendons le bus qui doit nous conduire à Rio Gallegos, au sud de l’Argentine, sur la côte Est. Ensuite nous chercherons une correspondance pour El Calafate, une petite ville près du glacier Périto Moreno. Il est 16 heures, le bus a déjà 1h30 de retard. Nous attendons patiemment sur un banc à côté d’une brochette de touristes et d’argentins à l’air légèrement ennuyé. Les bus arrivent à l’heure ici d’habitude. Vivement qu’il arrive, nous en avons pour 17 heures de route avant de rejoindre Rio Gallegos.

Mardi 8/11/2005

Nous sommes à Rio Gallegos, il est 9 heures du matin et le bus pour El Calafate vient de partir…sans nous : il était complet.
Nous patientons jusqu’à 13 heures, heure du prochain départ, à la cafétéria d’une station service où la télévision passe à plein volume des télénovellas mal doublées dont les acteurs n’ont certainement jamais assisté à un seul cours de comédie…

Voici enfin le bus pour El Calafate ! Le chauffeur, un sosie d’Henri Leconte à qui on aurait planté une perruque brune bouclée sur le crâne et des lunettes noires, fait son show. Il saute sur son siège comme Lucky Luke sur Jolly Jumper, fait des signes à tous les chauffeurs qu’il croise et lance un « à l’abordage » franc et sonore à la cantonade après une pause dans un restau-route pour donner l’ordre de remonter en voiture. Il fait le pitre pendant les 4 heures que dure le trajet. Ça fait passer le temps plus vite car on ne peut pas dire que le paysage soit fascinant : de la lande jaune à droite et à gauche pendant 4 heures : ça lasse au bout d’un moment.

Notre installation à l’hostel del Norte achevée à El Calafate, nous partons en repérages : Internet, supermarché, office du tourisme : les trois points de repère du voyageur dans une ville. Tout tourne autour de ça et ensuite on élargit le champ de recherche.

Nous voulons nous rendre au glacier Perito Moreno demain à 80 kilomètres de El Calafate. Nous hésitons entre la location de voiture et le bus. Après le tour des loueurs de voiture, nous comprenons que la meilleure solution est d’y aller en bus : les points de vue du glacier ne sont pas très éloignés, la voiture n’a donc pas un grand intérêt.

Un des loueurs de voiture, un petit type brun bronzé très sympathique nous donne des tuyaux sur El Chalten, notre prochaine étape. Il nous montre une carte des treks faisables tous seuls et des photos…il est tellement passionné par sa région et nous donne tant de conseils désintéressés que nous en sommes presque déçus de ne pas lui louer un véhicule.

Quelques heures plus tôt, le gérant d’un hôtel dont on avait suivi le rabatteur à la station de bus n’a pas voulu que nous lui remboursions la course de taxi alors que nous ne restions même pas chez lui finalement !

Et l’employée de l’hostel del Norte où nous posons nos sacs est douce, agréable et serviable…décidément les argentins sont des gens adorables !

Mercredi 9/11/2005

Le glacier Périto Moreno est localisé au cœur du parc national Los Glaciares, classé au patrimoine mondial de l’humanité par l’UNESCO en 1981. Ce parc de 600 000 hectares compte 356 glaciers dont le Périto Moreno et représente une des plus importantes réserves d’eau sur la planète.

La naissance de ce glacier est encaissée dans les montagnes et il se jette dans un grand lac. Des passerelles aménagées sur le bord du lac face au glacier nous permettent de l’admirer facilement : ni chaussures à crampon, ni piolet ne sont nécessaires.

Ce n’est pas un glacier plat qui descend de la montagne. Avec ses pics de glace, sa surface ressemble au dessus d’une tarte meringuée. Et sa couleur est magnifique ! Le glacier blanc comme neige est paré de reflets bleus plus ou moins prononcés par endroit, comme si la meringue avait été aspergée de curaçao par-ci par-là. Il est sublime.

Sur les passerelles nous tendons l’oreille et percevons comme des coups de feu lointains, des craquements et des coups de tonnerre…c’est la glace qui produit ce bruit en se brisant. D’ailleurs l’attraction ici réside non seulement dans la beauté des lieux mais consiste aussi à guetter les énormes blocs de glace qui tombent dans le lac en soulevant de gigantesques gerbes d’eau dans un bruit de tonnerre infernal.
Nous nous installons donc face au glacier et attendons, scrutant le mur de glace à l’affût du moindre bruit signalant un effondrement.

