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vendredi 30 juin 2006

Carnet de voyage Malawi



Nous voici donc au Malawi. Vous verrez plus tard que notre première journée dans ce petit pays se terminera au poste de police et que nous en ressortirons en ambulance…
Rien de grave, je vous rassure, c’est juste pour que vous lisiez la suite ;-) Mais effectivement, les douaniers du Malawi nous réservent un accueil plus chaleureux que les changeurs de monnaie tanzaniens. Ils sont même très sympas. Ils nous indiquent un « shared taxi » qui nous permet de rejoindre Karonga, la première ville après la frontière, où nous trouvons une connexion.
Nous voulons nous rendre à Livingstonia où, d’après un carnet de voyage lu précédemment, il est possible de faire des randonnées.

Rob, l’australien, se joint à nous. Nous hésitons entre prendre un « matola » (le « dala dala » local) qui nous conduirait jusqu’à une jonction en bas de la montagne, ou carrément louer un taxi, plus cher bien sûr, mais qui nous déposerait directement à Livingstonia.
Nous optons pour le taxi car les transports pour monter depuis la jonction jusqu’à Livingstonia sont aléatoires. Avec le taxi nous sommes assurés d’arriver à Livingstonia ce soir…enfin, c’est ce que nous croyons jusqu’à ce que, arrivés à la jonction, le taxi s’arrête et nous demande le prix de la course !
Nous sommes tous trois interloqués ! Nous nous étions mis d’accord pour monter jusqu’à Livingstonia mais le chauffeur refuse de monter, arguant que la pente est trop raide pour sa voiture.
Nous ne comprenons pas pourquoi il revient sur notre accord et refusons de le payer à moins qu’il ne monte et remplisse le contrat. Si nous descendons là nous pouvons très bien attendre jusqu’à demain qu’une voiture monte à Livingstonia ! Il nous est impossible de trouver un terrain d’entente alors nous récupérons nos sacs dans le coffre. Le chauffeur s’énerve soudain et attrape un de nos sacs à dos qu’il prend en otage ! Et voila, une fois de plus on nous fait le coup du sac ! C’est une manie !

Seb et Rob maîtrisent le chauffeur et récupèrent notre bien de force. Cette altercation fait bien sûr bien rire tous les badauds amusés de voir des « Muzungus » se disputer avec un taxi. Un policier, alerté par l’agitation, vient nous voir. Nous lui expliquons notre problème et demandons à nous rendre avec le taxi au poste de police situé à deux pas. Nous nous installons sous un abri au toit de chaume, assis sur des rondins de bois sommaires et expliquons la situation. Le taxi, de son côté, maintient que nous l’avons loué uniquement jusqu’à la jonction pour Livingstonia. Nous avons du mal à déterminer s’il est vraiment de mauvaise foi ou s’il y a eu un problème de communication au départ. Toujours est-il que nous sommes ennuyés car aucun transport en commun régulier n’existe pour Livingstonia. De plus, si nous avions su que le taxi nous laisserait à la jonction nous aurions opté pour le « matola », trois fois moins cher !
Les policiers, très sympathiques, tentent de trouver une solution.
Nous expliquons que nous sommes d’accord de donner au taxi ce qui nous restera de la course négociée initialement avec lui, après avoir payé notre montée à Livingstonia par un autre moyen de transport.
Par chance l’ambulance de Livingstonia est en ce moment en train de charger des tables et des chaises avant de remonter. Les policiers négocient pour nous un prix « Muzungu » à la baisse (c’est toujours plus cher si vous avez la peau blanche) afin de ménager le portefeuille du taxi.

Nous prenons place tous les trois à l’arrière de l’ambulance. Les gars ont de grandes jambes, c’est petit, mais ça passe…jusqu’à ce que quatre autres personnes nous rejoignent ! C’est dingue, nous sommes sept dans un espace ridiculement petit. Nous formons un véritable tétris humain, pire que dans le métro aux heures de pointe, et je sais de quoi je parle ;-) Des barres de fer et des genoux osseux s’enfoncent dans mes jambes à chaque secousse sur le chemin caillouteux, Seb respire à moitié et les odeurs qui émanent de quelques uns de nos nouveaux compagnons de voyage rendent Rob malade.
Bien sûr, avant de monter, on nous avait assuré que nous serions juste trois à l’arrière. Les promesses n’engagent que ceux qui les écoutent par ici…

Malgré tout nous nous estimons heureux d’arriver à Livingstonia une heure plus tard. La nuit est tombée et nous sommes affamés car les quelques bananes achetées à la station de bus de Mbeya sont déjà loin.

Livingstonia est un bled paumé en haut de la montagne, ce que nous ne savions pas car nous n’avons pas encore trouvé de guide de voyage…Nous avons un peu d’argent échangé à la frontière mais c’est juste. Bon, nous sommes en transit depuis lundi 7H. Il est mardi, 20H. Il est temps de se reposer, nous ferons le point demain.

Mercredi 22/06/06

Résultat des courses : nous sommes dans un minuscule village perché à 800 mètres au dessus du lac Malawi. La vue doit être superbe quand il fait beau mais le ciel est bas…
Nous avons en poche de quoi payer la nuit dernière, un peu de nourriture et le transit pour Mzuzu, la 3è ville du Malawi, dans laquelle nous trouverons un distributeur de billets. Conclusion : nous devons partir aujourd’hui et atteindre Mzuzu ce soir au plus tard.

