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vendredi 7 octobre 2005

Carnet de voyage Brésil

Samedi 17/09/2005



Nous voici au premier jour de notre tour du monde ! 9H du matin. Nous descendons du Boeing de la British Airways qui nous a conduits à la toute première étape de notre long parcours : Rio de Janeiro ! Le nom à lui seul est synonyme de soleil, samba, caïpirina…c’est pourtant sous une pluie très fine qui nous entrons dans la ville et réussissons difficilement à discerner Cristo Redentor au sommet du Corcovado effacé par les nuages.

Qu’à cela ne tienne : Rio sous la pluie ou le soleil, nous sommes incroyablement heureux d’être ici ! A peine nos sacs déposés dans notre minuscule chambre du Rio Backpacker à deux pas de « Copacabana Plage » et nous voici partis à la découverte de la plage et du bord de mer.

Seb ne résiste d’ailleurs pas bien longtemps à l’appel du bain : au bout de 50 mètres de marche il me tend ses vêtements et part se joindre à une équipe de jeunes brésiliens qui s’amusent dans les vagues avec leurs Moreys.

L’eau a l’air bonne…
« Elle est extra » me confirme Seb après son escapade dans les vagues. Je profite de la beauté des lieux mais ne souhaite pas me mouiller pour l’instant …je finis tout de même trempée 20 mn plus tard après notre promenade le long du rivage sous une pluie fine mais continue.

Nous passons le reste de la journée tranquillement installés sur le lit de notre chambre à lire, sommeiller et à consulter notre Lonely Planet pour organiser la suite des festivités.

Dimanche 18/09/2005

Vive le décallage horaire : nous sommes debout à l’aube ! Ce qui est loin d’être le cas chez les autres locataires de l’auberge, qui avaient organisé une sortie en boîte de nuit la veille…

Nous profitons de ce début de journée où le soleil pointe derrière les nuages pour nous rendre au Corcovado, la montagne de 710 m qui surplombe Rio et sa baie : Copacabana, Ipanema, Leblon…nous apercevons le long filet blanc que constituent les kilomètres de plage, délicatement posé entre la mer et le lagon Rodrigo de Freitas. Le point de vue nous permet de nous rendre compte de la véritable beauté de la Cidade Maravilhosa (la cité merveilleuse) et nous comprenons pourquoi les brésiliens en sont fiers. Non seulement les plages de sable blanc et fin sont magnifiques mais la ville est encadrée de pics rocheux grandioses entourés de forêts luxuriantes. La végétation tropicale s’infiltre partout et la route qui mène au Corcovado sent bon les sous-bois humides, les herbes et les fruits en tous genres.

Nous contemplons la statue du Christ Rédempteur perchée au sommet du Corcovado, les bras ouverts comme pour embrasser la ville tout entière.

Même les hauts buildings du centre ville et les favellas que l’on devine au loin n’arrivent pas à effacer la beauté des lieux. Je me demande comment c’était avant…ça devait littéralement vous couper le souffle !

Par contre nous apprenons une très mauvaise nouvelle par une conversation entre deux français captée au sommet du Corcovado : nous apprenons que la boule souvenir renfermant le Cristo Redentor sous la neige ne se fait plus !! Quel dommage ! ça devait être tellement beau…et de si bon goût !

Sur notre gauche nous apercevons le Pão de Açucar, le fameux pic rocheux de la forme d’un pain de sucre qui domine la baie de Rio. Nous décidons de profiter de la courte fenêtre météo pour voir ce pain de sucre de plus près…avant que la pluie ne (nous) fonde dessus ! Grand bien nous en a pris : nous profitons des deux dernières heures de temps sec de la journée. D’ailleurs le Christ a déjà la tête dans les nuages et il n’en sortira plus de la journée…

Nous empruntons le téléphérique pour atteindre le sommet situé à 396 m au dessus de Rio. La vue est une fois de plus splendide et la position légèrement plus basse et excentrée nous permet de contempler les plages, la mer et les bâteaux de plus près. Nous prenons un grand bol d’air pur, écarquillons les yeux aussi grand que possible, prenons des photos et des vidéos pour conserver la magie des lieux et du moment…puis reprenons le téléphérique en sens inverse vers la plateforme intermédiaire où des cariocas hyper décontractés prennent des cours de fitness au son de la techno. Les rythmes se succèdent, les profs comptent « um, dois, três, quatro, cinco, seis », les sportifs pédalent, sautillent, brassent de l’air…tout cela à environ 200 mètres au dessus de Rio. Je crois qu’aucune salle de sport ne peut se vanter d’offrir un aussi bel environnement. Celui-ci est temporaire, il ne dure qu’un week-end dans le cadre d’une manifestation de promotion…
Même sans cela nous aurions remarqué que les cariocas sont fous de sport : entre les joggers et marcheurs qui longent les plages immenses, les volleyeurs, les adeptes du « beach soccer » et les surfeurs, vous avez toujours au moins un sportif dans votre champ de vision à Rio !