L’endroit est agréable et il fait très chaud. Le ciel est bleu et nous sommes bien en Tshirt. Nous qui avions peur d’avoir très froid en Patagonie…
Nous attendons, attendons…et sommes récompensés de cette patience car plusieurs énormes blocs se jettent dans l’eau à grands fracas, accompagnés par les cris des touristes impressionnés.

Le glacier s’effrite, s’émiette peu à peu sous nos yeux ébahis. Le glacier fait 5 kilomètres de long et 60 mètres de haut : quasiment les mêmes dimensions que les chutes d’Iguazu qui s’étendent sur 4 kilomètres et sont hautes de 60 à 70 mètres…

Les photos sont ICI

Nous reprenons le bus vers 16 heures pour El Calafate et sautons directement dans un second bus pour El Chalten que nous atteignons peu avant minuit après 200 kilomètres de piste.

Jeudi 10/11/2005

El Chalten est un minuscule village d’où les pics enneigés du Fitz Roy sont visibles. Les meilleurs alpinistes du monde viennent des quatre coins du globe tenter l’ascension jusqu’au sommet du Fitz Roy qui culmine à 3 441 mètres.
D’ailleurs lorsque nous sortons du dortoir que nous partageons avec un couple de jeunes canadiens, deux hommes affûtés comme des crayons gris préparent leurs baudriers, leurs piolets, leurs cordes et leurs casques : ils vont tenter l’ascension. Il leur faudra trois jours pour venir à bout de la paroi verticale d’un kilomètre !

Inutile de dire qu’il faut une vie d’entraînement pour s’y risquer. Nous nous contenterons des chemins de randonnée qui ne nécessitent que de bonnes chaussures de marche.

Vendredi 11/11/2005

Nous prenons de bonne heure le chemin de randonnée vers le Fitz Roy. Le chemin monte très peu au début, juste ce qu’il faut pour surmonter El Chalten et sa vallée. Nous arrivons au premier mirador, un point de vue idéal pour admirer les parois rocheuses à pic du Fitz Roy.

Plus nous avançons, plus nous approchons de la montagne, et plus la vue est impressionnante. Au bout d’une douzaine de kilomètres ça monte sec. Je grimpe tant bien que mal mais au bout d’une demi heure d’ascension la pente se fait encore plus raide ! Aurait-on pris le chemin d’escalade ? Non, mais nous mettons tout de même deux heures à atteindre le sommet après 500 m de dénivelé positif. Sur la fin les mains n’étaient pas de trop pour se hisser…je suis exténuée. Seb m’attend tous les 100 mètres, tranquillement installé sur des pierres plates…moi aussi je voudrais des jambes d’1M50 à Noël !

Nous sommes aux pieds du mont Fitz Roy, le soleil est au rendez-vous et la vue est magnifique. En contrebas nous découvrons un lac bleu turquoise éclatant niché dans la roche. Il faut avouer que la vue depuis le sommet vaut la peine qu’on se donne pour y arriver.

D’habitude la descente se fait plus en douceur que la montée mais ici il faut faire très attention aux éboulis de peur de se faire une mauvaise entorse. Je m’aide d’un bâton pour rétablir l’équilibre en cas de glissade mais je finis tout de même sur les fesses à mi pente à cause des pierres qui roulent sous mes pieds.

Ouf, nous sommes enfin en bas. Plus qu’une douzaine de kilomètres pour revenir à l’auberge del Lago. Le parcours aller-retour en fait 28 en tout et est très difficile par rapport à notre niveau d’entraînement…

Nous refaisons le plein d’eau dans les rivières. L’eau est potable partout ici. Nous regagnons l’auberge vers 20 heures, nous avons passé presque 10 heures à marcher et grimper et nous avons la plante des pieds à moitié broyée : aïe aïe aïe !