Mais il y a un « petit » problème : aucune voiture ne descend de la montagne aujourd’hui. Nous décidons de faire le trajet à pied. En descente, nous pensons que ça ne doit pas être trop difficile, même avec nos gros sacs à dos.
Nous débutons notre randonnée la fleur au fusil, le sourire aux lèvres et quelques bananes en poche.
Nous dépassons l’école du village où une cinquantaine d’enfants, rassemblés sous un gros arbre, écoutent la maîtresse d’une oreille de moins en moins attentive à mesure que notre convoi approche. Ils nous lancent de petits saluts furtifs de la main, craignant probablement d’être réprimandés pour leur inattention. Mais lorsque la maîtresse répond elle-même à notre salut, tous les enfants s’y mettent en chœur ;-)

Nous suivons pendant quelques minutes des femmes portant de gros sacs de farine fraîchement moulue sur la tête. Elles se dirigent vers les maisons isolées que nous apercevons ça et là sur l’autre versant de la montagne. Maintenant il fait beau, les enfants nous sourient sur le pas de la porte, nous sommes contents.
Un jeune garçon marche à nos côtés et nous propose de nous montrer les cascades « Manchewe » situées à 3 Km du village, sur la route que nous suivons. Les cascades sont effectivement jolies quoique très fines.
Maintenant il n’y a plus de maisons, nous sommes juste tous les quatre sur le chemin sinueux. Petrus, notre compagnon de route, nous montre des raccourcis pentus où nous nous aventurons avec précaution car les sacs commencent à peser leur poids finalement…cela fait près de deux heures que nous descendons par de petits chemins de chèvre qui coupent en ligne droite les lacets de la route. Mes jambes, qui supportent les 18 Kgs du sac à dos, commencent sérieusement à faiblir…Seb porte encore plus lourd…encore un ou deux kilomètres et je demande une pause.
Le bas de la montagne est encore très loin. Si seulement une voiture inattendue pouvait descendre avant que nous soyons épuisés ce serait le bonheur…

J’entends un bruit de moteur ! Ah zut, il s’éloigne dans un zig…et le revoici dans le zag ! Un pick up ! Même pas bondé !
Nous faisons signe au chauffeur de s’arrêter et lui demandons combien il veut pour nous prendre dans sa remorque jusqu’à la jonction. « Allez-y, montez, c’est gratuit. ». J’aurais payé cher pour monter. C’est sympa.

Nous rejoignons trois filles et un garçon qui nous font de la place à l’arrière. Ouf, les choses s’arrangent, nous avons toutes les chances d’arriver à Mzuzu avant la nuit. A la jonction nous descendons nos sacs avant d’apprendre que la voiture continue vers Mzuzu. Le chauffeur est d’accord de nous y conduire. Quelle aubaine ! Nous tentons de remonter nos sacs et de nous ré encastrer à l’arrière du pick up mais c’est impossible. Visiblement les trois filles ne l’entendent pas de cette oreille. Elles tendent les jambes au maximum pour nous empêcher de prendre place. OK les filles, merci, c’est sympa, nous passons donc notre chemin et attendons un « matola ».

Nous serrons la main à nos copains policiers rencontrés la veille et sautons dans un matola vingt minutes plus tard. Nous sommes 24 dans un mini bus prévu pour 12 personnes maximum…le chauffeur, encore un cousin de Mad Max fait des pointes à 130 Km/H en ligne droite. Les panneaux de limitation de vitesse à 25 Km/H à l’approche des écoles ne l’émeuvent pas plus que les virages…c’est un fou dangereux ! Nous arrivons à Mzuzu sains et saufs mais prenons la résolution de ne plus monter dans les matolas que si nous n’avons pas le choix. Désormais nous tenterons de prendre des bus plus gros et moins rapides.

Nous dénichons un hôtel très agréable : le « Flame Tree Guesthouse », où de jeunes filles souriantes nous accueillent et nous permettent de planter notre tente dans le joli petit jardin transformé en camping. Un salon confortable nous permet de nous reposer et de discuter avec les autres voyageurs, vraiment, le Flame Tree est l’endroit rêvé.

Jeudi 23/06/06

Qui a dit qu’il fait chaud en Afrique ? Malgré la couverture empruntée à l’hôtel j’ai à peine pu dormir, transie de froid dans notre petite tente dont l’intérieur se couvre de gouttes de condensation. Dès qu’on a le malheur de toucher la toile il pleut à l’intérieur !
Nous n’avons pas nos sacs de couchage, laissés à la maison lors de notre escale. Jusqu’au dernier moment nous ne pensions pas camper en Afrique. Nous n’avons acheté notre petite tente légère que quelques heures avant de prendre l’avion, après avoir lu dans le train le guide de voyage « Tanzanie » fraîchement acquis.
Mzuzu est à plus de 1 000 mètres d’altitude. La Zambie, notre prochaine destination, est également montagneuse. Ça promet…mais bon, je me plains, je me plains, mais je ne laisserais ma place à personne ;-)

Aujourd’hui, Rob, chef cuistot de son état et ayant travaillé en dernier lieu dans un restaurant doté de trois étoiles au Michelin, nous propose de faire le repas : un « vegetable curry ». Seb et moi l’accompagnons au marché puis, de retour à l’hôtel, jouons aux marmitons assistants en pelant les légumes pendant que Rob officie. Nous nous régalons.

Vendredi 24/06/06

6h30, nous replions la tente encore mouillée à l’intérieur et prenons le chemin de la station de bus, toujours accompagnés de Rob. Là nous retrouvons Nolwenn et Gaël, deux bretons rencontrés au Flame Tree. Nous attendons le bus de 7h30 pour Nkatha Bay. Il semble y avoir un problème...à 8 heures nous apprenons que le bus est en panne. Il arrivera peut être plus tard aujourd’hui ou peut être demain.
A 10h30 nous nous résignons à prendre un matola. Nous montons délibérément à l’arrière d’un véhicule encore vide en queue de ligne : nous perdons du temps à attendre qu’il se remplisse mais franchement, les sièges à l’arrière ont l’air plus sûrs. Il est 11 heures, nous voici enfin partis 3h30 plus tard… il ne faut pas être pressés au Malawi.

Nous arrivons au Njaya Lodge à temps pour planter notre tente, constater que cet endroit est superbe, faire quelques courses et voir la France se qualifier pour la coupe du Monde :-)

Samedi 25/06/06

Depuis la terrasse du Lodge on peut apercevoir par temps clair la rive opposée : la Tanzanie côté Nord et le Mozambique côté Sud. Mais aujourd’hui il pleut à torrent.
Un petit lac s’est formé cette nuit dans la tente, au niveau des pieds. Floc, floc, floc, nous migrons vers une « banda », une cabane en bambou (etanche) perchée sur des rochers à 1 mètre au dessus de la rive du lac.

Dimanche 26/06/06

Nous somme bien mieux dans notre banda qu’au camping et le panorama est beaucoup plus joli. Comme aujourd’hui il fait beau nous en profitons pour faire sécher notre lessive au soleil sur la rambarde en bois de notre mini terrasse.
Nous apercevons les montagnes de l’autre côté du lac, les petites barques des pêcheurs croisent au large de notre cabane, le temps s’écoule tranquillement.

