
Samedi 3/06/06
Après une agréable escale en France et près de 10 heures d’avion, nous voici sur le continent africain, plus précisément à Arusha, au nord de la Tanzanie.
Nous sommes arrivés hier soir, bien fatigués, et partons ce matin en quête d’une agence pour visiter le Ngorongoro et le Serengeti, deux parcs nationaux superbes dans lesquels nous avons une chance d’apercevoir les « big five » : éléphants, buffles, léopards, lions et rhinocéros.
Nous hésitons entre louer une voiture et passer par une agence pour un package complet. Il y a deux ans nous avions visité seuls et sans problèmes les parcs d’Afrique du Sud (Addo, Shlushlue et Kruger) à bord d’une petite Fiat Pallio de location. Nous ne voyons donc pas l’intérêt de prendre un guide pour la Tanzanie. Par contre le 4X4 est obligatoire pour le Ngorongoro donc la question du type de voiture ne se pose pas. Mais après avoir comparé les prix (cher !), nous nous rendons compte que nous ne gagnerions rien à nous débrouiller par nous-mêmes.
Au bout de longues discussions avec Geoffrey de l’agence Great Masaï Adventure et la visite d’autres agences, nous décidons de faire affaire avec lui. Nous partirons demain pour quatre jours de safari/camping dans le parc Manyara, le Serengeti et le Ngorongoro.
Dimanche 4/06/06
Absalm notre guide et Tumaini le cuisinier arrivent à l’hôtel à 9 heures avec le Land Rover. Nous traversons Arusha, une ville au sol et aux murs terreux mais où, à part cela, les rues sont plutôt propres et calmes, ce qui nous change après les rues encombrées de voitures et de détritus de l’Inde.
Nous dépassons le small market où les vendeuses de fruits et légumes ont étalé leurs carottes, maïs et bananes et croisons des paroissiens endimanchés qui marchent vers l’église, puis sortons de la ville.
Nous pénétrons alors dans la verdure : les champs de café et de maïs se partagent une immense prairie bordée au loin par des collines vertes. Le Kilimandjaro n’est pas loin mais les nuages nous le cachent. D’ailleurs nous nous en éloignons car nous roulons vers l’ouest. Nous arrivons juste après la saison des pluies. Le paysage est vert et fleuri et la température est idéale : une petite vingtaine de degrés.
Nous sommes frappés par le nombre de personnes qui marchent sur le bord de la route. Les gens marchent énormément ici. Peu d’habitants de la région possèdent des vélos, encore moins des voitures, la marche à pied est donc le moyen de transport le plus répandu lorsqu’ils n’empruntent pas les taxis collectifs. Et si la chaussure est encore trop chère, le pneu de voiture accroché au pied par une sangle fait l’affaire.
Un jeune berger suit son troupeau de chèvres tandis qu’un autre joue du bâton sur la croupe de son âne pour le faire avancer à la même allure que ses vaches. Le village n’est pas loin : une vingtaine de huttes rondes en paille sont rassemblées dans la prairie. De grosses termitières grises ont envahi les champs, on dirait de petits menhirs.
Arrivés au camping, un marabout, un grand oiseau noir et blanc nous accueille de sa stature imposante : les ailes déployées il fait bien deux mètres d’envergure !
Après le déjeuner Absalm nous conduit au parc Manyara. Nous ouvrons le toit du Land Rover et scrutons les broussailles vertes depuis ce poste d’observation. Notre première rencontre se fait avec de petits singes gris qui jouent dans un « arbre saucisse », un arbre dont les fruits ressemblent à de grosses saucisses et dont les éléphants raffolent car une fois pourris ils sentent l’alcool.
Quelques mètres plus loin, le cou gracieux d’une girafe dépasse de la verdure. Dans une clairière, deux éléphants remuent les oreilles et se grattent sur un tronc. Nous suivons la piste et apercevons un hippopotame entre des branchages qui court se réfugier dans une mare où se baignent déjà une vingtaine de ses congénères.
Nous repartons sous les yeux de quelques gazelles craintives tandis qu’une famille de phacochères, la queue droite comme une antenne, trottine vers des fourrés. Nous débouchons sur une vaste prairie où huit girafes battent de la queue. Quelques zèbres plus loin nous arrivons devant le lac Manyara où une centaine de flamands roses se sont posés. Ce parc est très arboré et feuillu, ce qui rend parfois difficile l’observation des petits animaux, mais ce qui permet, parait-il, de voir des lions grimper dans les arbres pour mieux repérer leurs proies. Nous n’en avons pas vu pour l’instant mais la rencontre avec votre première girafe, éléphant ou troupeau de zèbres est toujours un instant magique.