Nous retrouvons Debbie et Stew, nos deux canadiens de chambrée et leur racontons notre rencontre sur le chemin avec un habitant de Chamonix passionné de géologie, qui porte 1,5 Kg de pierres dans son sac, récoltées en Argentine et au Chili. Nous sommes impressionnés car nous trouvons nos sacs à dos déjà assez lourds pour ne pas y ajouter des pierres ! Ils nous avouent alors qu’ils transportent un bloc de granit de 3 Kg ramassé au Pérou deux mois plus tôt et qu’aujourd’hui ils ont craqué pour une des belles roches rouges qui parsemaient le chemin du trek ! Et encore 3 Kg ! Pas très pratique comme souvenir…euh, nous on pensait plutôt à des plumes…c’est bien les plumes ;-)

Samedi 12/11/2005

Je pense pouvoir compter un à un les muscles de mes jambes tellement ils m’en veulent de ce que je leur ai fait subir hier…j'en ai même découvert de nouveaux. Bon d’accord, puisque vous insistez on se repose aujourd’hui. Aïe.

Dimanche 13/11/2005

Nous prenons le bus pour Puerto Natales au Chili de bon matin. Nous traversons la douane pour la troisième fois. A la fin du voyage nous connaîtrons presque tous les postes de douane entre l’Argentine et le Chili.



Lundi 21/11/2005



Après de nombreux kilomètres de piste nous traversons la frontière Chili/Argentine et retrouvons des paysages un peu plus formés ainsi que des forêts.

En fin de journée nous atteignons Ushuaïa, le bout du monde et la ville qui a donné son nom à l’émission qui nous a bercés de voyages pendant toute notre enfance. Ce nom à lui seul synonyme de découverte, de passion, de frisson, d’émotion…nous allons enfin découvrir son visage, humer son atmosphère, arpenter ses trottoirs, rencontrer ses habitants : ce n’est pas chose banale que d’évoluer dans un symbole !

Etre à Ushuaïa pour nous c’est comme aller au bout du rêve, c’est une image qui devient tangible, le sentiment qu’aucun endroit au monde n’est inaccessible finalement…

Séquence Emotion !

Mardi 22/11/2005

Quelle ironie de se rendre compte qu’une des premières choses que nous faisons après être arrivés dans cet endroit si longtemps rêvé c’est de chercher quand et comment en repartir !

En effet, notre voyage se poursuit par un vol vers la Nouvelle Zélande tout début décembre et nous voulons absolument goûter à l’ambiance de Buenos Aires avant.

Nous consultons donc les compagnies aériennes afin de réserver nos places sur un des rares vols qui rallient Ushuaïa à Buenos Aires dans la semaine : le 26 novembre, cela nous laisse le temps de découvrir la ville et ses environs sans trop nous presser.

Ces formalités achevées, nous nous promenons le long de la baie d’Ushuaïa et admirons les montagnes enneigées qui dominent la ville.

Nous sillonnons l’endroit de long en large puis, chassés par la pluie, nous nous réfugions dans un pub qui se targue d’être le « pub irlandais le plus austral au monde » !

Mercredi 23/11/2005

Afin d’en apprendre un peu plus sur l’histoire de la région, nous nous rendons au « musée du bout du monde ».
Dans ce petit musée qui fait face à la mer, nous découvrons des photos des tribus indigènes Yamanas et Selknam. Ces vieux clichés montrent des indiens enveloppés de grosses fourrures et de peaux de bêtes ou encore nus comme des vers et couverts de peintures traditionnelles. Le musée comporte également des outils en os et en pierres, élaborés par les premiers habitants des lieux.
Le nom « Ushuaïa » vient d’ailleurs de la langue des indiens Yamanas, ce qui signifie « la baie qui pénètre dans le couchant » : poétique non ?

Dans le genre un peu plus « vieux loup de mer », nous apprenons que James Cook a navigué de 1768 à 1771 le long du canal de Beagle ainsi qu’au sud de la terre de feu et que pendant qu’il traversait le Cap Horn, il a écrit « Aucun autre lieu au monde n’offre une vue plus sauvage et plus terrifiante que cela ».
Et en effet, l’extrême sud de l’Amérique du Sud était un endroit terrifiant même pour les plus braves navigateurs. A cause des vents forts, des courants traîtres et des vagues colossales, des centaines de naufrages ont eu lieu dans ces eaux.