Jeudi 30/06/06

Les habitants de Nkhata Bay sont très sympathiques. Nous en repartons aujourd’hui et lorsqu’ils nous croisent avec nos gros sacs à dos, certains nous lancent des « have a good journey my friend ! ».
Le bus pour Lilongwe devrait arriver entre 8 et 9 heures et effectivement, il est à l’heure ! Nous dépassons de petites maisons en brique rouge et au toit de chaume, les vendeurs ont déployé leurs étals de poisson et le riz sèche sur de grandes bâches en bord de route. Le bus est loin d’être bondé, pour une fois c’est agréable, et le paysage est varié.
Les femmes ne se séparent jamais de leur bébé serré contre elles. Leur dos étant occupé, elles portent tout le reste sur la tête : eau, bois, paniers…
Les troncs des baobabs qui bordent la route ont des troncs d’une épaisseur impressionnante. Dans le dernier tronçon du voyage, alors que nous nous rapprochons de la capitale, le bus se remplit peu à peu. Pour finir, une vingtaine de personnes se tiennent debout dans la travée centrale dans un brouhaha de rires et d’interpellations au dessus desquels on distingue le caquettement indigné des poules qu’on tient par une patte ou une aile.
Lorsque nous posons enfin nos sacs au « Peacock Guesthouse » à Lilongwe, la nuit est déjà tombée : encore un long trajet !

Lundi 3/07/06

Après plusieurs excursions jusqu’à la station de bus, quelques consultations sur Internet et la visite d’une agence de voyage, nous changeons nos plans à la dernière minute.
Nous irons aux chutes Victoria en Zambie une autre fois : trop loin, trop cher et pas de correspondance avec Madagascar, l’etape suivante. Les vols pour Madagascar ne partent que de Nairobi au Kenya ou de Johannesburg en Afrique du Sud. Notre préférence va à Nairobi car nous avons déjà visité l’Afrique du Sud et surtout les billets y sont plus chers.

Donc nous troquons les chutes Victoria contre un safari au Kenya : il y a pire comme problème ;-) Et nous nous rapprochons tranquillement de Madagascar.

Nous passons notre dernière soirée au Malawi avec Sandra et Guillaume, deux français avec qui nous avons sympathisé et supporté l’équipe de France samedi :-)
Eux aussi font un tour du monde (1 an et demi !). Ils sont restés plus de 6 mois en Afrique et tentent de revendre la voiture qu’ils ont achetée en Afrique du Sud. Mais il est difficile de vendre la voiture au Malawi car les sorties d’argent du pays sont très réglementées. Ils vont donc probablement tenter leur chance au Botswana. De notre côté nous partons pour Nairobi au Kenya demain. Entre 3 jours de bus et 3 heures d’avion, malgré tout, nous avons choisi l’avion ;-)

samedi 10 juin 2006

Parcours Tanzanie

La voiture et le bus en rouge, le train en bleu et le bateau en vert

vendredi 9 juin 2006

Carnet de voyage Tanzanie



Samedi 3/06/06

Après une agréable escale en France et près de 10 heures d’avion, nous voici sur le continent africain, plus précisément à Arusha, au nord de la Tanzanie.
Nous sommes arrivés hier soir, bien fatigués, et partons ce matin en quête d’une agence pour visiter le Ngorongoro et le Serengeti, deux parcs nationaux superbes dans lesquels nous avons une chance d’apercevoir les « big five » : éléphants, buffles, léopards, lions et rhinocéros.

Nous hésitons entre louer une voiture et passer par une agence pour un package complet. Il y a deux ans nous avions visité seuls et sans problèmes les parcs d’Afrique du Sud (Addo, Shlushlue et Kruger) à bord d’une petite Fiat Pallio de location. Nous ne voyons donc pas l’intérêt de prendre un guide pour la Tanzanie. Par contre le 4X4 est obligatoire pour le Ngorongoro donc la question du type de voiture ne se pose pas. Mais après avoir comparé les prix (cher !), nous nous rendons compte que nous ne gagnerions rien à nous débrouiller par nous-mêmes.
Au bout de longues discussions avec Geoffrey de l’agence Great Masaï Adventure et la visite d’autres agences, nous décidons de faire affaire avec lui. Nous partirons demain pour quatre jours de safari/camping dans le parc Manyara, le Serengeti et le Ngorongoro.

Dimanche 4/06/06

Absalm notre guide et Tumaini le cuisinier arrivent à l’hôtel à 9 heures avec le Land Rover. Nous traversons Arusha, une ville au sol et aux murs terreux mais où, à part cela, les rues sont plutôt propres et calmes, ce qui nous change après les rues encombrées de voitures et de détritus de l’Inde.

Nous dépassons le small market où les vendeuses de fruits et légumes ont étalé leurs carottes, maïs et bananes et croisons des paroissiens endimanchés qui marchent vers l’église, puis sortons de la ville.

Nous pénétrons alors dans la verdure : les champs de café et de maïs se partagent une immense prairie bordée au loin par des collines vertes. Le Kilimandjaro n’est pas loin mais les nuages nous le cachent. D’ailleurs nous nous en éloignons car nous roulons vers l’ouest. Nous arrivons juste après la saison des pluies. Le paysage est vert et fleuri et la température est idéale : une petite vingtaine de degrés.

Nous sommes frappés par le nombre de personnes qui marchent sur le bord de la route. Les gens marchent énormément ici. Peu d’habitants de la région possèdent des vélos, encore moins des voitures, la marche à pied est donc le moyen de transport le plus répandu lorsqu’ils n’empruntent pas les taxis collectifs. Et si la chaussure est encore trop chère, le pneu de voiture accroché au pied par une sangle fait l’affaire.

Un jeune berger suit son troupeau de chèvres tandis qu’un autre joue du bâton sur la croupe de son âne pour le faire avancer à la même allure que ses vaches. Le village n’est pas loin : une vingtaine de huttes rondes en paille sont rassemblées dans la prairie. De grosses termitières grises ont envahi les champs, on dirait de petits menhirs.

Arrivés au camping, un marabout, un grand oiseau noir et blanc nous accueille de sa stature imposante : les ailes déployées il fait bien deux mètres d’envergure !
Après le déjeuner Absalm nous conduit au parc Manyara. Nous ouvrons le toit du Land Rover et scrutons les broussailles vertes depuis ce poste d’observation. Notre première rencontre se fait avec de petits singes gris qui jouent dans un « arbre saucisse », un arbre dont les fruits ressemblent à de grosses saucisses et dont les éléphants raffolent car une fois pourris ils sentent l’alcool.