Lundi 19/09/2005

La recherche d’un point précis dans une ville inconnue dont vous ne parlez pas la langue tourne vite au jeu de piste, surtout si vous vous contentez d’une carte aussi sommaire que celle du Lonely Planet. Nous faisons participer les passants qui croisent notre chemin. Ils se lancent alors dans de longues tirades en brésilien, toujours très souriants et sympathiques. Leur discours nous est bien inutile, nous surveillons simplement la direction que prennent leurs mains et leur sourions de retour en faisant mine d’avoir tout compris, histoire de leur épargner une redite inutile.
A l’embranchement suivant, le même manège reprend et nous tombons systématiquement sur des brésiliens gentils, ouverts et bavards ! Nous croisons ainsi un ouvrier qui travaille au prolongement d’une ligne de métro, un vieil homme qui regarde les passants, un balayeur qui cherche un peu de distraction…grâce à eux nous prenons le métro de Copacabana à Carioca dans le centre et dénichons le quai d’embarquement du tramway le plus déglingué du Brésil. Avec ses bancs en bois tape-cul, ses barres de laiton hors d’âge et son bruit de casserole, il a un charme certain ! Les enfants rigolards qui rentrent de l’école et s’accrochent aux flancs du tram, les havaïanas (sandales brésiliennes) posées sur le parapet ajoutent à la gentille cacophonie ambiante.

Nous finissons d’ailleurs nous même dans une position identique au retour faute de place…et là nous comprenons que de chausser du 30 est un avantage certain lorsque le bord du tram racle les côtés d’un petit pont étroit à proximité de la gare : aïe !

Le quartier de Santa Thérésa, le but de notre quête, ne correspond pas tout à fait à l’image que nous nous en étions faite. Les maisons construites sur une colline qui surplombe Rio sont d’anciennes demeures portugaises autrefois certainement superbes mais aujourd’hui décrépies pour la plupart. Nous grimpons les ruelles pavées et déambulons le nez au soleil à la recherche du Parque Das Ruinas qui renferme un jardin tropical et un musée.
Finalement, après la visite du jardin nous ne sommes pas d’humeur à améliorer notre culture artistique et préférons musarder dans les ruelles ensoleillées et boire une Skol (bière locale) dans un bistrot de quartier bien typique à la recherche du vrai Rio et des Cariocas bien de chez eux…
Un chien jaune se dore la pilule à l’extérieur : 10 mn au soleil suivies de 10 mn à l’ombre et ça recommence. Cette activité frénétique a lieu devant les habitués qui sirotent leur café sur de petites tables en formica beige recouvertes d’un plastique tellement collant qu’on dirait du scotch…On voulait du local on en a ! Les yeux se lèvent du journal vers la télévision dès que le foot apparaît. Ici c’est presque une religion. On ne se met pas au garde à vous devant la Selecaõ mais on n’en est pas loin. Finalement on se sent bien ici. Les gens sont chaleureux, il fait bon (26°C et c’est l’hiver ! )et le quartier au charme désuet est investi par les fleurs et les arbres qui s’installent dès qu’ils trouvent un coin pour s’y mettre.

Nous achevons notre journée par une virée sur la plage de Copacabana où nous contemplons les joueurs de « Foot Volley » maîtrisant l’amorti de la poitrine, la passe du pied et le placement de balle de la tête : quelle adresse !.

Mardi 20/09/2005 : DE RIO A PARATI



Nous sautons du lit à 5h30 pour contempler le lever du soleil à Copacabana. Le ciel est voilé mais nous profitons quand même de la luminosité matinale pour prendre quelques beaux clichés. La plage est déjà foulée ça et là par des joggers et la police patrouille Avenue Atlantica le long de la promenade.

Nous remballons vite fait notre attirail après que quelques joggers nous aient fait comprendre de faire attention aux vols, très fréquents à cette heure selon eux. Il est vrai qu’en tant que touristes nous sommes relativement à l’écart d’une des réalités quotidiennes à Rio : les plus riches vivent à deux pas des plus démunis. 5 million de personnes survivent dans les favellas de Rio qui compte 7 million d’habitants au total. Lula, le président du Brésil, va-t-il réussir à améliorer la condition des plus pauvres ? Il y a encore beaucoup de chemin à faire s’il on en croit les enfants obligés de mendier pour manger.

Donc je me fais une mini parano sur le chemin du retour en épiant derrière moi un éventuel suiveur à la mine patibulaire qui viendrait nous braquer une arme sur la tempe pour réquisitionner notre sac…(ils vous mettent de ces idées en tête les guides !). Je n’ai vu personne évidemment à part de petites mamies qui se pressaient pour arriver à l’heure à la messe…et encore des joggers !