Mais il faut savoir également qu’à la fin du 19è siècle, l’invention du bateau à moteur a forcé les compagnies maritimes à renouveler leur flotte. Et le « bout du monde » était l’endroit idéal pour feindre un accident…Ce procédé permettait alors aux propriétaires de bateaux de recevoir une compensation de l’assurance qui aidait à acheter un nouveau navire, plus puissant.

Ces activités frauduleuses rejoignent un des thèmes fondateurs de la ville d’Ushuaïa : le bagne. En effet, le15 septembre 1902 a été posée la toute première pierre du « bagne des récidivistes ». Outre le caractère punitif que représentait la position géographique du bagne, une des raisons de sa construction était la volonté politique de peupler la zone.

En 1914, la population d’Ushuaïa comptait 1558 personnes dont 1324 hommes et seulement 234 femmes ! Il y avait encore du chemin à parcourir avant d’atteindre les 65 000 habitants actuels et la quasi parité homme/femme.

Aujourd’hui l’activité principale de la ville consiste à exploiter le tourisme que son titre de « ville la plus australe au monde » attire.
Or la présence de Puerto Williams, un petit port sur les terres chiliennes plus au sud l’inquiète. 100 US Dollars la traversée de quelques kilomètres d’Ushuaïa à Puerto Williams, vous ne trouvez pas cela dissuasif, vous, juste pour aller vérifier qu’Ushuaïa mérite bien son titre ?

Mais nous on s’en fiche, Ushuaïa restera toujours « Ushuaïa », notre rêve du bout du monde !

Jeudi 24/11/2005

Nous sommes dans le Parc National d’Ushuaïa et longeons le canal de Beagle par le sentier côtier. Nous avons de la chance car le ciel nous épargne la pluie et nous octroie même par moments quelques coins de ciel bleu ! Mais il a beaucoup plu les jours précédents et le sentier, très boueux, n’est pas facile. Nous restons donc concentrés sur nos pieds pendant les descentes afin de ne pas finir sur les fesses dans la gadoue. Il s’en est fallu de peu plusieurs fois, mais nous nous en sortons tout à fait dignement :-)

Le sentier nous mène à travers les bois et débouche ça et là sur de petites criques très mignonnes à l’eau cristalline, qui donnent sur une baie magnifique parsemée d’îlots verts : on se croirait en Croatie (en début d’hiver tout de même car l’eau n’est pas chaude…).

Au bout du chemin côtier, nous arrivons au Lago Roca ensoleillé dans lequel les montagnes se reflètent. Nous retournons vers les sentiers et en empruntons un qui coupe de petites dunes couvertes d’herbe. Nous nous rendons vite compte que les dunes ont été investies par des hordes de lapins et sont de vrais gruyères de labyrinthes et de terriers. Les petites bêtes sautillent autour de nous en toute décontraction. Aucun chasseur ne leur a jamais mis de plomb dans la cervelle…Nous tentons un ou deux plaquages sur lapin pour nous amuser mais leurs cadrages débordements dignes de Lamaison ont vite raison de nos velléités carnassières. Dommage, pas de civet ce soir.

Nous parvenons à la très jolie baie Lapataia où s’achève notre randonnée ainsi que la route Nationale N°3 qui va de Buenos Aires jusqu’au bout du bout du monde…

Vendredi 25/11/2005



Nous embarquons sur le bateau La Paludina avec un argentin, un italien et une espagnole…tiens, ça me rappelle une histoire…alors, lequel tombe à l’eau ? ;-)

Le capitaine appareille pendant que notre guide nous montre la carte de la baie d’Ushuaia et du canal de Beagle que nous allons traverser aujourd’hui.
Nous quittons le petit port de plaisance et mettons le cap sur un îlot rocheux sur lequel des centaines de « Sternes d’Amérique du Sud » (oiseaux blancs à casquette noire, dont le bec et les pattes arborent un joli orange fluo) ont élu domicile. Nous nous approchons afin de les observer quand, probablement gênés par un prédateur, la colonie entière s’envole dans un piaillement général tonitruant. Nous sommes entourés d’oiseaux hurlants et volant dans tous les sens : une vraie scène hitchcokienne.