Quelques mètres plus loin, le cou gracieux d’une girafe dépasse de la verdure. Dans une clairière, deux éléphants remuent les oreilles et se grattent sur un tronc. Nous suivons la piste et apercevons un hippopotame entre des branchages qui court se réfugier dans une mare où se baignent déjà une vingtaine de ses congénères.
Nous repartons sous les yeux de quelques gazelles craintives tandis qu’une famille de phacochères, la queue droite comme une antenne, trottine vers des fourrés. Nous débouchons sur une vaste prairie où huit girafes battent de la queue. Quelques zèbres plus loin nous arrivons devant le lac Manyara où une centaine de flamands roses se sont posés. Ce parc est très arboré et feuillu, ce qui rend parfois difficile l’observation des petits animaux, mais ce qui permet, parait-il, de voir des lions grimper dans les arbres pour mieux repérer leurs proies. Nous n’en avons pas vu pour l’instant mais la rencontre avec votre première girafe, éléphant ou troupeau de zèbres est toujours un instant magique.



En fin d’après-midi nous nous arrêtons sur une butte d’où nous contemplons le lac tacheté de petits points roses, et les montagnes au loin. Une famille d’éléphants aux pieds de la butte casse les branchages pour se rassasier de feuilles vertes. Bienvenue au jardin d’Eden !

Lundi 5/06/06

Au petit déjeuner nous discutons avec un groupe de jeunes américains qui font à peu de choses près le même circuit que nous. Deux d’entre eux se rendent ensuite au Rwanda où ils partiront à la découverte des gorilles, les derniers « dos argentés » au monde, rendus célèbres par le film « Gorille dans la brume » dans lequel est racontée la vie de Dian Fossey qui a donné sa vie pour les sauver des braconniers.

La rencontre avec les gorilles nous tenterait bien. Le Rwanda n’est pas loin et y entrer est facile selon John et Rachel, dont la sœur travaille là-bas dans une association humanitaire. Mais la randonnée dans la forêt coûte 375 dollars US par personne ! Ceci clos nos hésitations.

Nous avons été intrigués hier par le peu de précautions pris par les parcs tanzaniens pour protéger les aires de repos. En effet, en Afrique du Sud ce sont de véritables camps retranchés dans lesquels on comprend que l’espèce protégée, c’est vous…Or ici on met une pancarte « aire de repos » au milieu de la savane. Et c’est tout ! Or jusqu’à dernier ordre les lions tanzaniens ne savent pas plus lire que les lions d’Afrique du Sud, non ? Il est vrai que les africains du sud sont des toqués de clôture. Ils en mettent même autour de leurs maisons pour se protéger les uns des autres, séquelles d’apartheid oblige…mais n’y a-t-il pas un juste milieu à trouver ?

Nous engageons donc la conversation avec Absalm sur les accidents survenus par le passé avec des félins dans les parcs du nord de la Tanzanie. Absalm nous dit que les lions ne sont pas agressifs envers les hommes en règle générale. L’année dernière, alors qu’il était attablé dans une aire de pique-nique bondée en pleine saison, Absalm a vu un groupe de lions longer l’aire et la dépasser, sans attaquer qui que ce soit. Mais même si le lion n’attaque pas « normalement », il y a tout de même parfois des accidents, malheureusement.

Il y a deux ans, un groupe de touristes dont le 4X4 s’était embourbé est sorti du véhicule pour chercher des pierres. Un lion a surgi derrière un des touristes et lui a gravement entaillé l’épaule avec ses griffes. Le guide a réagi promptement et a frappé le félin avec un gros morceau de bois. Ils ont pu se sauver et rejoindre l’hôpital mais l’homme était bien blessé. L’année dernière, dans le parc de Taranguire, lui aussi dans la région d’Arusha, un jeune garçon de 7 ans s’est fait tuer par un léopard alors qu’il était dans l’enceinte du lodge. On déconseille heureusement aux parents accompagnés d’enfants de faire du camping ! C’est arrivé apparemment parce que les employés du lodge avaient l’habitude de nourrir ce léopard. Et un jour où il avait plus faim que d’habitude il s’est servi lui-même ! Sans l’inconscience des employés cette tragédie ne serait probablement pas arrivée. Bien sûr, après cela, l’animal a dû être abattu car il était devenu trop dangereux.
Donc les accidents sont rares mais ils arrivent. Parfois à cause de la malchance, parfois a cause d’une série d’imprudences. Sur le même thème, mais dans la catégorie « qui se finit bien », Absalm nous raconte qu’il y a quelques années, alors qu’il conduisait un groupe de suédois, l’un d’eux lui a demandé de s’arrêter car il voulait uriner. Absalm le lui a déconseillé, lui expliquant qu’avec la hauteur des herbes il était trop dangereux de sortir de la voiture. Mais le suédois a insisté, expliquant que le soleil était trop haut dans le ciel pour que les lions soient de sortie…
L’imprudent a donc ouvert la portière, s’est éloigné de quelques pas et a commencé ce qu’il avait à faire, quand soudain…la tête d’un lion rugissant surgit au dessus des herbes, à trois mètres de lui ! L’homme était tellement paniqué et déboussolé qu’il a fait le tour de la voiture au lieu de revenir à sa place. Il a ouvert la portière du conducteur et a commencé à pousser Absalm pour se glisser à sa place. Enfin en sécurité et blanc comme un linge, il s’est alors aperçu que le lion, dérangé pendant sa sieste, n’avait fait que des sommations mais ne s’était pas donné la peine de le poursuivre. Follement heureux d’être encore en vie et penaud d’avoir été si têtu, il a sorti un billet de 50 dollars qu’il a donné à Absalm en tremblant et en jurant qu’on ne l’y reprendrait plus à ne pas écouter les conseils !