A 9H nous sommes déjà dans le bus qui nous conduit à Parati sur la Costa Verde : quelle énergie en vacances ! Dire qu’à cette heure-ci nous sommes encore sur le chemin du bureau en temps normal !

La Costa Verde n’a pas volé son nom. C’est effectivement très vert ! Et rouge (les briques sur les toits), jaune pâle (le sable), bleu (la mer)…un véritable arc-en-ciel sur terre. Vous voyez la baie des pirates dans Peter Pan ? Et bien c’est ça : imaginez une succession de collines envahies par la végétation tropicale, dont les pieds tombent dans la mer. Parsemez de petites îles plantées de cocotiers et bordées de sable ça et là…vous voyez le tableau ! Je m’attendais presque à voir un galion apparaître au détour d’une île !

Mercredi 21/09/2005 : un petit coin de Parati

Nous n’avons pas d’objectif très ambitieux aujourd’hui. Hier en fin de journée nous avons erré dans les rues pavées de Parati et avons découvert son centre historique dont les maisons d’architecture coloniale on été préservées. Les pousadas (hôtels) qui fleurissent ici arrosés par les touristes, creusent d’ailleurs cette veine. Les poutres au plafond, les parquets en bois, les embrasures de portes et de fenêtres peintes de couleurs vives, la décoration de style colonial…la ville toute entière est une machine à remonter le temps, magnifiée dès que la nuit tombe grâce aux éclairages doux qui font ressortir la beauté de la pierre et des gros pavés irréguliers.

Paraty a connu son heure de gloire aux 17è et 18è siècles lorsque son port servait à exporter l’or en provenance du Minas Gerais à destination du Portugal. Aujourd’hui c’est une des stations balnéaires les plus prisées de la côte brésilienne.

Par chance nous arrivons bien avant novembre, qui marque le début de la saison touristique. Nous pouvons donc remplir en toute quiétude l’objectif modeste que nous nous sommes fixés pour la journée : découvrir les plages des environs. Il est en effet impossible de se baigner dans Parati à moins d’avoir une affection particulière pour le carburant : c’est un port ! Joli, mais un port tout de même…

Heureusement, les plages du Pontal et de la Jabaquara sont accessibles à pied et offrent une vue dégagée sur la baie parsemée d’îlots boisés. De jolies barques de pêcheurs multicolores et profilées ajoutent une note encore plus typique. Des parasols en feuille de palmiers abritant de petits tabourets en rondins de bois finissent ce charmant tableau.

Dans un lieu en accord avec tous les clichés du petit coin de paradis, autant jouer la carte touristique à fond. J’ai donc commandé une caïpirina, un cocktail à base de citron vert, de sucre et de cachaça. La cachaça est une liqueur de sucre de canne dont le nom de Parati est devenu un synonyme tant sa cachaça était reconnue dans le temps.

Je crois que c’était exactement la boisson adaptée à la saveur des lieux : beaucoup de degrés, une douceur sucrée et le picotement des citrons verts pour vous donner un sursaut de dynamisme de temps à autre. Oh ! Pas trop ! Juste ce qu’il faut pour vous donner la force d’aller vérifier si l’eau est toujours aussi chaude...

Jeudi 22/09/2005 : vamos a la Praia

Aujourd’hui encore nous allons à la Praia, plus précisément aux plages de Trindade : Praia Brava et Praia Do Meio.

Pour atteindre cet endroit isolé, nous empruntons le bus local qui longe la forêt tropicale pendant près d’une demi-heure. Nous arrivons au bon moment pour la découvrir sous son meilleur jour. En effet, le printemps arrive ici en septembre et la flore de la forêt tropicale montre toute son exubérance, regorgeant de vie et de couleurs. Bromélias, orchidées, bégonias, bananiers, palmiers, cocotiers, nous prenons un bain de chlorophylle avant le bain de mer.

Le bus nous dépose dans le village de Trindade où quelques échoppes et quelques pousadas accueillent les rares touristes qui arrivent jusque-là à cette période de l’année. Nous sommes en basse saison et il est vrai que le vent continu est encore un peu frais. D’autant plus que le soleil a du mal à se débarrasser des nuages.
Au moins nous avons de l’espace ! Moins de 10 personnes se partagent la baie. Allongés sur des transats, nous sirotons un juco mixto : un mélange de 3 fruits au choix dont on vous extrait le jus. Je choisis abacaxi, laranja et limaõ : extra !

