Vendredi 17/02/06

Nous sommes à Yangon depuis hier soir. Notre guide bleu nous avait prédit des ennuis à la douane pour faire passer notre ordinateur portable dans le pays, mais il est passé comme une lettre à la poste.
Nous sommes au Mother Land Inn 2. L’hôtel est propre, dispose d’une terrasse où l’on peut boire un verre en regardant la vie de la rue et le personnel est souriant : parfait.
Nous débutons la journée par la recherche de Visas à l’ambassade de l’Inde. Nous aurions mieux fait de les faire à Bangkok où ils ne coûtaient « que » 50 $. Ici nous avons dû débourser 65 $ par personne ! Ces formalités achevées, nous nous rendons au musée national.

Une femme guide entre avec nous dans le musée et nous explique l’alphabet birman ainsi que son évolution graphique siècle par siècle en partant du sanscrit. Nous poursuivons notre visite et pénétrons dans la salle où se trouve le Trône du Lion, le seul des neuf trônes du palais de Mandalay qui ait survécu aux bombardements de la seconde guerre mondiale. Le trône est impressionnant, il fait près de cinq mètres de haut et est fait de teck finement sculpté et doré. La beauté de ce piédestal représente parfaitement l’apparat de la cour jusqu’au début du 20è siècle. A la sortie de la salle, un homme nous aborde. Nous faisons connaissance, discutons un peu, puis il insiste pour nous montrer le premier étage où sont exposés quelques outils préhistoriques, des urnes funéraires etc. A la fin de la visite il nous explique qu’on doit payer 5 $ pour aller plus loin. On ne dira pas qu’on ne s’y attendait pas et même si nous n’avions pas envie d’avoir un guide nous finissons par l’embaucher pour la suite car il est sympa. Il se fraie un chemin à travers les étages en nous montrant les objets de la vie quotidienne à la cour, des costumes traditionnels, des bijoux, des statues…et nous explique comment ajuster un longyi, le vêtement traditionnel birman encore porté au quotidien.

Après cette prise de contact avec l’art birman nous marchons vers la pagode Shwé Dagon. Dagon est l’ancien nom de Yangon et Shwé signifie « doré ». Effectivement l’or prédomine ici : le stupa, une sorte de grande cloche de 18 mètres de haut est entièrement recouvert d’or, les chapelles du parvis et les nombreuses statues de bouddha également. Les birmans contribuent à la dorure des statues en leur offrant des feuilles d’or et en accomplissant ainsi un des trois devoirs fondamentaux du bouddhisme : donner. Les autres obligations sont la conduite morale et la méditation ou discipline de l’esprit.
Le don est une obligation que les birmans remplissent au quotidien : entretien des pagodes, application de feuilles d’or sur les statues de Bouddha, don de nourriture et d’argent aux moines. Nous assistons d’ailleurs chaque matin à la procession des moines qui viennent avec leurs bols à offrande chercher le riz mis à leur disposition par l’hôtel.

A Shwé Dagon nous faisons la connaissance d’Ottama, un moine d’une trentaine d’années qui nous explique qu’il est originaire de la région de Mandalay et habite au monastère de Yangon pour quelques temps afin d’appendre l’anglais. Il veut parler anglais avec nous, pour s’entraîner dit-il, et nous sommes heureux de pouvoir lui poser des questions sur Shwé Dagon et sa vie de moine. Ottama nous présente les chapelles et nous explique que chacune symbolise un jour de la semaine. Les personnes nées ce jour là viennent donc prier devant leur chapelle. Puis il nous amène devant une série de récipients dorés qui tournent autour d’un axe et dont chacun représente un vœux : santé, prospérité, réussite aux examens etc. Il nous montre comment lancer des petits billets et nous acquérons ainsi tous deux une bonne santé ;-)

Nous rions beaucoup avec lui car il veut absolument nous prendre en photo et nous filmer. Il nous propose même des mises en scène : « vous arrivez de derrière la chapelle et vous marchez vers moi ». Il emmène Seb dans un endroit réservé aux hommes (hum hum, choc des cultures…) où il manque de lui casser une rotule en tentant de lui apprendre la position pour méditer ;-)
Ottama nous montre également où acheter des feuilles d’or et comment les appliquer sur une statue. Puis il nous mène vers une des énormes cloches en bronze du parvis que nous avons le droit de frapper de trois coups car nous avons fait une donation.
Il nous fait visiter chaque recoin du parvis (5 hectares !) et à 18H30, au coucher du soleil, il nous entraîne vers un endroit d’où il nous montre les couleurs reflétées par l’énorme diamant serti au sommet du stupa. Il nous montre le rouge, nous tire par le bras 2 mètres en arrière : nous y apercevons le vert, puis quelques pas à gauche et nous voyons le jaune. Il nous fait faire le tour du parvis, adosser à un mur, s’accroupir à moitié et là, de cette position unique, le reflet blanc émanant du diamant est visible. Il faut vraiment connaître ces emplacements précisément car quelques centimètres plus loin on ne voit rien.

Nous nous asseyons sur la terrasse pour discuter lorsque Ottama nous remet sa carte de visite, sur laquelle se trouve l’adresse de son monastère et son adresse email ! Nous ne sommes pas au bout de nos surprises dans ce pays. On nous avait dit qu’il ne fallait jamais toucher un moine, qu’il fallait leur céder le passage et toutes sortes de politesses formelles et nous rencontrons un moine hyper moderne qui se fiche totalement de ce genre de principes. On nous avait également dit qu’Internet était inexistant en Birmanie et voila un moine avec une adresse email ! Mais nous apprendrons plus tard qu’il faut une demi heure pour consulter un mail de quelques lignes à Yangon et que dans les autres villes c’est pire…Sans compter que beaucoup de sites Internet sont censurés (tels que Hotmail ). Des logiciels illégaux existent pour contourner la censure mais il faut vraiment s’armer de patience pour expédier un email (sans compter qu’ils n’arrivent pas toujours à destination).