Après ces « histoires de la brousse », nous plions bagages et à 8h30 nous sommes prêts à partir. Nous montons vers le cratère Ngorongoro noyé dans les nuages. Une courte éclaircie nous permet, arrivés au sommet, d’apercevoir le centre du cratère. Il est énorme ! Il fait 19 kilomètres de large. Nous y reviendrons plus tard car nous traçons la route vers le Serengeti. La montagne est verte, luxuriante et humide. De longues fougères ont envahi les talus. Nous roulons à toute vitesse sur la terre rouge saturée d’oxyde de fer et redescendons vers la plaine. De nombreux Masaï marchent au bord de la route, enveloppés de leur grand tissu rouge, la lance et le bâton en travers sur les épaules.
Au fond de la vallée, des zèbres paissent tandis que les grands troupeaux de vache gardés par les Masaï s’abreuvent dans un étang.
Nous pénétrons enfin dans le parc du Serengeti « la plaine dont on ne voit pas le bout » en langage Masaï. Les hautes herbes courent à perte de vue de tous côtés et la piste coupe la plaine en son milieu. Il est 15 heures, les animaux sont encore peu actifs, d’ailleurs nous en voyons très peu pendant la première heure. Depuis le toit du Land Rover nous avons une vue panoramique sur la brousse, maintenant beaucoup plus jaune qu’en altitude. Nous sommes à la recherche de lions mais ne voyons « que » des zèbres, des antilopes, des phacochères, des autruches, et encore des antilopes, puis de gros hippopotames qui font la planche dans leur mare ! Et enfin…des lionnes ! Un « arbre à lionnes » pour être plus précis : elles sont quatre, allongées sur les grosses branches d’un arbre. Nous sommes à moins de 10 mètres d’elles, nous pouvons donc bien voir leur grosse tête de chat et leurs pattes gigantesques de peluche trop grande. Leur pelage, beau et doré dans la lumière du soir a l’air si doux. Les lionnes sont alanguies, elles ont l’air inoffensives. Nous restons face à elles pendant une bonne demi heure à les regarder ne rien faire, ou si peu. L’une d’elle, le ventre rond comme un ballon, est tellement mal installée qu’on s’attend à la voir dégringoler par terre. Mais non, elle bouge et se remet dans une position encore plus improbable… Une de ses compagnes se lèche consciencieusement puis se rallonge, les yeux plissés devant le soleil. On croirait l’entendre ronronner d’aise. « Hummm, que c’est bon d’être la reine des animaux…tiens, je me ferais bien une petite antilope ce soir, moi. Barbeuc ce soir les filles ? »



Mardi 7/06/06

Seb a entendu des lions rugir cette nuit. Et Absalm nous confirme qu’il a vu quatre lionnes près des tentes vers une heure ce matin. Je n’ai pas mentionné que notre camping se trouve en plein cœur de la savane, sans aucune clôture pour protéger ses occupants. Il vaut mieux ne pas avoir envie d’aller aux toilettes la nuit…d’autant plus que les lions, hyènes et autres léopards ont la réputation d’être attirés par ces campements d’où il se dégage de bonnes odeurs de nourriture à la nuit tombée ;-)
Heureusement, a priori, un lion d’un Q.I standard ne considère pas une tente comme une proie. Par contre il est conseillé de la fermer car la curiosité des félins pourrait les pousser à s’y aventurer…et là attention !

Nous sommes sur le pied de guerre à 6 heures, à l’heure d’ouverture « officielle » des portes du parc. Comme ici il n’y a pas de barrières nous n’avons pas droit à la petite scène matinale du Kruger où les 4X4 se rangent devant la porte pour sortir du camp alors que les gazelles se pressent derrière pour y entrer. Pas bêtes les gazelles, elles ont compris que dans le camp : pas de lions ;-)

Le jour se lève à peine. Nous roulons sur la piste et retrouvons un troupeau de gnous que nous avions traversé la veille en rentrant. Des milliers de gnus meuglent sur tous les tons. La plaine en est remplie. Ils traversent la piste en courant les uns derrière les autres et en faisant des cabrioles, des ruades et autres pitreries. Ils se font peur eux-mêmes je crois, tout comme les zèbres qui, à la moindre brindille qui les frôle de trop prêt ruent dans les brancards et affolent le reste du troupeau : pas facile d’être une proie…

Le soleil monte dans le ciel et donne au parc une magnifique couleur verte lumineuse. Le Serengeti est un des plus beaux parcs que nous connaissions.

Nous sommes toujours avec nos gnus lorsqu’une hyène tachetée traverse le chemin. Nous la suivons des yeux alors qu’elle contourne le troupeau puis la perdons de vue dans les broussailles.
Nous reprenons la route jusqu’à un étang autour duquel des centaines de vautours se sont installés, ainsi que de nombreux marabouts. Les crocodiles de la mare ont tué trois gnous. Ils flottent le ventre à l’air et dégagent une odeur épouvantable qui a alléché les charognards. Quelques kilomètres plus loin nous retrouvons à nouveau deux hyènes puis des babouins et bien sûr des antilopes.
La somptueuse lumière du matin s’est envolée. Il est déjà 10 heures. Le temps passe tellement vite lorsqu’on chasse les animaux du regard. Après un bon moment passé à contempler plusieurs centaines de zèbres se jetant à l’eau, nous rentrons au camp « des lions » prendre un brunch. Peut être trouverons nous quelques félins là-bas nous attendant impatiemment ? Non, mais 8 girafes se délectent du feuillage qui entoure le campement.
Vers 12 heures nous remontons en voiture. Ce n’est pas l’heure de voir des animaux en action mais peut être en verrons nous en train de dormir ?
C’est notre jour de chance car nous apercevons un léopard allongé dans un arbre, puis trois lionnes se dorant la pilule sur un énorme rocher planté au milieu de la savane. Encore une belle journée au Serengeti !

Mercredi 8/06/06

Nous avons dormi en bordure du cratère du Ngorongoro, à plus de 2 300 mètres d’altitude. Il a fait très froid cette nuit et nous étions gelés dans notre petite tente et nos sacs de couchage trop fins.
Nous nous levons à l’aube, encore grelottants, et rangeons promptement nos affaires dans le 4X4.
Nous entamons la descente dans le cratère et commençons à scruter les broussailles. Dans le centre, des buffles broutent l’herbe jaune en nous surveillant d’un œil torve. Plus loin, des petits singes noir et gris sautillent dans les arbres, de beaux oiseaux dont les plumes forment une couronne se pavannent, trois lionnes et deux lions à la longue crinière se prélassent au soleil au milieu d’une clairière et, c’est notre jour de chance, une maman rhinocéros et son petit traversent la savanne ! Il ne manquait plus que les rhinos à notre « tableau de chasse » des « big five ». Les rhinos ont été tellement braconnés pour leurs cornes qu’il n’en reste plus qu’une dizaine dans le cratère. Cette espèce menacée se fait de plus en plus rare :-(



A l’autre extrémité du cratère des centaines de flamands roses ont envahi le lac, visité également par les zèbres qui viennent se rafraîchir. Le tableau qu’ils forment avec, en arrière plan, les rebords verts du cratère auxquels les nuages blancs s’accrochent est tout simplement fabuleux. Le Ngorongoro explose de couleurs !