En fin d’après-midi nous nous arrêtons sur une butte d’où nous contemplons le lac tacheté de petits points roses, et les montagnes au loin. Une famille d’éléphants aux pieds de la butte casse les branchages pour se rassasier de feuilles vertes. Bienvenue au jardin d’Eden !
Lundi 5/06/06
Au petit déjeuner nous discutons avec un groupe de jeunes américains qui font à peu de choses près le même circuit que nous. Deux d’entre eux se rendent ensuite au Rwanda où ils partiront à la découverte des gorilles, les derniers « dos argentés » au monde, rendus célèbres par le film « Gorille dans la brume » dans lequel est racontée la vie de Dian Fossey qui a donné sa vie pour les sauver des braconniers.
La rencontre avec les gorilles nous tenterait bien. Le Rwanda n’est pas loin et y entrer est facile selon John et Rachel, dont la sœur travaille là-bas dans une association humanitaire. Mais la randonnée dans la forêt coûte 375 dollars US par personne ! Ceci clos nos hésitations.
Nous avons été intrigués hier par le peu de précautions pris par les parcs tanzaniens pour protéger les aires de repos. En effet, en Afrique du Sud ce sont de véritables camps retranchés dans lesquels on comprend que l’espèce protégée, c’est vous…Or ici on met une pancarte « aire de repos » au milieu de la savane. Et c’est tout ! Or jusqu’à dernier ordre les lions tanzaniens ne savent pas plus lire que les lions d’Afrique du Sud, non ? Il est vrai que les africains du sud sont des toqués de clôture. Ils en mettent même autour de leurs maisons pour se protéger les uns des autres, séquelles d’apartheid oblige…mais n’y a-t-il pas un juste milieu à trouver ?
Nous engageons donc la conversation avec Absalm sur les accidents survenus par le passé avec des félins dans les parcs du nord de la Tanzanie. Absalm nous dit que les lions ne sont pas agressifs envers les hommes en règle générale. L’année dernière, alors qu’il était attablé dans une aire de pique-nique bondée en pleine saison, Absalm a vu un groupe de lions longer l’aire et la dépasser, sans attaquer qui que ce soit. Mais même si le lion n’attaque pas « normalement », il y a tout de même parfois des accidents, malheureusement.
Il y a deux ans, un groupe de touristes dont le 4X4 s’était embourbé est sorti du véhicule pour chercher des pierres. Un lion a surgi derrière un des touristes et lui a gravement entaillé l’épaule avec ses griffes. Le guide a réagi promptement et a frappé le félin avec un gros morceau de bois. Ils ont pu se sauver et rejoindre l’hôpital mais l’homme était bien blessé.
L’année dernière, dans le parc de Taranguire, lui aussi dans la région d’Arusha, un jeune garçon de 7 ans s’est fait tuer par un léopard alors qu’il était dans l’enceinte du lodge. On déconseille heureusement aux parents accompagnés d’enfants de faire du camping ! C’est arrivé apparemment parce que les employés du lodge avaient l’habitude de nourrir ce léopard. Et un jour où il avait plus faim que d’habitude il s’est servi lui-même ! Sans l’inconscience des employés cette tragédie ne serait probablement pas arrivée. Bien sûr, après cela, l’animal a dû être abattu car il était devenu trop dangereux.
Donc les accidents sont rares mais ils arrivent. Parfois à cause de la malchance, parfois a cause d’une série d’imprudences. Sur le même thème, mais dans la catégorie « qui se finit bien », Absalm nous raconte qu’il y a quelques années, alors qu’il conduisait un groupe de suédois, l’un d’eux lui a demandé de s’arrêter car il voulait uriner. Absalm le lui a déconseillé, lui expliquant qu’avec la hauteur des herbes il était trop dangereux de sortir de la voiture. Mais le suédois a insisté, expliquant que le soleil était trop haut dans le ciel pour que les lions soient de sortie…
L’imprudent a donc ouvert la portière, s’est éloigné de quelques pas et a commencé ce qu’il avait à faire, quand soudain…la tête d’un lion rugissant surgit au dessus des herbes, à trois mètres de lui ! L’homme était tellement paniqué et déboussolé qu’il a fait le tour de la voiture au lieu de revenir à sa place. Il a ouvert la portière du conducteur et a commencé à pousser Absalm pour se glisser à sa place. Enfin en sécurité et blanc comme un linge, il s’est alors aperçu que le lion, dérangé pendant sa sieste, n’avait fait que des sommations mais ne s’était pas donné la peine de le poursuivre. Follement heureux d’être encore en vie et penaud d’avoir été si têtu, il a sorti un billet de 50 dollars qu’il a donné à Absalm en tremblant et en jurant qu’on ne l’y reprendrait plus à ne pas écouter les conseils !