Pour finir Ottama nous sort un petit carnet dans lequel il consigne toutes les adresses de ses amis rencontrés à Shwé Dagon. Une fois le carnet en main il nous explique qu’il y consigne également les dons faits par ses amis pour qu’il aille un jour visiter le temple de son bouddha en Inde. Il est rusé le garçon ;-) Il est bien parti car sa technique a l’air parfaitement rodée et plutôt bonne pour faire monter les enchères. Nous constatons en effet que la majorité de ses amis lui remet dans les 10 $, une somme énorme pour la Birmanie.

Samedi 18/02/06

Nous nous rendons à l’ambassade d’Inde pour récupérer nos passeports et nous trouvons les portes closes. Hier nous n’avons pas voulu quitter Shwé Dagon et Ottama pour retourner à l’ambassade, mais nous aurions dû ! Nous ne savions pas que les bureaux étaient fermés le samedi. Nous les laisserons donc bien au chaud à l’ambassade et voyagerons avec des photocopies car nous voulons partir de Yangon demain.
Nous prenons un café sur le trottoir face à l’ambassade puis nous rendons à la Pagode Sulé, à deux pas de là. Nous faisons plusieurs fois le tour du Stupa en or et observons les statues dorées dans les autels. Sur le parvis les gens discutent, fument, mangent. Un vieux moine écoute de la musique grâce à une mini radio. Nous refaisons plusieurs fois le tour du parvis à la recherche de la porte où nous avons laissé nos chaussures : toutes les entrées se ressemblent !
Nous déambulons dans les rues encombrées de taxis, d’échoppes en tous genres et croisons des jeunes nonnes au crâne rasé. Elles tiennent une ombrelle en papier pour se protéger du soleil et sont très belles dans leur robe monastique de couleur rose. Contrairement aux moines qui reçoivent quotidiennement tout ce dont ils ont besoin, les nonnes n’ont le droit de mendier de la nourriture et de l’argent que les veilles et lendemains de dimanche bouddhique. Elles doivent travailler leur potager pour subvenir à leurs besoins le reste du temps.



Nous atteignons le marché Bogyoke en fin de matinée, longeons les vieux comptoirs en bois spécialisés dans le longyi, le vêtement traditionnel birman, puis reprenons la route en direction de Pansodan Road où les bouquinistes ont étalé de vieux livres sur le trottoir. Nous jetons un œil sur la rivière où les bateaux taxi font la navette avec l’autre berge et rencontrons deux petites filles qui vendent des cartes postales après l’école. Elles n’ont que 10 et 12 ans et parlent déjà un bon anglais. Tous les petits vendeurs déroulent le même texte : « Hello, where do you come from », puis lorsque nous leur apprenons que nous sommes français ils passent à « Bonjour, comment allez-vous ? », « Combien de jours à Yangon ? », puis « Zidane, Zizou » ;-)
Et on repasse vite à l’anglais. Pour les éconduire gentiment nous leur disons que nous n’écrivons pas de cartes postales. La plus grande, absolument pas désorientée nous répond dans la seconde « Je peux les écrire pour vous ! ». Elle a oublié d’être bête cette petite 

Nous nous rendons à la Pagode Bo Ta Htaung où il est possible d’entrer dans le stupa doré contrairement à Swhé Dagon qui réserve l’accès aux moines uniquement.
Autour du parvis les autels abritent des images des moines protecteurs et des « tourniquets à vœux » comme celui de Swhé Dagon. Les dorures ajoutées à cela, et vous avez un peu l’impression d’être dans une fête foraine ;-)

Seb repère trois petites filles qui jouent sur le parvis et leur demande s’il peut les prendre en photo. L’une d’elles insiste ensuite pour être prise seule en photo. Elle prend alors des pauses différentes à chaque cliché, une vraie star ! Les autres enfants voyant le manège veulent participer. Ça chahute, ça se pousse, ça rigole. Ils sont près de 10 maintenant. Tous veulent être sur la photo. Nous devons stopper la séance au bout de quelques minutes car une petite fille maigrichonne de 8 ans maximum porte avec peine un bébé joufflu de quelques mois sur son dos. Comme les plus grands ont repéré notre intérêt pour le bébé ils tentent de l’enlever à sa sœur, se l’arrachent, se bousculent et ça devient dangereux pour lui.



Dimanche 19/02/06

Nous sommes assis sur les bancs en bois d’une station de bus envahie par les vendeurs de chips, cacahuètes et snacks en tout genre. Nous attendons le bus pour Bagan. Nous faisons la connaissance de Nicolae, un Ukrainien qui travaille à Yangon dans l’industrie du Jade. Il nous présente Anna, sa femme, qui se rend à Bagan également. Nicolae est heureux de voir qu’elle ne sera pas la seule touriste dans le bus. Lui n’a pas le droit de voyager car les autorités birmanes, responsables de sa sécurité, le lui interdisent.
Le bus est bondé : tous les strapontins sont utilisés. Les employés tentent un Tétris grandeur nature dans le bus et essaient d’y caser les nombreux cartons, sacs et paniers. Au premier coup de frein des femmes se prennent des cartons sur la tête : ils avaient été fixés avec des bouts de raphia…forcément.
Nous regardons la campagne à travers la vitre et remarquons des Stupas dorés qui émergent ça et là au dessus de la cime des arbres. Au bout de trois heures, le bus, un vieux véhicule qu’on ne rencontre plus guère en France depuis les années 1970, tombe en panne. Le mécanicien du bord tente de réparer mais il manque une pièce. Il faut attendre de l’aide d’un village voisin. Nous sommes à un des multiples postes frontières gardés par les militaires qui quadrillent le pays. Un mini village a poussé autour. Nous faisons connaissance avec les autres voyageurs et apprenons qu’une équipe de tournage birmane occupe la moitié du bus. Ils vont tourner un film dans la région de Bagan. Ils parlent bien anglais et sont très sympas. Ils tiennent à nous offrir une boisson au café du village. Ils nous expliquent que la star du film, une jeune actrice très connue en Birmanie (la petite fille d’un militaire influent) arrivera en avion le lendemain.