Quelques encablures plus loin, sur le canal de Beagle, nous rejoignons une colonie de lions de mer qui se sèche au soleil. Nous sommes tellement prêts que nous pourrions presque les toucher. Mais les grandes dents que laissent entrevoir leurs gueules ouvertes nous en dissuadent bien vite. D’ailleurs leurs cris qui ressemblent tantôt à des aboiements de gros chiens enroués et tantôt à des rugissements de lions affaiblis ne nous rassurent pas plus. Nous gardons donc nos distances, contournons le rocher et flottons près des quartiers des cormorans.

Nous donnons suite à cette observation ornithologique lorsque nous débarquons sur une île transformée en nursery par les bécassines, oies brunes et autres volatiles. Léo nous guide dans cette marche et nous montre les oiseaux occupés à couver, ou les œufs dans les nids laissés sans surveillance. Tous sont bien cachés et il faut un œil bien exercé pour les découvrir.

De retour à la petite crique où mouille notre embarcation, nous enfilons des combinaisons de survie et nous jetons à l’eau pour quelques brasses dans le canal de Beagle à 4°C !
Ce sont les combinaisons que portent les naufragés en Alaska pour rejoindre les canots de secours. Les 9 millimètres d’épaisseur leur permettent de grimper dans les bateaux. La mort serait quasiment instantanée sans cela. Dans une eau à 4°C nous avons plus de temps : 2 minutes en moyenne avant que le cœur ne s’arrête si nous plongions sans combinaison…
Avec nos accoutrements nous pouvons rester dans l’eau autant de temps que nous le souhaitons. Nous flottons comme des bouchons de liège et nous ne ressentons presque aucune baisse de température extérieure. Donc à la fin de l’histoire, tout le monde va à l’eau :-)

Nous barbotons un peu puis il est temps de hisser les voiles pour rejoindre le port. Quelle journée mémorable !

Samedi 26/11/2005

Nous décidons de mettre à profit les heures qui nous restent à Ushuaïa pour visiter le musée maritime. Des maquettes de navires ayant découvert la terre de feu y sont exposées. Après Magellan, ils sont nombreux à avoir sillonné les parages pour découvrir de nouvelles voies de communication entre l’Atlantique et le Pacifique car seuls les bateaux de la Compagnie des Indes Orientales pouvaient utiliser le détroit de Magellan.
Schouten et Le Maire y sont parvenus en 1616 et ont découvert le fameux Cap Horn nommé ainsi en l’honneur du port dont ils étaient partis (Hoorn Caap).

Le musée maritime est situé dans les murs de l’ancienne prison d’Ushuaïa : le « bagne des récidivistes ». Un bon nombre de cellules sont d’ailleurs utilisées pour décrire l’histoire du bagne et de certains de ses prisonniers les plus célèbres. Du tueur d’enfants sadique dont le CV fait froid dans le dos jusqu’au prisonnier politique…il en est passé du monde dans ces minuscules cellules glaciales !

Quelques « pièces » du musée sont aussi consacrées aux Yamanas et aux Selknams, les premiers habitants de la région. Nous découvrons un canoë creusé dans un tronc d’arbre ainsi que des photos des indigènes. Nous y apprenons qu’une des raisons de la disparition des indigènes suite à l’arrivée des européens réside dans l’insistance de ces derniers à leur donner des vêtements pour cacher leur nudité ! Alors qu’ils vivaient nus ils n’étaient jamais sales car la pluie les lavait. Et ils étaient rapidement secs lorsqu’ils allumaient un feu.
Or avec leurs vêtements, qu’ils n’avaient jamais appris à laver, ils gardaient la saleté et restaient mouillés longtemps après la pluie. Cette nouvelle manière de vivre qui ne convenait pas à leurs habitudes les a exposés à des maladies jusqu’alors inconnues qui les a décimés.
De plus, ils vivaient dans des huttes qu’ils déplaçaient très régulièrement. Elles n’étaient donc jamais vraiment sales. Quand les européens ont voulu les sédentariser et leur ont construit des baraques, la saleté accumulée les a également mis face à des problèmes sanitaires nouveaux pour eux.

Après cette visite très instructive, nous rentrons à l’hostel Yakush situé sur la rue San Martin, la rue principale d’Ushuaïa. Nous aimons beaucoup cet endroit joliment décoré. Les chambres sont grandes et colorées et une mezzanine dans laquelle des matelas sont recouverts d’une belle collection de coussins invite à la siesta.
Mais la pièce que nous préférons ici est la vaste cuisine bien équipée car les baies vitrées de ses deux façades donnent sur les rues passantes ainsi que sur le petit port un peu plus loin. Nous y prenons donc nos repas en laissant filer le temps tranquillement et y flânons comme à la terrasse d’un café.
Cet hostel est vraiment le genre de lieux où nous nous sentons comme à la maison et les jeunes gérants sympathiques font également tout pour que le séjour nous soit agréable.