Vendredi 10/06/06

Le bus dans lequel nous avons pris place depuis 6 heures ce matin traverse des petits villages et de beaux paysages, ce qui permet de rompre la monotonie des 8 heures de trajet entre Arusha et Dar Es Salaam.
Nous n’avons pas la chance de voir le Kilimandjaro, perdu dans les nuages. Le ciel est bas et gris, il a plu la nuit dernière. Les plantes et la terre sont déjà gorgées d’eau depuis la saison des pluies. Ce n’est pas l’Afrique noire que nous traversons mais l’Afrique verte, la couleur dominante de ce paysage tacheté de rouge là où la terre affleure.
Aux abords d’un village, un groupe d’hommes robustes court le long du bus, portant à bout de bras des sacs d’orange de près de 10 kgs qu’ils proposent aux voyageurs. Les transactions se font rapidement par les fenêtres du véhicule : fruits, artisanat en bois, sandales en peau de chèvre…il y a du choix. On trouve encore de la place dans les portes bagages encombrés de bric et de broc pour y ranger ses emplettes.
Plus loin, un jeune garçon en short et Tshirt de la couleur du sol court derrière une jante de vélo qu’il pousse avec un bâton. Jeu d’autrefois pour nous européens mais toujours très actuel ici car, même si nos compagnons de voyage appartiennent manifestement à la classe favorisée et que le tourisme « safari » y est très cher, il ne faut pas oublier que la « République Unie de Tanzanie » est un des pays les plus pauvres de la planète, où l’espérance de vie dépasse difficilement les 45 ans.

Nous posons le pied à Dar Es Salaam juste à temps pour attraper le Ferry de 16H. Accueillis par une boutre (navire à voile triangulaire), nous découvrons les côtes de Zanzibar !

Samedi 10/06/06

Zanzibar, encore un endroit mythique, synonyme de voyage, d’aventure et d’évasion. La simple évocation de ce nom aux sonorités exotiques ouvre une petite fenêtre dans la tête, par laquelle s’infiltrent une douce odeur d’épices et des percussions africaines mêlées au bruit des vagues. Jambo, jambo et Karibu à tout le monde. Salut à tous, bienvenue sur cette île où la hâte n’a pas sa place, où l’on navigue au gré du vent et où l’on se demande si la capitale (Stonetown) doit son nom à ses vieilles pierres ou à l’attitude pour le moins flegmatique de ses habitants.

Mardi 14/06/06

Après les pluies diluviennes des jours passés il faut profiter de ce jour ensoleillé à Zanzibar ! La saison des pluies était terminée normalement mais ici on ne peut pas vraiment prévoir le temps. La nature a ses caprices…
Nous sautons dans une barque avec Mustafa, notre capitaine pêcheur, direction : « Prison island » à quelques encablures de Stonetown. L’île appartient au propriétaire du seul hôtel de l’île. En contrepartie d’un droit d’entrée il est possible de poser sa serviette sur la belle plage de sable clair entourée d’une eau bleue transparente et tiède. Avant cela nous rendons visite à la quarantaine de tortues géantes préservées sur l’île. Certaines font plus de 300 Kgs et ont près de 175 ans ! Ces petites vieilles toutes fripées sont pourtant dans la fleur de l’âge car la nursery compte une trentaine de bébés tortues protégées des prédateurs et autres braconniers dans un enclos gardé jour et nuit.

Mercredi 15/06/06

Nos plans pour la journée : prendre un « dala dala » (taxi collectif) pour Matemwe, un petit village de pêcheurs au nord est de l’île, vanté par le Routard.
Au petit déjeuner nous retrouvons un couple australo hollandais rencontré la veille, qui voyage en Afrique avec leur 4X4 qu’ils ont fait venir d’Australie. Ils pensaient ainsi pouvoir passer beaucoup de temps dans les parcs mais c’est tellement cher, même avec son propre véhicule, qu’ils sont un peu déçus. La Tanzanie, qui cible clairement le tourisme de luxe, a beaucoup augmenté le prix de ses parcs cette année (100 USD/jour pour le Ngorongoro et 50 USD/jour pour le hollandais). Le Kenya est beaucoup moins cher apparemment, ils y monteront peut être plus tôt que prévu.

Christine, une allemande d’une petite quarantaine d’année, nous rejoint. La conversation s’engage spontanément comme souvent à la table commune du « Bandari Guesthouse ». Lorsque nous lui apprenons que nous nous rendons à Matemwe en dala dala elle nous propose de profiter de la voiture qu’elle a louée pour la journée. Heureux hasard ! Nous acceptons son offre avec plaisir. Elle a tout plaqué en Allemagne pour ouvrir un hôtel à Zanzibar. Elle vient d’acheter un bout de terrain à Matemwe pour y réaliser son rêve et doit s’y rendre aujourd’hui pour rencontrer des contacts.