Une italienne rencontrée un peu plus tôt à l’hôtel est là aussi, emmitouflée dans son paréo pour se protéger du vent. Au petit déjeuner elle nous a appris qu’elle loue sa maison à Turin pour voyager grâce aux loyers versés : pas bête !
Sur la plage un jeune chilien originaire de San Pedro de Atacama tente de nous vendre des bracelets et des colliers artisanaux. Nous engageons la conversation. Il nous explique alors qu’il fabrique et vend ces bijoux pour payer ses pérégrinations en Amérique du Sud. C’est un voyageur, comme nous et l’italienne. Chacun trouve son financement à sa façon, en fonction du pays d’où il vient.

Sur la dune que nous traversons pour atteindre une plage plus abritée du vent, nous remarquons d’ailleurs plusieurs tentes autour de campements de fortune. L’un tente de faire chauffer de l’eau sur un feu soumis aux quatre vents tandis que l’autre met la touche finale à un bracelet qu’il ira vendre aux touristes plus tard. Nous croisons d’ailleurs deux filles très baba cool sur la plage, exhibant leurs créations aux clients attablés au bar de la plage. La vente de bijoux est un vrai sport national dans le coin !
Le surf en est un autre. Plus l’après-midi avance, plus les vagues sont prises d’assaut par les « bébé surfers » : aucun ne fait plus d’1m50 et n’a plus de 13 ans. Mais ils sont déjà forts ! L’école doit fermer tôt ici, et les adultes sont au travail…les ados en profitent pour investir les lieux : ce week-end il faudra partager avec Papa !

Vendredi 23/09/2005

Nous décidons de repousser notre départ pour São Paulo d’une journée.
Quel bonheur d’avoir tout notre temps, nous qui courons toujours après d’habitude, lorsque nous tentons de découvrir un pays entier en un mois. Des souvenirs d’Afrique du Sud me reviennent où nous refaisions notre sac chaque jour pour passer à l’étape suivante…je ne regrette pas, loin de là ! Ces vacances resteront inoubliables. Mais aujourd’hui le temps n’a plus autant d’importance : nous avons un an devant nous ! Alors qu’est-ce qu’une journée ?

Nous faisons honneur une fois de plus au petit déjeuner de roi mis en place avec empressement par Betinho de la pousada Vieira. Ce charmant vieil homme se plie en quatre pour plaire à ses hôtes et se maudit haut et fort en levant les bras au ciel pour avoir simplement oublié de mettre le queso (fromage) sur la table ! « Tranquil, tranquil Betinho !» comme ils disent ici en levant le pouce pour marquer leur approbation, contentement, satisfaction, que sais-je ! Ils ont tout le temps le pouce levé et le sourire aux lèvres.

Pendant que Seb trie et retravaille ses photos, je décide de me rendre à la Casa da Cultura afin d’en apprendre un peu plus les habitants de Paraty. Je suis particulièrement intéressée par la découverte des traditions des premiers habitants des lieux : les indiens guaianas. Je n’y ai malheureusement pas trouvé ce que je cherchais. En effet, au cours des 16è et 17è siècles, beaucoup d’indiens guaianas furent exterminés par leur contact avec les européens qui avaient apporté des maladies contre lesquelles les indiens n’avaient pas développé d’anticorps. Les guerres et l’esclavage ont fini de les décimer et on en connaît par conséquent très peu sur eux.

Le musée comporte tout de même quelques pièces artisanales d’autres tribus des environs : une coiffe en plumes des Kaijapo qui vivent encore dans le parc national Xingu, des bracelets en plume des Rikbaktsa, des colliers en plumes des wai wai et quelques photos de représentants de la tribu X Krin. Oui, ils sont spécialisés dans les plumes apparemment…

Pour l’essentiel, la Casa da Cultura présente l’histoire de la ville de Paraty et de ses habitants, ainsi que les étapes de sa construction. Vous y trouvez des informations sur la création de la ville et le pavage du chemin de l’or par les esclaves noirs astreints à ces travaux par les colons portugais au 18è siècle.

Les habitants actuels de Paraty y racontent également leur histoire personnelle dans de petits films retransmis sur un mur de télévisions. Vous y découvrirez par exemple Didier Lavialle, antiquaire originaire de Paris, installé à Paraty en 1994 et maintenant propriétaire d’un restaurant à Paraty. Ou encore Fernanda Viana Barboser, une jeune femme de 19 ans, descendante d’esclaves noirs, qui fait de la salade de fruits et la vend aux restaurants de la ville.

Pour finir j’y ai appris que le nom de Paraty vient du mot « Paratii » de l’indien « Tupi » qui signifie « Poisson blanc ». Très poétique !