Dimanche 27/11/2005

Nous avons débarqué à Buenos Aires à 4 heures ce matin. Ou pour être plus précis, nous sommes descendus à l’hostel Ostinatto dans le quartier de San Telmo, dans le centre de Buenos Aires.
Il faisait entre 5 et 10°C à Ushuaïa, il en fait déjà 25°C la nuit ici…il va falloir se réhabituer à la chaleur !

L’hostel Ostinatto est très agréable, décoré dans le style Art Déco sur un thème noir et blanc. L’immeuble de 5 étages offre de grands espaces aménagés autour d’une antique cage d’ascenseur en fer forgé. Une terrasse ouvre une vue dégagée sur la ville et permet de respirer plus librement par temps chaud. Nous allons passer du bon temps ici entre les visites, la lecture et le farniente. D’ailleurs nous commençons par nous installer à la terrasse d’un café où nous sirotons un jus d’orange fraîchement pressé en regardant les passants.

Lundi 28/11/2005

Nous chaussons nos tongues de marche et nous nous promenons sur les trottoirs de la ville qui a la réputation d’être la capitale la plus sophistiquée et la plus élégante d’Amérique du Sud …nous allons voir cela ! Nous longeons l’avenue Chile où se trouve notre hostel, puis remontons l’avenue Pérou jusqu’à l’avenue Moreno où nous visitons la basilique de San Francisco. Nous nous rendons ensuite à la Plaza de Mayo nommée ainsi d’après le 25 Mai 1810 lorsque Buenos Aires a déclaré son indépendance de l’Espagne. Cette Place est le site de nombreuses manifestations politiques et revendicatives. Les célèbres « Mères de la place de Mai », mères de personnes disparues pendant la « sale guerre » (1976-1983) s’y rassemblent toujours chaque jeudi pour demander des explications sur la disparition de leurs proches (30 000 personnes auraient « disparu » pendant cette guerre).

Après la Place de Mai nous admirons la Casa Rosada à côté de la place, dont la façade est entièrement rose et qui fait office de maison présidentielle. De son balcon, Juan et Eva Peron et d’autres politiciens ont harangué des foules d’argentins.
La couleur rose du palais présidentiel viendrait de la tentative du président Sarmiento de faire la paix pendant son mandat de 1868 à 1874, en mélangeant le rouge des Fédéralistes avec le blanc des Unitaristes. Une autre théorie affirme cependant que la couleur provient du sang de bœuf dont on peignit le palace, ce qui était courant à l’époque.

Nous poursuivons notre balade dans l’avenue piétonne Florida, longée par les boutiques en tous genres et envahie par une foule de promeneurs, de vendeurs de bricoles, de rabatteurs, de danseurs de tango, de mimes…

Nous arrivons enfin à la Plaza Libertador Général San Martin et nous rafraîchissons sur un banc à l’ombre d’un arbre gigantesque dont les branches impressionnantes sont soutenues par des cales !

Lors de cette promenade nous avons effectivement remarqué que la vieille Europe a beaucoup influencé l’architecture de Buenos Aires pendant l’essor de la ville au 19è siècle. Mais il est aussi évident que le manque d’argent pour la restauration de ces vieilles bâtisses se fait cruellement sentir. A part dans les nouveaux quartiers très riches, les façades des maisons sont bien décrépies…
Mais les lieux, chargés d’histoire et de culture ne nous ont pas laissé insensibles. Buenos Aires est effectivement un endroit agréable (pour une ville).

Mercredi 30/11/2005

Après avoir visité les maisons des vivants (4,5 million d’âmes à Buenos Aires actuellement), nous rendons visite aux maisons des morts dans le cimetière de la Recoleta, situé dans un des quartiers les plus riches de la capitale fédérale.