Le chauffeur, réservé et prudent est accompagné d’Assan, le propriétaire de la voiture, qui dégage une forte odeur d’alcool à 9 H du matin…ça promet. Il passe son temps à couper nos conversations pour radoter ses propos inintéressants d’ivrogne : un vrai casse-pieds.
Nous traversons la moitié de l’île et atteignons Matemwe en à peine une heure et demie. La plage est belle et l’eau doit être magnifique à marée haute mais il n’y a rien là-bas à part quelques rares hôtels de luxe et le petit hôtel pour routards recommandé par notre guide. Pas de restaurant, juste un minuscule village de pêcheurs. Christine doit ensuite se rendre à Kendwa sur la côte Nord Ouest pour ses affaires. Nous décidons de reprendre la route avec elle. Là-bas nous trouvons exactement ce que nous cherchions : le bon compromis entre l’endroit désert et le centre balnéaire bondé. La plage est préservée, peu fréquentée, mais dispose tout de même de quelques restaurants, quelques hôtels et des connexions avec les autres villages. Nous décidons de poser nos sacs au « toits de palme », un mini hôtel disposant de quatre huttes sur la plage et du même nombre de bungalows en dur sur les hauteurs. Et là les problèmes commencent…
Assan, avec sa logique qui baigne dans l’alcool, s’est mis en tête de nous faire payer, à nous aussi, les 40 dollars que Christine lui règle pour la location de la voiture ! Nous lui expliquons calmement que nous avons un accord avec Christine, qui dispose comme elle l’entend de la voiture, mais rien n’y fait. Christine, partie pour ses affaires, n’est pas présente. Assan fait un scandale et refuse de nous rendre nos sacs à dos restés dans la voiture ! Il continue ses menaces et ses cris pendant les dix minutes de marche qui nous séparent du véhicule se plaignant bruyamment à qui veut bien l’entendre le long du chemin que nous sommes des voleurs et que nous ne voulons pas le payer. Seb est alors contraint et forcé d’employer la manière forte pour ramener cet homme à de meilleurs sentiments. A moitié le retenant de tomber, à moitié l’intimidant, il le secoue par les épaules en une version Tanzanienne de la Pub Orangina en lui lançant quelques menaces bien senties. Efficace ! Pas très subtil, mais efficace …Assan s’écarte de nous et boude maintenant dans son coin en silence en nous regardant sortir nos sacs du coffre, aidés par le chauffeur et le propriétaire de l’hôtel.
Nous retrouvons Christine plus tard qui, elle aussi, a des soucis. Elle est venue récupérer les papiers d’achat de sa terre qu’elle a dû mettre provisoirement au nom d’un ami zanzibarien afin de contourner les lourdes taxes réservées aux étrangers qui achètent des terres sur l’île. Or « l’ami » refuse maintenant de signer les papiers de transfert de propriété, à moins qu’elle n’accepte de l’embaucher dans son hôtel ! Décidément, les affaires avec les gens du coin sont loin d’être de tout repos…

Jeudi 16/06/06

« Les toits de palme », le petit complexe de bungalows dans lequel nous avons posé nos sacs donne directement sur la jolie plage de Kendwa. L’endroit est tout aussi beau que la plage de Palolem et l’eau, contrairement à celle de Goa, est d’une transparence cristalline. On devine même les coquillages posés sur le sable à travers l’eau tiède. On se croirait dans une carte postale en direct des Caraïbes.
En plus les habitants sont charmants et les vendeurs sympathiques et pas trop envahissants, ce qui ne gâche rien. Nous ne sommes qu’au tout début de la saison touristique, la plage est encore bien déserte. Nous passons la journée dans l’eau ou sur la plage à regarder les minuscules crabes transparents sortir de leurs trous et marcher de travers sur le sable blanc. Nous lisons ou nous regardons les boutres en bois surmontées de voiles blanches triangulaires : elles sortent toutes en fin d’après midi. J’en dénombre une quarantaine au large ! Voila, il n’y a pas grand-chose d’autre à faire ici, à part compter les bateaux…

A midi nous nous rendons dans un petit restaurant local où une femme fait une cuisine simple et pas chère. Le restaurant est quasiment exclusivement fréquenté par les locaux, aucune enseigne n’indique son statut. On s’y assoit sur un rondin de bois ou un bidon et on nous apporte une assiette. Qu’y a-t-il au menu aujourd’hui ? Du riz, des haricots rouges et une pomme de terre baignant dans un jus rouge : 100% féculents, 0% saveurs. Nous trouvions les habitants de Zanzibar plutôt bien portants, voire rondouillards pour certains mais maintenant nous comprenons qu’ils ont plus une alimentation « de survie » que « plaisir »…Heureusement beaucoup sont pêcheurs, ce qui permet d’améliorer un peu l’ordinaire et d’obtenir quelques protéines…

Vendredi 17/06/06

La chambre de notre bungalow est remplie de sable. Je décide de passer un coup de balai. Je déplace quelques vêtements tombés par terre et là, je vois un scorpion s’en échapper ! Je le plaque à terre et l’immobilise avec mon balai en feuilles de palmiers, le temps d’attraper une tongue et de l’écraser…
Ça y est, il est tout plat. Je fais un peu de zèle, on se sait jamais avec les scorpions, c’est coriace d’habitude. Si ça se trouve il fait le mort. Non, quand même, là il est tout plat, presque incrusté dans le sol ;-) Celui-ci est tout petit, environ 10 centimètres de long, queue incluse, mais j’ai eu une belle frayeur !
Seb montre « la bête » au personnel de l’hôtel qui nous rassure immédiatement : sa piqûre n’est pas dangereuse et il n’y a pas de scorpions mortels ici. Ouf ! Malgré la moustiquaire, j’avoue que j’aurais eu un peu de mal à dormir cette nuit. Je secouerai bien les draps avant de me coucher tout de même…

Samedi 18/06/06

Encore un jour de pluie sur Zanzibar…Décidément ! Il pleut presque autant qu’en Nouvelle Zélande ici. Nous passons les journées pluvieuses au bar de la plage en compagnie d’autres touristes désoeuvrés. Quand la bronzette est exclue, il n’y a pas grand-chose à faire à Kendwa…Par conséquent, nous sommes incollables sur la coupe du monde de football ;-)

Dimanche 19/06/06

Nous mettons les voiles en direction de Dar Es Salaam où nous espérons prendre le fameux « Tazara Train » (Tanzania Zambia Railway) en direction du Malawi.