Va-t-on devoir dormir là ? Personne ne serait capable de dire combien de temps il nous faudra attendre. Finalement nous repartons au bout de trois heures. Il fait nuit. Il est impossible de dormir car les sièges du bus sont bardés de barres de fer qui cognent contre les genoux ou le dos au moindre cahot. Et le bus roule à fond sur la chaussée défoncée…
A quatre heures du matin les lumières s’allument et tout le monde sort du bus. Que se passe t’il ? Nous n’en avons aucune idée car l’annonce a été effectuée en birman. Nous suivons le troupeau et demandons à un passager de nous expliquer ce qui se passe : nous devons traverser le pont de bois à pied car le bus rempli serait trop lourd. Ah, effectivement, il est plus sage de descendre…
Nous arrivons à Bagan au petit matin après une longue nuit de transport. Un employé nous remet une serviette rafraîchissante. L’emballage nous fait éclater de rire car il y est indiqué « Royal Myanmar, Luxury bus » !
Un Rickshaw nous conduit à notre Hôtel, où nous pouvons enfin nous reposer.

Lundi 20/02/06

Finalement nous ne sommes pas si fatigués que cela. Nous louons des bicyclettes et partons avec Pierre, un belge rencontré à l’hôtel, visiter les alentours : Shwé Zigon et le marché. Shwé Zigon fait partie des quatre pagodes birmanes les plus vénérées, avec Shwé Dagon à Rangoon, Shwé Sandaw à Pyay et Shwé Maw Daw à Bago, car elles auraient été créées à l’époque du bouddha historique.

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Sur le chemin du retour nous croisons un conducteur de calèche et nous renseignons sur le prix d’une journée de ballade. Il nous donne sa carte, nous allons réfléchir. Nous déjeunons puis Seb et moi nous reposons un peu à l’hôtel. Enfin, pas longtemps car nous retournons chercher Maung Maung le conducteur de calèche pour réserver ses services pour demain. Nous ne le trouvons pas et demandons à quelqu’un de nous indiquer où il se situe. Il nous guide jusque chez lui. Maung Maung nous accueille comme des hôtes de marque. Il nous installe à sa table, nous offre du thé, une boisson à base de maïs très répandue ici, des bonbons…il est tellement prévenant qu’il en est touchant. Il nous parle de sa famille, de son fils qui est guide, de sa fille qui va encore à l’école. Sa femme arrive, elle travaille pour le gouvernement et nous apprendrons plus tard qu’elle ne gagne que 1 500 K par mois ! Un peu plus d’un dollar…

Nous rentrons à l’hôtel avant de ressortir voir le coucher de soleil depuis le toit terrasse du temple de Shwé Leik Tu. Nous y découvrons un panorama incroyable : les 2 000 temples construits par les rois de Bagan au Moyen âge nous entourent. Leurs murs en pierres de terre cuite rougissent au soleil du soir puis au crépuscule leurs silhouettes se dessinent en contre jour. Le site est tout simplement exceptionnel.

Mardi 21/02/06

Bagan est composé du Old Bagan et du New Bagan. En 1990 eurent lieu le premières élections libres du pays. Les habitants de Bagan votèrent massivement pour la Ligue pour la démocratie. Le commandant de la région de Mandalay ordonna alors au maire de Bagan, placé sous sa juridiction, de déplacer le village pour le punir. Comme les habitants refusaient de déménager, leurs chefs furent arrêtés et emprisonnés. C’était le 30 mai. Le 1er juin, l’électricité fut coupée, le 2 ce fut l’eau et le 4 des haut-parleurs avertirent que le 8 juin, des bulldozers raseraient tout ce qui resterait. En dédommagement chaque famille reçut 10 plaques de tôle ondulée pour se bâtir un toit, 10 sacs de ciment, un terrain de 18 sur 24m et 250 K (environ 3 € d’alors). Ainsi naquit New Bagan…
Ceci en dit beaucoup sur la force du pouvoir en place et sur la crainte constante qu’ont les birmans des hommes en uniforme. Nous l’avons ressentie également chez les personnes avec qui nous avons discuté, que ce soit à Yangon ou à Bagan où les gens chuchotent la folie de l’armée. Jamais nous n’avons entendu un nom de militaire énoncé à voix haute. Lorsqu’ils en parlent ils murmurent comme s’ils parlaient de « celui-dont-on-ne-doit-pas-dire-le-nom »…

Maung Maung vient nous chercher vers 9 heures à l’hôtel. Rubis, son cheval, nous conduit de temple en temple dans les environs de Bagan. Petits et grands, remplis de statues de Bouddha et de peintures retraçant sa vie, tous sont intéressants. Malheureusement nous constatons que les peintures datant pour la plupart des 11, 12 et 13è siècles sont dans un état de délabrement avancé. Les fonds pour la restauration sont rares et l’on se demande dans quelle poche finissent les dix dollars perçus à l’entrée de Bagan.

Nous déjeunons dans un restaurant traditionnel birman de riz blanc accompagné de mets huileux servis dans de petites coupelles. On nous sert une soupe de légumes dont l’odeur forte rappelle celle d’une étable. Nous sommes loin d’être conquis par la cuisine de la région. Heureusement le pays propose autant de cuisine chinoise ou thaï que birmane et c’est tout à fait compréhensible car l’union du Myanmar regroupe 32% d’habitants qui relèvent de groupes ethniques différents des birmans majoritaires (Arakanais ou Rakhine, Chin, Kachin, Shan, Kayah, Môn et Karen).

L’après-midi Maung Maung nous conduit au monastère dont le toit et la façade sont faits de bois ouvragé. Nous poursuivons par le grand temple « Ananda » qui abrite quatre grandes statues de Bouddha debout. A côté de chaque temple principal vous trouvez au minimum un vendeur de peintures reproduisant celles qui se trouvent à l’intérieur des temples de Bagan et un vendeur d’ustensiles en laque. La pression des vendeurs n’est pas encore trop forte mais nous nous sommes tout de même fait poursuivre pendant presque toute la visite d’un temple par des petits vendeurs de cartes postales…

Après cette bonne journée, nous attendons le coucher du soleil depuis une terrasse d’où nous admirons les temples nimbés d’une douce lumière jaune, ainsi que le soleil rouge qui descend se cacher derrière la colline.