Samedi 24/09/2005

Nous avons eu notre content de plages paradisiaques, nous décidons de nous enfoncer dans la forêt tropicale du Pantanal. Une très longue route nous attend pour y parvenir. Nous prenons des forces en savourant le petit déjeuner de Betinho, le propriétaire de la pousada, qui apprend avec un soulagement non dissimulé que nous ne sommes pas argentins. Les yeux marron et cheveux noirs de Seb l’avaient induit en erreur. Or il existe une pomme de discorde entre Betinho et les argentins : le football ! Malgré les 5 étoiles brésiliennes, certains matchs lui restent en travers de la gorge…
Il n’a heureusement pas poursuivi la conversation sur la coupe du monde 98… C’est donc avec de solides poignées de main que nous nous quittons.

9h30 : je remplis les formulaires nécessaires pour monter dans le bus pendant que Seb tente de comprendre ce qu’un brésilien lui demande : « Ah, un crayon ! Bien sûr, en voici un ». Mais après quelques minutes de discussion sur le mode « mes mains ont la parole », Seb se rend compte que l’homme, analphabète, lui demande en fait de bien vouloir remplir le formulaire à sa place. « OK Senõr, tudo bem ». Finalement nous sommes assez forts en brésilien …

11h30 : cela fait déjà deux heures que nous longeons la Costa Verde avec sa ribambelle de plages et de collines verdoyantes. Nous nous enfonçons maintenant dans les terres et mettons le cap sur Saõ Paulo, que nous atteignons après 6 heures de route. Mais notre chemin ne s’arrête pas là. Saõ Paulo est une mégapole qui dispose de peu d’attraits touristiques. D’ailleurs les faubourgs grisâtres que nous traversons nous donnent envie de repartir au plus vite. Bonne nouvelle : un car pour Cuiaba, la capitale du Mato Grosso, part à 16h30. Nous nous précipitons. Nous transbahutons nos gros sacs d’un car à l’autre et c’est reparti pour 26 longues heures de car et non 13 comme le Lonely Planet l’indiquait ! Nous nous apercevons de l’erreur avec stupéfaction lorsqu’au bout de 13 heures nous demandons si nous sommes bientôt arrivés à Cuiaba.
« No, 10 horas mas »… !? Pardon !? Comment le Lonely a t’il pu se tromper de 10 heures ? Peut être avons-nous pris le bus « ramassage scolaire » au lieu de l’express ? Il est vrai qu’il s’arrête dans chaque bled que nous croisons…
Il n’y a qu’une seule chose à faire, le prendre avec philosophie. Et comme je m’en faisais la réflexion hier : nous avons le temps.



Fort heureusement pour notre dos, les cars brésiliens disposent de tout le confort nécessaire pour un long trajet. Vous avez un bon espace pour les jambes et les sièges sont presque inclinables à l’horizontale. Ils n’ont vraiment rien à voir avec les essoreuses boliviennes dans lesquelles une nuit se transforme en spéciale du Dakar !

Nous trouvons donc le sommeil tranquillement bercés par le ronronnement du moteur et le léger tangage de la carlingue.

Dimanche 25/09/2005

Les plaines d’herbe sèche et jaune succèdent aux champs de terre rouge et aux pâturages où les vaches et les chevaux broutent entre les innombrables fourmilières. Nous laissons derrière nous une myriade de villages perdus dans la pampa, envahis par une poussière rouge omniprésente provenant de la piste. Tout en est recouvert : les toits des maisons, les voitures, les bâches des camions et même les chiens à force de se rouler par terre.
Nous marquons un arrêt déjeuner à Rondonopolis, une ville entièrement dédiée à l’agriculture et à la vente de matériel agricole. On se croirait au salon de l’agriculture version brésilienne avec cet étalage de Massey Ferguson, John Deer, de machines à creuser les sillons et à asperger l’engrais.

Nous reprenons notre route au milieu de nulle part. Bien que nous ayons tout notre temps, nous avons hâte d’arriver. Au bout d’une trentaine d’heures de bus nous en avons plein le dos !

A 18h45 nous posons enfin le pied sur notre terre promise : Cuiaba, le point de départ de notre excursion dans le Pantanal !

Lundi 26/09/2005

Nous sommes à Cuiaba, la capitale du Mato Grosso. Après notre interminable traversée du Brésil, nous avons échoué dans la pousada Ecoverde, une petite auberge modeste tenue par Joaõ. C’est une très bonne pioche car nous y faisons la connaissance d’Elodie et Julien, deux jeunes professeurs français fraîchement débarqués à Cuiaba, première étape…de leur tour du monde d’un an pour eux aussi ! Serait-ce contagieux ?
Le courant passe tout de suite entre nous et nous décidons d’unir nos forces pour négocier au mieux le prix de notre expédition dans le Pantanal. Après quelques comparaisons de prix entre la location d’une voiture et la négociation d’un tour avec guide dans le Pantanal, nous optons pour la seconde solution.