Mais d’abord nous devons embarquer sur le Ferry…Seb achète les tickets, tout se passe sans accros jusqu’à ce que nous fassions viser nos passeports et tickets par les policiers du port. Le fonctionnaire africain est parfois…comment dire ? D’une nonchalance énervante.
La femme qui s’occupe des papiers de Seb a l’air d’apprendre à lire en même temps car elle ne lui rend son passeport qu’au bout d’un délai presque indécent…sans le ticket ! Oui, en seulement deux ou trois gestes d’une lenteur incroyable, elle a réussi à le perdre. Elle, de son côté, est évidemment certaine de ne jamais l’avoir eu en main ou de nous l’avoir rendu. Peu importe, elle s’en fiche ouvertement. Ce n’est que sur notre insistance que les trois autres policiers présents retournent négligemment les liasses de papiers présents sur le bureau à la recherche du bout de papier perdu. De notre côté nous fouillons nos poches, ils nous ont mis des doutes en tête…mais pas de trace du ticket.
Alors que Seb est parti négocier la réédition ou le rachat d’un ticket auprès du transporteur, un touriste hollandais, passé au contrôle juste avant nous, revient vers les policiers en tendant un billet. Notre copine policière avait tout simplement fourré la totalité des papiers en sa possession dans son passeport ! Heureusement que le hollandais l’a vu et n’a pas jeté notre ticket dans le port…

Le trajet se passe sans encombres pour nous, bretons au pied plus ou moins marin, ce qui n’est pas le cas d’un bon nombre de nos infortunés compagnons de voyage qui voient le fond de leur estomac à chaque vague un peu forte. Il faut avouer qu’il y a pas mal de houle et que ça secoue.

Lundi 20/06/06

Hier soir, au YMCA où nous avons dormi, Seb a rencontré Rob, un australien qui prend également le « Tazara Train » aujourd’hui. Arrivés à la gare à 8 heures, nous faisons la queue pendant près d’une heure pour obtenir des billets. Le départ est prévu pour 9 heures, nous avons juste le temps de courir sur le quai pour monter dans le train. Bon, il était inutile de se presser car le train part (évidemment) avec près d’une heure de retard.

Notre cabine de première classe ressemble à une troisième classe dans une vieille micheline française des années 80 mais elle est confortable. Le train secoue beaucoup et s’arrête souvent en pleine cambrousse, d’un coup de frein brusque, déposer des voyageurs chargés de paquets en tous genres.

Vers midi nous traversons la réserve naturelle de Selous. Pendant le déjeuner nous apercevons des girafes, des gnous, des antilopes, des zèbres et des éléphants ! C’est le safari le moins cher de Tanzanie ;-) Dommage que le train ne s’arrête pas pour les photos…

Entre les arrêts, le vieux train bringuebalant abonné aux coups de frein intempestifs qui manquent de vous projeter de la banquette, fait à peu près du 50 Km/heure : largement assez lent pour profiter du beau paysage de brousse africaine. Dans les villages, de petits bouts de choux hauts comme trois pommes font coucou au train, de jolis bébés tout noir, tout nus se baladent à quatre patte, et les plus grands nous lancent des « Muzungu ! » (blanc) quand ils nous aperçoivent.

Pour l’instant nous sommes seuls dans notre cabine prévue pour quatre personnes. Le contrôleur nous a prévenus que si d’autres passagers nous rejoignent, nous serons obligés de nous séparer pour la nuit. En effet, la loi tanzanienne interdit aux hommes et aux femmes n’appartenant pas à la même famille de dormir dans la même cabine.

Je pars faire un tour dans le train pour visiter un peu. Dans la première classe, où nous sommes, quatre personnes se partagent les compartiments. En seconde, six personnes disposent de banquettes plus sommaires, tandis qu’en troisième il est impossible de déterminer le nombre de passagers car les couloirs et les bancs sont envahis. Un peu plus loin, le wagon bar est amusant : de vieilles banquettes sont rivées au sol ! On se croirait dans un vieux garage sponsorisé par Emmaüs mais c’est très cosy ;-) Je passe faire un tour en cuisine voir ce que le chef nous mitonne de bon pour ce soir. Pas de surprise, le menu est identique à ce midi : poisson, poulet au goût de poisson ou bœuf « à la caoutchoutaise », le tout accompagné au choix de riz ou d’Ugali (sorte de polenta de maïs sans goût). Ayant choisi le poulet nous optons pour le poisson ce soir, mais on ne nous sert que la tête ! Problèmes de stocks on dirait…

Malgré tout, nous avons été bien contents d’apprendre qu’il y avait un wagon restaurant car nous n’avions pas eu le temps d’acheter quoi que ce soit à manger et les 24 heures de trajet nous auraient paru très longs sans ça. Le riz était bon ;-)

Personne d’autre ne nous rejoint cette nuit. Nous pouvons donc rester tranquillement dans notre cabine. Les nombreux arrêts se succèdent, les voyageurs s’interpellent dans le couloir et sur le quai, le tchac tchac tchac des roues sur les rails se mêlent aux cris stridents de la ferraille mise à rude épreuve, nous nous laissons bercer par le fort tangage et nous endormons.

Mardi 21/06/06

La lumière du matin est somptueuse, absorbée par les vastes plaines qui bordent le grand rift africain.
A 10H, nous sautons du train : atterrissage à Mbeya. Accompagnés de Rob l’australien, nous prenons tout d’abord un taxi jusqu’à la station de bus puis un mini bus pour rejoindre la frontière avec le Malawi située à 130 Km de là. Il n’y a pas d’horaires précis pour le départ des bus. Le véhicule part une fois rempli, voila tout.
En attendant les derniers passagers, les vendeurs de tout et n’importe quoi se pressent aux fenêtres pour nous vendre leur camelote. L’un d’eux vend même des tringles à rideaux…très important en voyage la tringle à rideaux, on l’oublie trop souvent ;-)

Nous sommes 6 sur chaque rangée, nous pouvons à peine respirer, c’est bon, le mini bus peut partir ! Nous nous arrêtons dans chaque village. C’est le jour du marché : nous croisons un vieux qui a harnaché des poules (vivantes) sur son porte bagage. Serrées comme des sardines, les ailes entravées et l’œil apathique, elles regardent le paysage défiler. Et là je vois l’analogie avec nous-mêmes, écrabouillés dans notre mini bus ;-)

Les mamans portent leurs bébés sur le dos, les font basculer sur une hanche d’un coup de rein et montent ou descendent du mini bus pendant que les hommes se saluent en se serrant la main à la mode africaine : avec une coordination de glissés, enchevêtrements et entrechoquements de doigts sympathiques.

Le bus nous dépose devant la frontière Tanzanie/Malawi que nous traversons à pied, entourés de changeurs de monnaie qui nous suivent et nous harcèlent carrément lorsqu’ils comprennent qu’ils ne feront pas affaire avec nous. Ils nous quittent juste devant la barrière frontalière en nous lançant un « We wish you bad luck ! ». Sympa…Espérons que l’accueil soit un peu plus chaleureux au Malawi.