Mercredi 22/02/06

Nous avons demandé à Maung Maung de nous faire visiter de nouveaux temples aujourd’hui avec sa calèche. Il connaît bien les environs et sait nous emmener dans des lieux intéressants. Nous débutons par Kyan-Sit-Thar Umin, un monastère dont les peintures bouddhiques ont été en partie conservées.
Puis Maung Maung nous demande si nous cela nous intéresserait de découvrir le processus de création des objets en laque. Bien sûr ! Il nous conduit alors dans l’atelier Ever Stand dont le patron moustachu a été à l’école avec lui. Le propriétaire nous fait faire le tour de son atelier et nous explique que 12 couches de laque sont appliquées de chaque côté du support de bois, osier ou crin de cheval tressé. Chaque couche sèche une semaine puis les hommes dessinent les premiers motifs au scalpel. Les femmes dessinent ensuite les détails avec une précision chirurgicale. D’autres employés apposent la couleur qui ne se fixe que dans les incisions nouvelles, et on répète le procédé pour chaque couleur : incision puis coloration C’est impressionnant de voir le nombre de personnes nécessaires pour confectionner une pièce. … Il y a jusqu’à 60 personnes dans l’atelier.

Après cette visite très instructive nous visitons le temple de Hti-lo-min-lo où nous repérons deux écureuils en pleine ascension sur les fines sculptures de la façade. Puis nous grimpons nous même sur un des temples en forme de pyramide de Wut-ta-na-taw group, d’où nous bénéficions d’une vue panoramique sur les milliers de temples de la plaine de Bagan. Nous sommes heureux de circuler en calèche car la chaleur est écrasante et une visite à vélo serait exténuante. Nous poursuivons notre découverte par Sulamani, Dhamma-Yan-Gyi Pahto et Nan Paya où les bouddhas sont gigantesques et les peintures murales très intéressantes, même si elles sont bien détériorées. En 1975 un tremblement de terre a éventré beaucoup de temples mais a alerté l’UNESCO sur l’importance de recenser et restaurer les temples de ce site majeur du patrimoine mondial. L’UNESCO a notamment nettoyé les peintures recouvertes de noir de fumée. En effet pendant la seconde guerre mondiale les habitants qui s’étaient abrités des bombardements dans les temples, y cuisinaient.

Bien sûr, nous ne manquons pas notre coucher de soleil quotidien depuis la terrasse d’une pagode ;-)



Jeudi 23/02/06

Nous partons pour Mandalay aujourd’hui à 7 heures. Maung Maung a tenu à nous conduire à la station de bus gratuitement. Ce geste montre bien sa gentillesse. Il arrive couvert d’un bonnet et d’une grosse veste : il a froid alors que nous profitons avec bonheur de la fraîcheur matinale.

Le bus pour Mandalay part bondé comme d’habitude. Tous les strapontins sont occupés alors on rajoute de mini tabourets en plastique dans la partie avant du bus. Des hommes grimpent même sur le toit et y tiennent compagnie aux sacs des voyageurs et aux poules coincées dans des paniers. On doit être près de 60 dans un bus prévu pour 40 maximum… ( et je ne compte pas les poules ;-)

Les femmes et les enfants ont le visage recouvert de tanakha, une substance qui ressemble à de l’argile léger et jaune qu’on extrait du bois de tanakha en le frottant sur un mortier de pierre humectée. Les birmanes s’en appliquent chaque jour sur le visage afin de le protéger du soleil et de la transpiration, sans compter qu’il régule l’excès de sébum : c’est leur produit de beauté 100 % naturel. C’est peut être pour cela qu’elles ont toutes une belle peau veloutée.



Ça y est, nous partons. La route est juste assez large pour laisser passer un bus. Quand un autre véhicule arrive en face le plus léger se gare sur le bas côté en terre. Le klaxon n’est pas accessoire, il est aussi utilisé que le volant ou la boîte de vitesse car dès que nous croisons une voiture, un vélo ou un vélo moteur, ou dès que nous nous approchons des villageois en bordure de route le chauffeur donne un coup de klaxon pour annoncer son arrivée. Etant donnés les couinements et grincements constants qu’émet le bus bringuebalant, sans compter le bruit du moteur qui peine, ces coups de klaxon sont superflus à mon avis.

Nous dépassons des chars tirés par de grosses vaches blanches à bosse, nous croisons des paysannes qui transportent du grain dans des paniers accrochés à chaque extrémité d’un long bâton qu’elles calent sur leurs épaules, nous contemplons la vie de la campagne qui se déroule devant nos yeux.

La région est sèche, sableuse et poussiéreuse et nous devons partager la route avec les vélos, les piétons, les chars à bœufs, les pick up bondés…ce n’est pas étonnant qu’il faille 8 heures pour parcourir les 293 kilomètres qui séparent Bagan de Mandalay. Enfin…si tout va bien ! Pour nous ce sera un peu plus long. Un premier arrêt technique sert à refroidir le moteur avec de l’eau. Moins d’une heure plus tard un des pneus usés jusqu’à la corde rend l’âme. Tout le monde sort et en profite pour « faire ce qu’il a à faire » derrière les arbres. Aucun arrêt n’est en effet prévu pour cela et on en viendrait parfois à attendre la panne avec impatience.

Après l’arrêt déjeuner dans un restaurant birman, le bus marque une nouvelle pause. Nous sommes devant un garage cette fois, afin de réparer la chambre à air du pneu crevé. Une bonne rustine et on n’en parle plus. Nous voila repartis, nous avons déjà deux heures de retard sur l’horaire mais c’est habituel ici. C’est le pays de la patience. Aucun passager ne montre de signe d’énervement ou ne regarde sa montre en soupirant. Qu’est-ce que c’est reposant !

Vendredi 24/02/06

Nous sommes à l’hôtel E.T. Nous écrivons, bouquinons et prenons notre temps. En fin d’après midi nous montons à l’arrière du pick up de Momyo avec qui Seb a négocié le transport vers le pied de la colline de Mandalay de laquelle nous souhaitons voir le coucher de soleil.