Après ces « histoires de la brousse », nous plions bagages et à 8h30 nous sommes prêts à partir. Nous montons vers le cratère Ngorongoro noyé dans les nuages. Une courte éclaircie nous permet, arrivés au sommet, d’apercevoir le centre du cratère. Il est énorme ! Il fait 19 kilomètres de large. Nous y reviendrons plus tard car nous traçons la route vers le Serengeti. La montagne est verte, luxuriante et humide. De longues fougères ont envahi les talus. Nous roulons à toute vitesse sur la terre rouge saturée d’oxyde de fer et redescendons vers la plaine.
De nombreux Masaï marchent au bord de la route, enveloppés de leur grand tissu rouge, la lance et le bâton en travers sur les épaules.
Au fond de la vallée, des zèbres paissent tandis que les grands troupeaux de vache gardés par les Masaï s’abreuvent dans un étang.
Nous pénétrons enfin dans le parc du Serengeti « la plaine dont on ne voit pas le bout » en langage Masaï. Les hautes herbes courent à perte de vue de tous côtés et la piste coupe la plaine en son milieu. Il est 15 heures, les animaux sont encore peu actifs, d’ailleurs nous en voyons très peu pendant la première heure. Depuis le toit du Land Rover nous avons une vue panoramique sur la brousse, maintenant beaucoup plus jaune qu’en altitude. Nous sommes à la recherche de lions mais ne voyons « que » des zèbres, des antilopes, des phacochères, des autruches, et encore des antilopes, puis de gros hippopotames qui font la planche dans leur mare ! Et enfin…des lionnes ! Un « arbre à lionnes » pour être plus précis : elles sont quatre, allongées sur les grosses branches d’un arbre. Nous sommes à moins de 10 mètres d’elles, nous pouvons donc bien voir leur grosse tête de chat et leurs pattes gigantesques de peluche trop grande. Leur pelage, beau et doré dans la lumière du soir a l’air si doux. Les lionnes sont alanguies, elles ont l’air inoffensives. Nous restons face à elles pendant une bonne demi heure à les regarder ne rien faire, ou si peu. L’une d’elle, le ventre rond comme un ballon, est tellement mal installée qu’on s’attend à la voir dégringoler par terre. Mais non, elle bouge et se remet dans une position encore plus improbable… Une de ses compagnes se lèche consciencieusement puis se rallonge, les yeux plissés devant le soleil. On croirait l’entendre ronronner d’aise. « Hummm, que c’est bon d’être la reine des animaux…tiens, je me ferais bien une petite antilope ce soir, moi. Barbeuc ce soir les filles ? »

Mardi 7/06/06
Seb a entendu des lions rugir cette nuit. Et Absalm nous confirme qu’il a vu quatre lionnes près des tentes vers une heure ce matin. Je n’ai pas mentionné que notre camping se trouve en plein cœur de la savane, sans aucune clôture pour protéger ses occupants. Il vaut mieux ne pas avoir envie d’aller aux toilettes la nuit…d’autant plus que les lions, hyènes et autres léopards ont la réputation d’être attirés par ces campements d’où il se dégage de bonnes odeurs de nourriture à la nuit tombée ;-)
Heureusement, a priori, un lion d’un Q.I standard ne considère pas une tente comme une proie. Par contre il est conseillé de la fermer car la curiosité des félins pourrait les pousser à s’y aventurer…et là attention !