Dans ce cimetière, des générations de l’élite argentine reposent dans des mausolées plus voyants et imposants les uns que les autres.
Certains sont de véritables reproductions en miniature de cathédrales, avec les vitraux, les statues etc. Les allées sont bordées de petites maisons en marbre noir, rose, en granite sculpté…
Avoir sa place ici nécessite non seulement énormément d’argent mais également un nom célèbre. Eva Peron est une exception à la règle, ce que nombre d’aristocrates n’a toujours pas digéré. Sa tombe très sobre comparée à ses voisines attire cependant des foules de touristes et de disciples de celle qui a utilisé sa position de femme du président et son charisme pour défendre les droits des travailleurs et des pauvres.

Jeudi 1er Décembre 2005

Après une journée de détente (encore une) nous nous rendons au café Tortoni où nous assistons à un spectacle de Tango. Cette danse serait née à la fin du 19è siècle dans les bordels de Buenos Aires et s’est vite répandue dans des lieux plus ouverts au début du 20è siècle.

Nous commandons un verre et le rideau se lève. L’orchestre prend place au piano, à la contrebasse et au bandonéon, une sorte de petit accordéon incontournable dans un orchestre de Tango.
Les danseurs s’avancent, les hommes dans leur panoplie de mauvais garçons des faubourgs de Buenos Aires dans les années 20 : cheveux gominés, costume sombre, souliers noirs et blanc vernis et bien sûr, sourcils froncés de rigueur !

Les femmes sont vêtues de collants en grosses mailles noires, d’un déshabillé de soie rouge, d’un boa et de talons hauts.

Le tableau est dressé, l’orchestre se lance et les corps s’animent dans un entrelacs de jambes, de grands pas synchronisés et de hanches qui se dandinent. Les jambes se cherchent, se faufilent, les danseurs virevoltent tout en gardant des poses guindées qui tranchent avec la sensualité des bouches qui se frôlent.

Second tableau : les femmes ont revêtu la robe noire échancrée traditionnelle rehaussée de bijoux étincelants. Puis une belle chanteuse aux longs cheveux bruns, aux yeux brillants et à la voix forte légèrement voilée entame un air qui nous donne des frissons. Notre regard se porte sur le joueur de bandonéon dont le visage exprime la colère ou la tristesse de la musique, qui rebondit constamment sur son tabouret et qui laisse son instrument retomber brusquement sur son genou lorsqu’il s’enflamme, comme s’il voulait le casser en deux. En voila un qui vit sa musique !

Vendredi 2/12/2005

Nous faisons honneur une fois de plus aux Parillas argentines. Nous ne tenons pas le compte de la quantité de bœuf que nous avons ingérée depuis notre arrivée dans le pays mais nous sommes encore très loin de la moyenne des argentins qui en consomment aux alentours de 60 Kgs par an ! L’Asado ou le barbecue est une véritable institution en Argentine tout comme aller danser un vendredi soir est incontournable pour un jeune argentin. « C’est religieux » nous apprend un jeune habitant des lieux.
Quand il s’agit de bien manger, de faire la fête ou de lancer un trait d’humour, on peut compter sur les argentins !

Après ces agapes, nous nous rendons au Caminito, un petit coin coloré du quartier de la Boca. Dans ce minuscule endroit délimité par des rues piétonnes, la couleur vient des maisons peintes de couleurs vives et des toits en métal coloré. Les façades sont rehaussées de fresques représentant les personnes typiques du quartier dont les danseurs de Tango bien sûr.

Sur le chemin du retour, nous dépassons le stade de la Boca Junior (surnommé la Bombanera) dans lequel Diego Maradona a joué.

Samedi 3/12/2005

Nous avons adoré les pays que nous avons visités en Amérique du Sud. Surtout l’Argentine où nous sommes restés un mois et demi. Mais nous devons partir et changer totalement de décor. C’est ainsi que nous avons organisé notre tour du monde : autour de la diversité des lieux et des cultures.

Nous prenons donc un vol cet après midi pour Santiago, où nous attraperons une connexion pour Auckland. Nous traversons une fois de plus la cordillère des Andes mais nous la voyons d’un œil neuf car cette fois nous la survolons ! Nous apercevons le sommet Aconcaga (6 960 mètres) juste en dessous, entouré de belles montagnes marron et blanc : le panorama est grandiose ! C’est la dernière image que nous gardons d’Amérique du Sud :-)