Là, Momyo nous présente une amie mandalaise qui étudie le français et souhaiterait parler avec nous. Nous gravissons ensemble les quelques centaines de marches qui nous mènent à la pagode du sommet. Une autre jeune fille, rieuse et espiègle nous rejoint. Des vendeurs de boissons et de nourriture sont installés de chaque côté des marches. Nous nous arrêtons à un endroit pour poser nos chaussures. Nous n’y achetons rien et pourtant, avant que je ne parte, une femme m’offre une belle rose jaune et un joli sourire : ils sont comme ça les birmans !

Nous arrivons au sommet dégoulinants car il fait encore plus de 30°C. De là haut nous avons une vue générale de Mandalay perdue sous son brouillard de pollution. Mais le coucher de soleil est beau car l’astre rouge se reflète sur les eaux du fleuve Irrawady.

Samedi 25/02/06

Momyo passe nous chercher en début de matinée avec son pick up. Nous nous arrêtons dans un atelier de sculpture sur marbre où quatre hommes dégrossissent un énorme bloc de plus de trois mètres de haut. De gros éclats volent sous les coups de burin. Le travail a l’air exténuant. Les sculpteurs de marbre de Mandalay sont très réputés et les statues de bouddha, de lions ou d’éléphants seront ensuite exportées partout en Asie.
Nous reprenons notre chemin et roulons dans les rues étroites et poussiéreuses de Mandalay. Nous marquons un second arrêt dans un atelier où des brodeuses appliquent des motifs décoratifs faits de paillettes sur des textiles rehaussés de fils d’or et d’argent. Le travail nécessite des mains expertes et un travail minutieux. Un ouvrage de la taille d’une housse de coussin demande plus d’une semaine de travail. Cette technique était autrefois utilisée pour confectionner les lourdes tentures murales posées dans les demeures et monastères birmans.

Nous descendons devant le pont U Bein à Amarapura. Le pont entièrement construit de bois de teck fait environ un kilomètre de long et enjambe le lac Thaung Tha Man sur lequel des milliers de canards on établi leur résidence. Le pont domine également des champs cultivés par des paysans qui travaillent autour de leurs plants de haricots. Un char tiré par des bœufs blancs tente de traverser le lac à pied et y parvient. Nous empruntons le pont car l’eau verte du lac ne nous dit rien. Pourtant des enfants nus jouent dedans, des femmes se lavent vêtues de leur longyi et des pêcheurs à pied y récoltent des coquillages et y pêchent le poisson Nylon grâce à des filets triangulaires attachés à deux longs bouts de bois qu’ils portent à bout de bras.
De l’autre côté, nous nous installons à la terrasse d’un café en bambou installé sur l’herbe qui entoure le lac. Nous y dégustons un « coffee mix », le café au lait servi dans la majorité des cafés et restaurants du pays, quand Wutyee nous rejoint et nous salue d’un timide bonjour. Nous avions rendez-vous avec elle ce matin. Elle souhaite nous accompagner aujourd’hui pour parler français.
Wutyee nous guide vers la pagode de Kyauk Tawgyi sur les murs de laquelle de belles peintures représentant des lieux célèbres du Myanmar sont conservées. Le temple abrite également un gigantesque bouddha en marbre pour lequel le gardien nous demande d’acheter des feuilles d’or. Mais seuls les hommes sont autorisés à appliquer les feuilles sur le bouddha ! Les femmes sont encore loin d’être considérées comme les égales des hommes ici, non seulement dans la religion mais également dans le travail car les femmes touchent des salaires dérisoires. Leurs maris doivent ainsi subvenir à leurs besoins malgré leur activité professionnelle.
Seb applique donc les feuilles d’or, guidé par le gardien, puis nous rentrons et retraversons le lac en sens inverse. Nous rejoignons Momyo qui nous conduit à Sagaing. A l’arrière du pick up nous sommes aux premières loges pour profiter de la pollution et de la poussière en suspension de la région de Mandalay. Il n’est pas encore midi et nous sommes déjà recouverts d’une fine pellicule grise…

A Sagaing nous grimpons sur la colline par un grand escalier qui nous mène à la pagode Hsun U Ponnya Shin. De là, la vue se déploie sur les collines semées de pagodes dorées et sur le fleuve.
Piu Piu, une jolie birmane d’une vingtaine d’années, dont les longs cheveux noirs sont ornés d’une fleur de frangipanier, me salue et me demande si elle peut parler anglais avec moi. Elle m’explique qu’elle fait des études d’avocat et qu’elle passe ses trois mois de vacances scolaires chez sa sœur qui est nonne dans un couvent à côté de la pagode où nous sommes, afin de pratiquer l’anglais chaque jour avec les touristes de passage.
Beaucoup de jeunes birmans font cela, ce qui est bien agréable également pour les touristes qui peuvent alors leur poser des questions sur le pays, leur religion, leur mode de vie etc.
Pendant la visite de la pagode nous sommes donc accompagnés de Piu Piu et de Wutyee. La pagode perchée sur la colline est agréablement fraîche et nous procure un abri du soleil et de la chaleur extérieure. Un grand bouddha en marbre trône dans la pièce principale. Piu Piu et Wutyee nous guident ensuite vers une autre pagode un peu plus loin sur la colline où une quarantaine de statues de bouddha en marbre sont disposées en enfilade. Puis, armées de bougies elles nous font découvrir un ancien monastère aux couloirs sombres qui débouchent sur un temps.
Nous quittons Piu Piu et la pagode Hsun U Ponnya Shin pour nous rendre à Inwa. Arrivés là-bas il est déjà tard et nous devons visiter le monastère Bagaya en teck ouvragé, la tour de garde et le monastère Menu au pas de course, ce qui nous déçoit beaucoup car d’après notre guide bleu, Inwa est sensé être le point d’orgue de la journée. Immanquablement nous n’apprécions pas le lieu à sa juste valeur et le trouvons moins intéressant que les sites précédents.

Sur le chemin du retour nous nous arrêtons quelques minutes au bord du fleuve le temps de contempler le soleil qui se couche derrière un Stupa juché sur une colline : très beau tableau !