Nous sommes sur le pied de guerre à 6 heures, à l’heure d’ouverture « officielle » des portes du parc. Comme ici il n’y a pas de barrières nous n’avons pas droit à la petite scène matinale du Kruger où les 4X4 se rangent devant la porte pour sortir du camp alors que les gazelles se pressent derrière pour y entrer. Pas bêtes les gazelles, elles ont compris que dans le camp : pas de lions ;-)
Le jour se lève à peine. Nous roulons sur la piste et retrouvons un troupeau de gnous que nous avions traversé la veille en rentrant. Des milliers de gnus meuglent sur tous les tons. La plaine en est remplie. Ils traversent la piste en courant les uns derrière les autres et en faisant des cabrioles, des ruades et autres pitreries. Ils se font peur eux-mêmes je crois, tout comme les zèbres qui, à la moindre brindille qui les frôle de trop prêt ruent dans les brancards et affolent le reste du troupeau : pas facile d’être une proie…
Le soleil monte dans le ciel et donne au parc une magnifique couleur verte lumineuse. Le Serengeti est un des plus beaux parcs que nous connaissions.
Nous sommes toujours avec nos gnus lorsqu’une hyène tachetée traverse le chemin. Nous la suivons des yeux alors qu’elle contourne le troupeau puis la perdons de vue dans les broussailles.
Nous reprenons la route jusqu’à un étang autour duquel des centaines de vautours se sont installés, ainsi que de nombreux marabouts. Les crocodiles de la mare ont tué trois gnous. Ils flottent le ventre à l’air et dégagent une odeur épouvantable qui a alléché les charognards.
Quelques kilomètres plus loin nous retrouvons à nouveau deux hyènes puis des babouins et bien sûr des antilopes.
La somptueuse lumière du matin s’est envolée. Il est déjà 10 heures. Le temps passe tellement vite lorsqu’on chasse les animaux du regard. Après un bon moment passé à contempler plusieurs centaines de zèbres se jetant à l’eau, nous rentrons au camp « des lions » prendre un brunch. Peut être trouverons nous quelques félins là-bas nous attendant impatiemment ? Non, mais 8 girafes se délectent du feuillage qui entoure le campement.
Vers 12 heures nous remontons en voiture. Ce n’est pas l’heure de voir des animaux en action mais peut être en verrons nous en train de dormir ?
C’est notre jour de chance car nous apercevons un léopard allongé dans un arbre, puis trois lionnes se dorant la pilule sur un énorme rocher planté au milieu de la savane. Encore une belle journée au Serengeti !
Mercredi 8/06/06
Nous avons dormi en bordure du cratère du Ngorongoro, à plus de 2 300 mètres d’altitude. Il a fait très froid cette nuit et nous étions gelés dans notre petite tente et nos sacs de couchage trop fins.
Nous nous levons à l’aube, encore grelottants, et rangeons promptement nos affaires dans le 4X4.
Nous entamons la descente dans le cratère et commençons à scruter les broussailles. Dans le centre, des buffles broutent l’herbe jaune en nous surveillant d’un œil torve. Plus loin, des petits singes noir et gris sautillent dans les arbres, de beaux oiseaux dont les plumes forment une couronne se pavannent, trois lionnes et deux lions à la longue crinière se prélassent au soleil au milieu d’une clairière et, c’est notre jour de chance, une maman rhinocéros et son petit traversent la savanne ! Il ne manquait plus que les rhinos à notre « tableau de chasse » des « big five ». Les rhinos ont été tellement braconnés pour leurs cornes qu’il n’en reste plus qu’une dizaine dans le cratère. Cette espèce menacée se fait de plus en plus rare :-(

A l’autre extrémité du cratère des centaines de flamands roses ont envahi le lac, visité également par les zèbres qui viennent se rafraîchir. Le tableau qu’ils forment avec, en arrière plan, les rebords verts du cratère auxquels les nuages blancs s’accrochent est tout simplement fabuleux. Le Ngorongoro explose de couleurs !
Vendredi 10/06/06
Le bus dans lequel nous avons pris place depuis 6 heures ce matin traverse des petits villages et de beaux paysages, ce qui permet de rompre la monotonie des 8 heures de trajet entre Arusha et Dar Es Salaam.
Nous n’avons pas la chance de voir le Kilimandjaro, perdu dans les nuages. Le ciel est bas et gris, il a plu la nuit dernière. Les plantes et la terre sont déjà gorgées d’eau depuis la saison des pluies. Ce n’est pas l’Afrique noire que nous traversons mais l’Afrique verte, la couleur dominante de ce paysage tacheté de rouge là où la terre affleure.
Aux abords d’un village, un groupe d’hommes robustes court le long du bus, portant à bout de bras des sacs d’orange de près de 10 kgs qu’ils proposent aux voyageurs. Les transactions se font rapidement par les fenêtres du véhicule : fruits, artisanat en bois, sandales en peau de chèvre…il y a du choix. On trouve encore de la place dans les portes bagages encombrés de bric et de broc pour y ranger ses emplettes.