Mardi 27/09/2005

Nous levons le camp à 7 heures. Luiz, notre guide, nous accueille dans le minivan Volkswagen qui nous conduit au Pantanal, plus précisément sur la Transpantaneira, la piste qui traverse la réserve écologique et de laquelle il est possible d’observer beaucoup d’animaux.
Pour l’atteindre, nous rallions Poconé, une ville dans laquelle la dernière ruée vers l’or ne date que d’il y a 20 ans. Cette ville localisée à 150 kilomètres de Cuiaba ne vit pas que de son or. L’autre activité principale est l’élevage de bétail.
Cuiaba et Poconé sont enclavées dans le Brésil (nous en savons quelque chose) ce qui rend l’exportation de bétail difficile.
Dans les années 70, Campo Grande, une autre ville importante du Mato Grosso et dotée de grands axes routiers, a demandé à devenir la capitale de la région en raison de sa position avantageuse.
Cuiaba, pour contrer cet évincement, a décidé de construire une route jusqu’à Campo Grande pour s’ouvrir au monde extérieur. Cette route était la Transpantaneira.
Craignant de ne pas obtenir le statut de capitale du Mato Grosso, Campo Grande a contre-attaqué avec des arguments écologiques, arguant que la route détruirait un écosystème fragile. La route n’a donc jamais été achevée. C’est maintenant une piste utilisée par les fermiers et les touristes qui viennent à la rencontre de cet écosystème incroyable.

A peine entrés sur la Transpantaneira, nous découvrons une nursery de caïmans. Une cinquantaine de bébés se dorent au soleil sous l’œil attentif de leur mère…de vraies mères poule ces mamans caïmans !

Après le franchissement de quelques ponts élaborés à partir d’un agencement incertain de planches disjointes, nous découvrons une ribambelle de jacarés (caïmans) adultes, la gueule ouverte, lézardant au bord de l’eau.
Puis notre regard est attiré par un couple de Toucans, un magnifique oiseau bleu, des aigrettes neigeuses et une buse rousse à tête blanche.

Un caïpibara, le plus gros rongeur d’Amérique du Sud, de la taille d’un cochon, traverse la route en courant juste devant la voiture. Quelle que soit la direction dans laquelle nous regardons, nous apercevons un oiseau différent : un jabiru d’un mètre 50, un ibis…c’est une véritable volière !

Après le déjeuner, Luiz, notre guide, nous propose une randonnée dans la forêt.
Nous partons donc à la découverte de la faune et de la flore locales, le pantalon enfoncé dans les chaussettes pour ne pas tenter les tiques. Luiz passe devant et nous fraie un chemin à la machette lorsque la végétation se fait trop dense. 20 minutes après le départ nous suons déjà à grosses gouttes, il fait tellement chaud et humide ! Un sauna en plein air…quel luxe !
Sur le chemin, Luiz nous montre les termitières et nous explique les propriétés médicinales des plantes que nous dépassons. Quelques mètres plus loin il saisit un branchage et l’introduit dans un petit trou. Nous attendons en nous demandant ce qu’il espère faire sortir de ce trou. La réponse ne se fait pas attendre longtemps. En effet, une énorme araignée en surgit. Une belle bête noire et rouge de la taille d’une main, velue à souhait ! Il faudra penser à vérifier les draps avant de se coucher ! Nous rentrons au bout de 3 heures, exténués et dégoulinants sous un ciel flamboyant annonciateur d’une belle journée pour le lendemain.

Mercredi 28/09/2005

6 heures, nous avons déjà revêtu notre accoutrement anti-moustiques et anti-tiques : manches longues et pantalon dans les chaussettes pour tout le monde. Nous suivons Luiz pour une promenade en forêt. La douce luminosité matinale rend les abords de la rivière que nous longeons encore plus magnifiques. Luiz marque un temps d’arrêt devant un tronc d’arbre envahi de grosses fourmis rouges et nous invite à vérifier que les piqûres de ces « fourmis de feu » ressemblent à des brûlures de cigarette. Personne ne se laisse tenter…soudain nous l’entendons émettre un son de gorge bizarre. Nous comprenons qu’il appelle la troupe de loutres géantes chassant du côté opposé de la rivière. Elles s’approchent suffisamment pour que nous prenions toute la mesure de leur taille impressionnante, tout ceci avec en fond sonore les grognements sourds des singes hurleurs.
Au bout de 2 heures nous retrouvons le camp, accueillis par une envolée de perruches vertes.

Un solide petit déjeuner composé entre autre de jus de pastèque et de jus de mangue délicieux nous attend. Bien requinqués, nous enfourchons des canassons pour 3 heures de balade tranquille en forêt.
Peu habitués aux chevaux, nous découvrons le charme des promenades équestres et tentons même quelques galops. La position n’est pas très académique, le style n’est pas encore là, mais nous nous amusons comme des fous.