Dimanche 26/02/06

Il est 15 heures, nous sommes dans Kutho Daw, un temple dont la cour carrée abrite 729 pavillons blanchis à la chaux, de 3 mètres de côté et 6 mètres de haut. Chaque pavillon abrite une stèle gravée des enseignements de bouddha en alphabet birman.
A l’ombre d’un grand arbre, un moine donne un cours à une assemblée de fidèles assis sur des nattes. Ses intonations de voix donnent l’impression d’une chanson. L’assemblée se recueille, le silence se fait et l’on perçoit alors le léger tintement des clochettes accrochées aux ombrelles dorées posées sur les pavillons et le stupa.
Nous nous éclipsons silencieusement et rejoignons le monastère de Shwe Nan Daw construit en bois de teck si finement ciselé qu’on dirait de la dentelle. Les figurines en bois qui ornent les portes et la façade sont encore bien conservées et à l’intérieur les poutres sont dorées. C’est le plus beau monastère que nous ayons vu au Myanmar.

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Dans le temple de Sanda Muni qui recèle également plus de 700 pagodons abritant des stèles, nous rencontrons un moine qui parle anglais avec l’accent de CNN ! Il nous explique que les conditions de vie de ses compatriotes sont très difficiles et que, notamment sur le plateau de Shan où se trouve le lac Inlé, des jeunes filles sont régulièrement vendues à des proxénètes thaïlandais. Leurs familles sont tellement pauvres qu’elles vendent leurs filles qui ont la réputation d’être plus jolies que dans les autres régions du Myanmar.

Il nous dit également que depuis quelques années la situation a empiré, que l’électricité se fait rare dans les maisons. Les hôtels ont des générateurs donc les touristes ne s’en rendent pas compte mais les birmans s’éclairent à la bougie. Dès qu’ils le peuvent, les moines saisissent l’occasion d’alerter les touristes sur la situation réelle de leur pays. En effet trop d’étrangers ne voient dans le Myanmar que ses hôtels de luxe, les trajets en avion et la beauté de ses vieilles pierres. Mais la pression exercée par la dictature sur le peuple, la corruption de l’état et la pauvreté des habitants sont des facettes du Myanmar qu’il ne faut pas oublier. Que faire au niveau individuel ? Et bien nous pouvons déjà dépenser notre argent en priorité chez les petits commerçants, sur les marchés, dans les hôtels familiaux et en vivant au plus proche de la population car les revenus de l’industrie touristique de luxe vont directement dans la poche de la junte militaire…
Après cette rencontre que nous aurions voulu prolonger, nous terminons notre visite de Mandalay par le temple de Kyauk Tawgyi où trône un autre gigantesque bouddha de marbre blanc.

Le soir, alors que nous dînons dans un petit restaurant proche de notre hôtel, Momyo, notre jeune chauffeur de la veille, vient nous saluer. Il n’a pas eu beaucoup de chance aujourd’hui car nous sommes maintenant dans la basse saison touristique. Les étrangers reviendront en octobre. D’ici là il s’octroiera probablement trois semaines de repos dans le village de ses parents près de Bagan.
Nous lui demandons s’il n’a jamais souhaité travailler à Bagan mais il nous rétorque que les possibilités pour étudier les langues sont bien plus développées à Mandalay grâce aux cours privés. Les jeunes birmans ont une volonté incroyable de s’en sortir. Ce n’est pas le premier que nous voyons batailler pour réussir. Et ici ça passe obligatoirement pas l’apprentissage des langues.

Lundi 27/02/06

Nous quittons aujourd’hui Mandalay, cette ville poussiéreuse et polluée que nous avons hésité à visiter. Pourtant, malgré son manque de beauté extérieure, la ville nous a bien plu. Les temples et le vieux monastère sont effectivement très beaux mais nous y avons surtout rencontré des birmans attachants. Nous y avons fait la connaissance de Momyo le conducteur de pickup qui « pêchait » les touristes selon ses propres mots, Wutyee la jeune fille qui voulait apprendre le français, Piu Piu celle qui apprenait l’anglais, les jeunes serveurs de l’hôtel E.T qui passaient leur journée à chanter et à se faire beaux, la femme sur la colline de Mandalay qui m’a offert une rose, les joueurs de « billard » birman du coin de la rue, le petit serveur du restaurant chinois qui se trompait dans l’addition et éclatait de rire quand nous lui faisions remarquer qu’ils nous offrait le repas et tous les enfants qui nous lançaient des « hello » timides et rieurs.

Mercredi 01/03/06

Nous sommes sur le lac Inlé dans un long bateau profilé en bois, accompagnés de Brigitta la hongroise, du moine qui la suit partout, de Marcos le brésilien, et du conducteur.

Le bateau à moteur file sur l’eau entre les maisons sur pilotis. Il fait beau et un léger vent nous apporte un peu de fraîcheur.
Un homme lave son cheval sur les rives du lac, des enfants jouent, perchés sur de gros buffles aux longues cornes, nous longeons les parcelles cultivées établies sur l’eau du lac, nous admirons les pêcheurs qui godillent avec le pied, leur grand filet conique posé à l’arrière du bateau.
Nous passons à travers un village sur pilotis relié par un long pont à la terre ferme. Nous posons le pied à terre et visitons un marché coloré où est vendu le poisson frais pêché du lac, des feuilles de thé et toutes sortes de légumes cultivés alentours.

Nous poursuivons notre visite de la région par les ateliers des petits artisans. Nous nous rendons dans un atelier de tissage de coton, de soie et de fibres de lotus. Les femmes travaillent sur les métiers à tisser, faisant passer la bobine de gauche à droite dans un tac tac régulier, alors que leurs pieds appuient sur des pédales en bambou dans un ordre bien défini, pour réaliser les motifs du tissu. D’autres femmes, installées à même le sol font tourner des roues à filer le coton ou la soie. Une autre nettoie les fibres avec les pieds comme si elle les pétrissait.
Nous nous rendons ensuite dans une forge où trois hommes tapent à la massue sur une barre de fer rougie au feu : ils fabriquent des hachettes pour trancher les cannes à sucre. Nous traversons des ponts qui enjambent les canaux et aboutissons dans un atelier de confection de cigares birmans, les fameux Cheeroots, que des jeunes filles façonnent avec dextérité.
Nous reprenons notre barque et accostons au monastère Nga Phé où des moines élèvent une dizaine de chats qu’ils ont dressé à sauter à travers un cerceau. Le monastère est devenu une attraction incontournable et voit défiler des touristes toute la journée. Les donations sont nombreuses : le monastère est devenu prospère grâce à ses chats sauteurs.