Plus loin, un jeune garçon en short et Tshirt de la couleur du sol court derrière une jante de vélo qu’il pousse avec un bâton. Jeu d’autrefois pour nous européens mais toujours très actuel ici car, même si nos compagnons de voyage appartiennent manifestement à la classe favorisée et que le tourisme « safari » y est très cher, il ne faut pas oublier que la « République Unie de Tanzanie » est un des pays les plus pauvres de la planète, où l’espérance de vie dépasse difficilement les 45 ans.
Nous posons le pied à Dar Es Salaam juste à temps pour attraper le Ferry de 16H. Accueillis par une boutre (navire à voile triangulaire), nous découvrons les côtes de Zanzibar !
Samedi 10/06/06
Zanzibar, encore un endroit mythique, synonyme de voyage, d’aventure et d’évasion. La simple évocation de ce nom aux sonorités exotiques ouvre une petite fenêtre dans la tête, par laquelle s’infiltrent une douce odeur d’épices et des percussions africaines mêlées au bruit des vagues. Jambo, jambo et Karibu à tout le monde. Salut à tous, bienvenue sur cette île où la hâte n’a pas sa place, où l’on navigue au gré du vent et où l’on se demande si la capitale (Stonetown) doit son nom à ses vieilles pierres ou à l’attitude pour le moins flegmatique de ses habitants.
Mardi 14/06/06
Après les pluies diluviennes des jours passés il faut profiter de ce jour ensoleillé à Zanzibar ! La saison des pluies était terminée normalement mais ici on ne peut pas vraiment prévoir le temps. La nature a ses caprices…
Nous sautons dans une barque avec Mustafa, notre capitaine pêcheur, direction : « Prison island » à quelques encablures de Stonetown. L’île appartient au propriétaire du seul hôtel de l’île. En contrepartie d’un droit d’entrée il est possible de poser sa serviette sur la belle plage de sable clair entourée d’une eau bleue transparente et tiède. Avant cela nous rendons visite à la quarantaine de tortues géantes préservées sur l’île. Certaines font plus de 300 Kgs et ont près de 175 ans ! Ces petites vieilles toutes fripées sont pourtant dans la fleur de l’âge car la nursery compte une trentaine de bébés tortues protégées des prédateurs et autres braconniers dans un enclos gardé jour et nuit.
Mercredi 15/06/06
Nos plans pour la journée : prendre un « dala dala » (taxi collectif) pour Matemwe, un petit village de pêcheurs au nord est de l’île, vanté par le Routard.
Au petit déjeuner nous retrouvons un couple australo hollandais rencontré la veille, qui voyage en Afrique avec leur 4X4 qu’ils ont fait venir d’Australie. Ils pensaient ainsi pouvoir passer beaucoup de temps dans les parcs mais c’est tellement cher, même avec son propre véhicule, qu’ils sont un peu déçus. La Tanzanie, qui cible clairement le tourisme de luxe, a beaucoup augmenté le prix de ses parcs cette année (100 USD/jour pour le Ngorongoro et 50 USD/jour pour le hollandais). Le Kenya est beaucoup moins cher apparemment, ils y monteront peut être plus tôt que prévu.
Christine, une allemande d’une petite quarantaine d’année, nous rejoint. La conversation s’engage spontanément comme souvent à la table commune du « Bandari Guesthouse ». Lorsque nous lui apprenons que nous nous rendons à Matemwe en dala dala elle nous propose de profiter de la voiture qu’elle a louée pour la journée. Heureux hasard ! Nous acceptons son offre avec plaisir. Elle a tout plaqué en Allemagne pour ouvrir un hôtel à Zanzibar. Elle vient d’acheter un bout de terrain à Matemwe pour y réaliser son rêve et doit s’y rendre aujourd’hui pour rencontrer des contacts.
Le chauffeur, réservé et prudent est accompagné d’Assan, le propriétaire de la voiture, qui dégage une forte odeur d’alcool à 9 H du matin…ça promet. Il passe son temps à couper nos conversations pour radoter ses propos inintéressants d’ivrogne : un vrai casse-pieds.