Les chevaux dédiés aux touristes sont en pré retraite. Ils ne sont plus assez rapides pour rassembler le bétail et se sont reconvertis dans le tourisme. Autant dire que nous ne risquons pas qu’un étalon fougueux s’emballe. Certains ressemblent même plus à des mules qu’à des chevaux.

Vers 11 heures nous reprenons la fourgonnette en direction d’un nouveau lodge encore un peu plus enfoncé dans le Pantanal. Tout à coup, le chauffeur freine brusquement et Luiz nous fait signe de regarder dans un grand arbre sur notre gauche : papa et maman capucins promènent bébé sur leur dos !

Ce second lodge borde une large rivière infestée de caïmans et de piranhas. A peine arrivés, un jeune homme du lodge propose à Seb d’essayer et lui montre la technique : lancer l’appât au bout de la ligne puis remonter le tout sur la berge d’un coup sec et rapide dès qu’on sent que ça mord. Et en général ça mord en moins d’une minute !

Seb a bien appris sa leçon et quelques minutes plus tard un premier piranha mord à la ligne mais Seb a le coup de poignet un peu trop viril. Le piranha est violemment éjecté de l’eau et se transforme aussitôt en poisson volant. Au lieu d’atterrir sur la berge, il la survole en un millième de secondes tout comme le muret la séparant du jardin. Il aurait directement échoué dans la cuisine si le tronc d’un arbre n’avait pas brutalement interrompu sa course folle…Au moins il n’aura pas souffert !...enfin pas trop !
C’est une chance que personne ne se soit trouvé sur sa trajectoire ! Une mâchoire de piranhas imprimée sur le front, ça ne fait pas envie…

Kazayuki, un japonais intégré à notre groupe ne fait pas dans le détail non plus. Le caïman a-t-il dévoré le piranha captif ou s’est-il jeté directement sur l’appât ? Toujours est-il que c’est un caïman qu’il tire au bout de sa ligne ! Il se retrouve alors coincé entre le caïman et le muret…heureusement pour lui le caïman est craintif et fuit, apeuré par les grands gestes et le bruit des spectateurs hilares. Kazayuki mérite bien son petit paragraphe car il nous a bien fait rire tout au long du séjour. Un peu lunaire, il s’est également mis en tête de pêcher les oiseaux qui se restaurent dans la mangeoire à graines…un macaroni en guise d’appât ! Heureusement ce fut un échec ! Je n’ose imaginer la tête des cuisiniers du lodge s’il était revenu avec une buse accrochée à sa ligne …

Pour nous remettre de nos émotions, Luiz nous invite à prendre place dans une barque. Nous allons livrer notre poisson frais à domicile…

Un caïman ainsi que deux buses se jettent sur le présent que nous leur tendons. Notre ballade est également l’occasion d’observer de petits toucans, des martins pêcheurs, des « Honoré rayés » etc

Mais les réjouissances de la journée sont loin d’être terminées. Une sortie de nuit est prévue en voiture mais la fourgonnette s’est embourbée à 2 kilomètres du lodge. Nous ne voulons pas nous avouer vaincus. Notre groupe rejoint donc le véhicule à pied à la lueur des lampes de poche puis nous tentons de dégager la voiture en glissant des branches feuillues sous les roues. Ce n’est que peine perdue. Tout ce que nous gagnons est un bain de boue et la découverte d’un raton laveur en plein dîner. Nous sommes déçus…

Au bout de deux heures et de quatre kilomètres de marche dans les flaques de boue, nous rentrons au lodge. Au retour, nous sympathisons avec Joeo, le jeune aide de camp du lodge, venu nous prêter main forte. Nous nous désaltérons puis il montre à Seb comment nourrir les caïmans en les attirant sur la berge avec un ramasse feuilles.

Vers une heure du matin, nous regagnons enfin nos pénates. Encore une bonne journée !

Jeudi 29/09/2005

Nous faisons la grasse matinée ce matin : le lever du corps n’a lieu qu’à 6h30 ! Hier à cette heure nous étions déjà dans les bois en train de crapahuter.

Nous passons la matinée à cheval dans des sous-bois beaucoup plus feuillus que la veille. Nous trottons sous des tunnels de palmiers puis dans les herbes hautes, galopons sur les chemins de terre : quelle belle balade !

Nous avons apprécié car nous avions la tenue adéquate : le moins possible de peau à l’air libre. Mais Kazayuki, notre japonais farfelu est venu en bermudas (C’est par où la plage ?)! La promenade s’est vite transformée en galère pour lui. Après leur rencontre avec les branchages épineux, les moustiques et les tiques, ses jambes étaient recouvertes de piqûres et de griffures ! Nous avions simplement les Tshirt déchirés mais lui, le pauvre, devait souffrir le martyre.