Nous prenons le chemin du retour et apercevons les villageois qui se lavent dans l’eau du lac. Un peu plus loin des buffles prennent eux aussi un bain rafraîchissant. C’est la fin de la journée, tout le monde rentre chez soi en pirogue à moteur ou à la rame, souvent chargés de légumes récoltés pendant la journée sur les îles flottantes cultivées.

Jeudi 02/03/06

Nous avons rendez-vous ce soir avec Delphine et Eric, deux français rencontrés par deux fois en Argentine et au Chili, et que nous avons retrouvés par hasard une fois de plus, attablés à un café de Nyaung Shwé avec une amie qui fait un bout de chemin avec eux, et Florence et Arnaud, deux nord finistériens : que le monde est petit !

Au cours du repas, chacun y va de sa petite anecdote de voyage et nous passons une soirée très agréable.

Vendredi 03/03/06

Nous voulons nous rendre à Kalaw aujourd’hui car Delphine, Eric, Anne, Flo et Arnaud en viennent et nous ont parlé de treks sympas à faire là-bas.
Nous nous rendons à la station de pick-up où nous montons à l’arrière d’un véhicule. Nous partageons environ 3 m2 avec 18 personnes ! Les bagages et le surplus de passagers sont sur le toit. Le moteur a vraiment beaucoup de mal à nous faire dépasser les 20 Km/H…
45 minutes plus tard, nous changeons de pick-up. Dans celui-ci les seules places disponibles sont sur le toit. Le chauffeur nous fait signe de monter…euh, vous êtes sûr ? Bon, OK mais vérifiez de temps en temps si on est toujours là !
Où sont les quoi ? Les ceintures de quoi ?! Bon, n’insistons pas…on grimpe.

Pendant la première heure du voyage nous sommes seuls là-haut, adossés aux sacs de jute et à nos sacs à dos. C’est plutôt confortable et nous sommes aux premières loges pour admirer le paysage. Mais au bout d’une heure, le toit se remplis et nous finissons à une dizaine sur le toit minuscule ! Et comme nous roulons à flanc de montagne il faut bien se tenir dans les virages !

Samedi 04/03/06

Nous sommes à Kalaw depuis hier soir. Ce matin nous avons rendez-vous à 8 heures avec Mr Shaw et son fils Moyet pour une randonnée de deux jours dans les montagnes environnantes. Nous marchons sur les chemins de terre rouge qui montent vers la montagne puis surplombent les plantations de thé et de riz perchées à flanc de coteau. Les villageois nous saluent discrètement de la tête alors que les enfants, un grand sourire aux lèvres, nous crient des « hello » et des « da da » tonitruants, ou nous offrent des fleurs fraîchement cueillies des arbres.
La végétation est très sèche, la saison des pluies n’arrivera pas avant juillet. Mais un petit vent nous rafraîchit juste comme il faut pour ne pas avoir trop chaud sous le soleil. Nous croisons un troupeau de vaches blanches à bosse. Mr Shaw nous apprend que les villageois, du peuple Padaung, ne boivent pas le lait de leurs vaches. Ils ne l’aiment pas. Ils ne cultivent pas de légumes et ont un régime alimentaire peu varié, constitué principalement de riz, de thé et de piment. Ceci allié à des conditions de travail très rudes fait que leur espérance de vie est courte. Personne n’a plus de 60 ans au village et à 45 ans ils ont déjà l’air de vieillards… Pourtant ils tiennent à leurs traditions et ne veulent à aucun prix descendre vivre dans la vallée ou se mêler aux autres ethnies. Ils marient souvent les filles vers 15 ou 16 ans de peur qu’elles ne fuient avec des militaires rencontrés au marché comme le font certaines pour échapper aux conditions de vie difficiles. Elles ne sont alors plus jamais accueillies au village…

Nous arrivons au village Padaung de Yangon vers midi. Là encore nous sommes accueillis par les rires des enfants. Ceux-là sont visiblement beaucoup plus pauvres et sales que les enfants des villes.

Nous sommes conduits à la maison du chef du village où une large pièce est réservée à notre petit groupe. Nous nous reposons sur nos nattes pendant que Mr Shaw prépare la soupe sur le feu de bois de la cuisine attenante.

Nous reprenons la route vers 14h30, guidés par Moyet encore un peu ensommeillé par sa sieste.
Nous arrivons au sommet d’une montagne où se trouve une pagode entourée par les branchages. Seb aperçoit un moine à la fenêtre d’une des baraques qui entourent le temple. Le moine lui fait signe de monter prendre un thé avec lui. Il ne vit dans cette cabane en bois brut que depuis 1 mois. Il ne possède presque rien : une thermos pour le thé, 3 tasses, quelques tissus marron en guise de vêtement, un hamac et une craie blanche qu’il utilise pour inscrire ses pensées d’une écriture régulière sur les lattes en bois de sa cahute.

Moyet nous sert de traducteur et nous rapporte les paroles du moine qui nous décrit sa vie. Il a 45 ans et était conducteur de camion avant. Il n’a rejoint la vie monastique qu’il y a dix ans. Il n’a ni père, ni mère, ni frère, ni sœur, ni enfant : il a perdu son dernier parent il y a un an. Il nous dit que, resté seul sur terre, il a décidé de quitter son monastère et vivre dans un lieu isolé pour méditer. Il espère avoir une grande famille dans sa prochaine vie. Il a vraiment l’air triste.
Il nous offre le thé puis fouille dans ses affaires et sort une vieille pipe en bois sculpté pour Seb et un porte monnaie brodé pour moi. Il n’a rien et trouve tout de même de quoi donner des cadeaux à des touristes de passage ! Son geste nous touche énormément et nous lui demandons ce que nous pouvons lui offrir. Il nous répond qu’il n’a besoin de rien, puis il rigole en avouant qu’il aimerait bien deux nouvelles dents car il se les est cassées il y a quelques temps et elles le font souffrir.