Nous traversons la moitié de l’île et atteignons Matemwe en à peine une heure et demie. La plage est belle et l’eau doit être magnifique à marée haute mais il n’y a rien là-bas à part quelques rares hôtels de luxe et le petit hôtel pour routards recommandé par notre guide. Pas de restaurant, juste un minuscule village de pêcheurs. Christine doit ensuite se rendre à Kendwa sur la côte Nord Ouest pour ses affaires. Nous décidons de reprendre la route avec elle. Là-bas nous trouvons exactement ce que nous cherchions : le bon compromis entre l’endroit désert et le centre balnéaire bondé. La plage est préservée, peu fréquentée, mais dispose tout de même de quelques restaurants, quelques hôtels et des connexions avec les autres villages. Nous décidons de poser nos sacs au « toits de palme », un mini hôtel disposant de quatre huttes sur la plage et du même nombre de bungalows en dur sur les hauteurs.
Et là les problèmes commencent…
Assan, avec sa logique qui baigne dans l’alcool, s’est mis en tête de nous faire payer, à nous aussi, les 40 dollars que Christine lui règle pour la location de la voiture ! Nous lui expliquons calmement que nous avons un accord avec Christine, qui dispose comme elle l’entend de la voiture, mais rien n’y fait. Christine, partie pour ses affaires, n’est pas présente. Assan fait un scandale et refuse de nous rendre nos sacs à dos restés dans la voiture ! Il continue ses menaces et ses cris pendant les dix minutes de marche qui nous séparent du véhicule se plaignant bruyamment à qui veut bien l’entendre le long du chemin que nous sommes des voleurs et que nous ne voulons pas le payer. Seb est alors contraint et forcé d’employer la manière forte pour ramener cet homme à de meilleurs sentiments. A moitié le retenant de tomber, à moitié l’intimidant, il le secoue par les épaules en une version Tanzanienne de la Pub Orangina en lui lançant quelques menaces bien senties. Efficace ! Pas très subtil, mais efficace …Assan s’écarte de nous et boude maintenant dans son coin en silence en nous regardant sortir nos sacs du coffre, aidés par le chauffeur et le propriétaire de l’hôtel.
Nous retrouvons Christine plus tard qui, elle aussi, a des soucis. Elle est venue récupérer les papiers d’achat de sa terre qu’elle a dû mettre provisoirement au nom d’un ami zanzibarien afin de contourner les lourdes taxes réservées aux étrangers qui achètent des terres sur l’île. Or « l’ami » refuse maintenant de signer les papiers de transfert de propriété, à moins qu’elle n’accepte de l’embaucher dans son hôtel ! Décidément, les affaires avec les gens du coin sont loin d’être de tout repos…
Jeudi 16/06/06
« Les toits de palme », le petit complexe de bungalows dans lequel nous avons posé nos sacs donne directement sur la jolie plage de Kendwa. L’endroit est tout aussi beau que la plage de Palolem et l’eau, contrairement à celle de Goa, est d’une transparence cristalline. On devine même les coquillages posés sur le sable à travers l’eau tiède. On se croirait dans une carte postale en direct des Caraïbes.
En plus les habitants sont charmants et les vendeurs sympathiques et pas trop envahissants, ce qui ne gâche rien. Nous ne sommes qu’au tout début de la saison touristique, la plage est encore bien déserte. Nous passons la journée dans l’eau ou sur la plage à regarder les minuscules crabes transparents sortir de leurs trous et marcher de travers sur le sable blanc. Nous lisons ou nous regardons les boutres en bois surmontées de voiles blanches triangulaires : elles sortent toutes en fin d’après midi. J’en dénombre une quarantaine au large ! Voila, il n’y a pas grand-chose d’autre à faire ici, à part compter les bateaux…
A midi nous nous rendons dans un petit restaurant local où une femme fait une cuisine simple et pas chère. Le restaurant est quasiment exclusivement fréquenté par les locaux, aucune enseigne n’indique son statut. On s’y assoit sur un rondin de bois ou un bidon et on nous apporte une assiette. Qu’y a-t-il au menu aujourd’hui ? Du riz, des haricots rouges et une pomme de terre baignant dans un jus rouge : 100% féculents, 0% saveurs. Nous trouvions les habitants de Zanzibar plutôt bien portants, voire rondouillards pour certains mais maintenant nous comprenons qu’ils ont plus une alimentation « de survie » que « plaisir »…Heureusement beaucoup sont pêcheurs, ce qui permet d’améliorer un peu l’ordinaire et d’obtenir quelques protéines…
Vendredi 17/06/06
La chambre de notre bungalow est remplie de sable. Je décide de passer un coup de balai. Je déplace quelques vêtements tombés par terre et là, je vois un scorpion s’en échapper !