Il fait extrêmement chaud aujourd’hui. Le thermomètre indique 40°C dans notre chambre ombragée alors que le ventilateur tourne à plein régime ! Un tour en barque rafraîchissant est prévu l’après-midi. Mais le ciel se couvre graduellement et notre mini croisière à la rencontre des animaux du rivage avorte rapidement lorsqu’un orage éclate. Nous avons juste le temps d’observer une famille de caïpibaras en plein repas, un cormoran « cou de serpent », une buse et une aigrette. Puis la pluie nous chasse et nous rentrons au lodge admirer l’orage qui zèbre le ciel et nous entoure.

Au crépuscule, nous montons dans le mini van pour une virée de nuit sur le chemin qui nous ramène à Cuiaba. Pourvu que les trombes d’eau n’embourbent pas à nouveau notre camionnette ! Il y aurait comme un goût de déjà vu….

Grâce à un gros projecteur nous éclairons les abords de la route et nous scrutons de tous les côtés à l’affût d’yeux réfléchissant la lumière. Soudain, une vaste étendue de points rouges se présente à nous. Ce sont les centaines de caïmans rassemblés dans les marais, qui nous regardent passer. C’est impressionnant !
A ce moment précis le van franchit un de ces ponts de bois précaires et nous prions pour qu’il tienne le choc.

Vendredi 30/09/2005

Escale technique + lessivage de nos vêtements pleins de boue.

Samedi 1/10/2005

Il est 7H30 lorsque notre bus quitte Cuiaba pour le parc national de Chapada dos Guimarães. Nous sommes avec Elodie et Julien, deux jeunes français en année sabbatique avec qui nous faisons un bout de chemin depuis une semaine.
Roland, un suisse d’une petite soixantaine d’années est également dans le bus. Il était avec nous dans le Pantanal mais est très solitaire. Il voyage depuis 45 ans et a sillonné les quatre coins du monde. Déçu par l’humanité et voulant garder sa liberté à tout prix, il n’a jamais trouvé l’endroit idéal pour poser ses valises. Ce sosie de Captain Cook aux longs cheveux et à la barbe blanche se joint au mini groupe formé par Elodie, Julien, Seb et moi pour partager les services de Bruno, le brésilien qui nous serte de guide dans notre randonnée au sein du parc de Chapada dos Guimarães.

A 10H30 le soleil nous écrase déjà sous ses rayons brûlants. Nous marchons en file indienne sur un petit sentier bordé d’herbes sèches. Nous accédons enfin à un sous-bois dont les arbres nous procurent un semblant de fraîcheur puis, ô bonheur, nous débouchons sur une piscine naturelle surplombée par une cascade de 5 à 6 mètres.

Nous nous dépêchons de nous dévêtir et nous sautons depuis la cascade, dans la piscine en contrebas. La fraîcheur nous envahit, nous revivons ! On se croirait dans la pub pour Hollywood chewing-gum !
Quelques sauts et barbotements plus tard, au moment de me revêtir, je m’entoure de mon paréo afin de me sécher légèrement, quand soudain, je ressens des piqûres sur les jambes : le paréo avait été investi par les fourmis rouges ! Je laisse tomber le paréo et me jette à nouveau à l’eau, le seul moyen de me débarrasser de ces maudites bestioles…ouf, ça soulage. Heureusement, ce n’étaient pas des fourmis de feu !
Après cette rencontre avec le monde des fourmis, je rejoins le groupe prêt à repartir.

Nous passons ainsi l’après-midi à descendre et escalader des sentiers envahis par les lianes et les branchages et découvrons les cascades du parc les unes après les autres. C’est fabuleux !

Vers 16H nous changeons d’endroit et roulons vers une autre partie du parc, plus aride mais offrant un point de vue sur toute la vallée.

La région de Chapada dos Guimarães est située sur une des failles tectoniques les plus anciennes du continent. Elle était couverte de glace il y a 500 million d’années. 200 million d’années plus tard, la mer la recouvrait. Suite à la formation de la cordillère des Andes, la région du Pantanal s’est abaissée et le Chapada s’est élevé. Aujourd’hui le paysage est constitué de gigantesques montagnes de roche rouge, abritant des cavernes et formant des canyons.

Au terme d’une demi heure de piste, nous stoppons devant un gigantesque canyon : une vaste forêt verte surplombée de formations rocheuses flamboyantes au soleil couchant. Nous sommes ébahis devant tant de splendeur.
Nous nous asseyons et nous laissons envahir par la sérénité des lieux…

Parcours Bresil

Voici notre parcours au Bresil. Pour voir la carte en grand format cliquez dessus, vous arriverez sur le site du Routard. Cliquez une seconde fois sur leur carte et vous la verrez en pleine page.