Nous discutons avec lui et Moyet de politique car étant perchés au sommet de la montagne, personne ne peut nous entendre. Moyet parle de la surveillance quotidienne dont les birmans sont l’objet. S’il veut inviter quelqu’un à dormir chez lui par exemple, il doit prévenir le responsable de son village, sinon les militaires peuvent débarquer chez lui au milieu de la nuit et lui faire payer une amende pour avoir désobéi. Un patrouille de contrôle a d’ailleurs récemment débarqué chez lui a 22 heures alors que tout le monde dormait : 8 personnes ont fouillé la maison de fond en comble car ils les soupçonnaient de cacher des militaires en fuite…
Et dire ouvertement que vous détestez les militaires est le meilleur moyen d’être pris en charge par les autorités pénitentiaires jusqu’à la fin de vos jours.

Lorsque que je lui demande si Aung San Suu Kyi est toujours en prison, il fait la grimace et me dit que le seul fait de prononcer son nom est passible de prison pour un birman. Et malgré notre position isolée dans la montagne il emploie toutes les circonvolutions possibles pour ne pas la nommer, même s’il explique que tout le monde l’admire au Myanmar et espère qu’elle leur apportera la démocratie un jour.
Son livre est interdit dans le pays bien sûr et peu de personnes l’ont lu. Un voyageur belge rencontré à Bagan en avait un exemplaire avec lui et l’a offert à un moine qui souhaitait le lire. La première précaution que le moine a prise avant de cacher le livre sous son matelas a été de déchirer la couverture.

Ici règnent la restriction de parole, les restrictions sur les rassemblements et bien sûr la restriction de mouvement. Beaucoup de régions sont fermées aux touristes pour cacher les champs de pavot qui n’existent officiellement pas. Et dès que vous changez de région, les militaires sont là non seulement pour empocher les droits de passage des véhicules mais aussi pour vérifier les cartes d’identité des citoyens. Pour quitter le pays les birmans doivent demander un visa qui ne leur est accordé qu’au bout de deux ou trois ans, et seulement pour visiter des lieux bien déterminés (lieux saints bouddhistes en Inde par exemple) en voyage organisé.

Après cette conversation intéressante, nous rentrons au village après le coucher du soleil, mangeons le repas préparé par Mr Shaw et nous allongeons sur nos nattes. Il n’est que 20 heures mais comme il n’y a pas de lumière ici : on dort quand il fait nuit.

Dimanche 05/03/06

Nous sommes réveillés par la litanie des prières récitées par l’homme et la femme chez qui nous logeons. Nous sommes en effet dans la pièce où se trouve l’autel pour vénérer Bouddha. Après un copieux petit déjeuné de riz sauté, Mr Shaw nous propose de donner maintenant nos cadeaux au chef du village. Il nous a bien spécifié de ne rien donner directement aux enfants car il a vu les problèmes que ces gestes bien intentionnés ont créé dans d’autres villages. Les touristes ont transformé les enfants en petits mendiants qui réclament systématiquement des bonbons, des crayons ou du shampoing aux personnes de passage. Mr Shaw n’emmène plus jamais les touristes dans ces villages car aucune relation sereine et saine n’est plus possible entre les touristes et les enfants.

Nous ressortons du village, salués gaiement par les enfants et retrouvons le sentier terreux qui traverse la montagne. L’air est encore frais, c’est agréable. Nous dépassons des femmes qui se rendent à la corvée de bois, une hotte en osier sur le dos. Nous longeons des plantations de thé et des rizières qui attendent la saison des pluies, croisons des hommes qui retournent la terre dans les champs grâce à des herses attachées à leurs buffles, traversons un village dans lequel les hommes montent la charpente d’une maison pendant que les femmes trient des tubercules et que les enfants jouent au milieu des poules et des cochons…la vie simple et rude des paysans birmans de la montagne.

Après 8 heures de marche nous retrouvons Kalaw. Mr Shaw nous invite à prendre un thé chez lui et nous présente à sa fille et son petit fils de quatre ans qui écoute des chansons enfantines pour apprendre l’anglais. Ce treck était fantastique et restera un des points forts de notre séjour au Myanmar. Nous remercions chaleureusement Mr Shaw qui nous dit espérer que la démocratie sera instaurée dans son pays avant notre prochain séjour au Myanmar. Il embranche la conversation vers les injustices entre la population et les militaires concernant le prix de l’essence, l’électricité qui n’est fournie que par tranches de 8 heures toutes les 24 heures, et l’impossibilité de voyager. Nous aussi, Mr Shaw, nous espérons que la « dame de Rangoon » prendra bientôt les rennes du pouvoir.

Mardi 07/03/06

La boucle est bouclée, nous sommes de nouveau à Yangon, la capitale. Notre séjour au Myanmar nous a permis de découvrir les splendeurs que le pays a à offrir. Nous y avons vu des pagodes somptueuses, des couchers de soleil incroyables à Bagan, et y avons rencontré des gens formidables, souriants, sympathiques et chaleureux. Mais lors de ce voyage où nous avons vécu au plus près des birmans, nous avons compris que malgré les richesses du pays, le peuple est de plus en plus pauvre.

Le premier pas vers une vie meilleure serait le retour de la démocratie mais ce n’est pas gagné d’avance. Nous avons l’impression que sans aide extérieure, sans l’ingérence d’autres pays, les birmans ne peuvent s’en sortir seul. Ils sont trop surveillés, trop soumis, impuissants. En tout cas dans les zones que nous avons pu visiter. Dans d’autres régions les combats continuent et c’est peut être là l’espoir ? Mais nous n’y croyons pas trop car, avec l’aide que la Chine apporte à la junte militaire, c’est David contre Goliath…