Je le plaque à terre et l’immobilise avec mon balai en feuilles de palmiers, le temps d’attraper une tongue et de l’écraser…
Ça y est, il est tout plat. Je fais un peu de zèle, on se sait jamais avec les scorpions, c’est coriace d’habitude. Si ça se trouve il fait le mort. Non, quand même, là il est tout plat, presque incrusté dans le sol ;-) Celui-ci est tout petit, environ 10 centimètres de long, queue incluse, mais j’ai eu une belle frayeur !
Seb montre « la bête » au personnel de l’hôtel qui nous rassure immédiatement : sa piqûre n’est pas dangereuse et il n’y a pas de scorpions mortels ici. Ouf ! Malgré la moustiquaire, j’avoue que j’aurais eu un peu de mal à dormir cette nuit. Je secouerai bien les draps avant de me coucher tout de même…
Samedi 18/06/06
Encore un jour de pluie sur Zanzibar…Décidément ! Il pleut presque autant qu’en Nouvelle Zélande ici. Nous passons les journées pluvieuses au bar de la plage en compagnie d’autres touristes désoeuvrés. Quand la bronzette est exclue, il n’y a pas grand-chose à faire à Kendwa…Par conséquent, nous sommes incollables sur la coupe du monde de football ;-)
Dimanche 19/06/06
Nous mettons les voiles en direction de Dar Es Salaam où nous espérons prendre le fameux « Tazara Train » (Tanzania Zambia Railway) en direction du Malawi.
Mais d’abord nous devons embarquer sur le Ferry…Seb achète les tickets, tout se passe sans accros jusqu’à ce que nous fassions viser nos passeports et tickets par les policiers du port.
Le fonctionnaire africain est parfois…comment dire ? D’une nonchalance énervante.
La femme qui s’occupe des papiers de Seb a l’air d’apprendre à lire en même temps car elle ne lui rend son passeport qu’au bout d’un délai presque indécent…sans le ticket ! Oui, en seulement deux ou trois gestes d’une lenteur incroyable, elle a réussi à le perdre. Elle, de son côté, est évidemment certaine de ne jamais l’avoir eu en main ou de nous l’avoir rendu. Peu importe, elle s’en fiche ouvertement. Ce n’est que sur notre insistance que les trois autres policiers présents retournent négligemment les liasses de papiers présents sur le bureau à la recherche du bout de papier perdu. De notre côté nous fouillons nos poches, ils nous ont mis des doutes en tête…mais pas de trace du ticket.
Alors que Seb est parti négocier la réédition ou le rachat d’un ticket auprès du transporteur, un touriste hollandais, passé au contrôle juste avant nous, revient vers les policiers en tendant un billet. Notre copine policière avait tout simplement fourré la totalité des papiers en sa possession dans son passeport ! Heureusement que le hollandais l’a vu et n’a pas jeté notre ticket dans le port…
Le trajet se passe sans encombres pour nous, bretons au pied plus ou moins marin, ce qui n’est pas le cas d’un bon nombre de nos infortunés compagnons de voyage qui voient le fond de leur estomac à chaque vague un peu forte. Il faut avouer qu’il y a pas mal de houle et que ça secoue.
Lundi 20/06/06
Hier soir, au YMCA où nous avons dormi, Seb a rencontré Rob, un australien qui prend également le « Tazara Train » aujourd’hui. Arrivés à la gare à 8 heures, nous faisons la queue pendant près d’une heure pour obtenir des billets. Le départ est prévu pour 9 heures, nous avons juste le temps de courir sur le quai pour monter dans le train. Bon, il était inutile de se presser car le train part (évidemment) avec près d’une heure de retard.
Notre cabine de première classe ressemble à une troisième classe dans une vieille micheline française des années 80 mais elle est confortable. Le train secoue beaucoup et s’arrête souvent en pleine cambrousse, d’un coup de frein brusque, déposer des voyageurs chargés de paquets en tous genres.
Vers midi nous traversons la réserve naturelle de Selous. Pendant le déjeuner nous apercevons des girafes, des gnous, des antilopes, des zèbres et des éléphants ! C’est le safari le moins cher de Tanzanie ;-) Dommage que le train ne s’arrête pas pour les photos…
Entre les arrêts, le vieux train bringuebalant abonné aux coups de frein intempestifs qui manquent de vous projeter de la banquette, fait à peu près du 50 Km/heure : largement assez lent pour profiter du beau paysage de brousse africaine. Dans les villages, de petits bouts de choux hauts comme trois pommes font coucou au train, de jolis bébés tout noir, tout nus se baladent à quatre patte, et les plus grands nous lancent des « Muzungu ! » (blanc) quand ils nous aperçoivent.
Pour l’instant nous sommes seuls dans notre cabine prévue pour quatre personnes. Le contrôleur nous a prévenus que si d’autres passagers nous rejoignent, nous serons obligés de nous séparer pour la nuit. En effet, la loi tanzanienne interdit aux hommes et aux femmes n’appartenant pas à la même famille de dormir dans la même cabine.
Je pars faire un tour dans le train pour visiter un peu. Dans la première classe, où nous sommes, quatre personnes se partagent les compartiments. En seconde, six personnes disposent de banquettes plus sommaires, tandis qu’en troisième il est impossible de déterminer le nombre de passagers car les couloirs et les bancs sont envahis. Un peu plus loin, le wagon bar est amusant : de vieilles banquettes sont rivées au sol ! On se croirait dans un vieux garage sponsorisé par Emmaüs mais c’est très cosy ;-) Je passe faire un tour en cuisine voir ce que le chef nous mitonne de bon pour ce soir. Pas de surprise, le menu est identique à ce midi : poisson, poulet au goût de poisson ou bœuf « à la caoutchoutaise », le tout accompagné au choix de riz ou d’Ugali (sorte de polenta de maïs sans goût). Ayant choisi le poulet nous optons pour le poisson ce soir, mais on ne nous sert que la tête ! Problèmes de stocks on dirait…
Malgré tout, nous avons été bien contents d’apprendre qu’il y avait un wagon restaurant car nous n’avions pas eu le temps d’acheter quoi que ce soit à manger et les 24 heures de trajet nous auraient paru très longs sans ça. Le riz était bon ;-)
Personne d’autre ne nous rejoint cette nuit. Nous pouvons donc rester tranquillement dans notre cabine. Les nombreux arrêts se succèdent, les voyageurs s’interpellent dans le couloir et sur le quai, le tchac tchac tchac des roues sur les rails se mêlent aux cris stridents de la ferraille mise à rude épreuve, nous nous laissons bercer par le fort tangage et nous endormons.
Mardi 21/06/06
La lumière du matin est somptueuse, absorbée par les vastes plaines qui bordent le grand rift africain.
A 10H, nous sautons du train : atterrissage à Mbeya. Accompagnés de Rob l’australien, nous prenons tout d’abord un taxi jusqu’à la station de bus puis un mini bus pour rejoindre la frontière avec le Malawi située à 130 Km de là. Il n’y a pas d’horaires précis pour le départ des bus. Le véhicule part une fois rempli, voila tout.
En attendant les derniers passagers, les vendeurs de tout et n’importe quoi se pressent aux fenêtres pour nous vendre leur camelote. L’un d’eux vend même des tringles à rideaux…très important en voyage la tringle à rideaux, on l’oublie trop souvent ;-)
Nous sommes 6 sur chaque rangée, nous pouvons à peine respirer, c’est bon, le mini bus peut partir ! Nous nous arrêtons dans chaque village. C’est le jour du marché : nous croisons un vieux qui a harnaché des poules (vivantes) sur son porte bagage. Serrées comme des sardines, les ailes entravées et l’œil apathique, elles regardent le paysage défiler. Et là je vois l’analogie avec nous-mêmes, écrabouillés dans notre mini bus ;-)
Les mamans portent leurs bébés sur le dos, les font basculer sur une hanche d’un coup de rein et montent ou descendent du mini bus pendant que les hommes se saluent en se serrant la main à la mode africaine : avec une coordination de glissés, enchevêtrements et entrechoquements de doigts sympathiques.
Le bus nous dépose devant la frontière Tanzanie/Malawi que nous traversons à pied, entourés de changeurs de monnaie qui nous suivent et nous harcèlent carrément lorsqu’ils comprennent qu’ils ne feront pas affaire avec nous. Ils nous quittent juste devant la barrière frontalière en nous lançant un « We wish you bad luck ! ». Sympa…Espérons que l’accueil soit un peu plus chaleureux au Malawi.
