dimanche 20 novembre 2005
Carnet de voyage Chili
Par Jézabel, dimanche 20 novembre 2005 à 21:05 :: Carnet Chili (Nov 05)
Lundi 24/10/2005

Nous avons dormi dans la ville de Talca hier soir et reprenons la Panamericana aujourd’hui en direction de Pucon, à l’entrée de la région des lacs. Cette zone est une des plus belles du Chili : nous allons voir cela !
La « deux voies » goudronnée est bien lisse et notre bus hyper confortable file vers le Sud. Nous dépassons des champs bien verts séparés par des talus surmontés de genêts dorés, de chênes, de pins et de bouleaux. Les boutons d’or et la luzerne envahissent les prés. Le ciel bleu est parsemé de nuages blanc éclatants, bordés de gris. Si nous ne voyions pas les petites maisons de bois colorées et la montagne au loin sur notre gauche nous pourrions par moments nous croire en France.
Nous arrivons enfin au terme de notre long voyage. Nous contournons le « Lago Villarica » long de plusieurs kilomètres et bordé de chalets en bois. Le volcan « Villarica » dont la partie supérieure est encore bien enneigée, domine le lac. Le sommet est entouré d’une corolle nuageuse et le soleil couchant donne au ciel et à la neige une luminosité et des couleurs somptueuses…nous fondons de bonheur : c’est exactement l’endroit dont nous rêvions !
Mardi 25/10/2005
Nous profitons de la fin de l’après-midi pour marcher au bord du lac Villarica. L’air est bien frais et le vent nous fouette le visage. Nous n’y sommes plus habitués après le Brésil et l’Argentine. Les chiens et les canards occupent le territoire mais à part eux nous sommes seuls. Nous repérons les lieux de nos prochaines escapades.
Mercredi 26/10/2005
Nous montons à bord d’un mini van en direction du nord de Pucon, vers l’ « Ojos del Caburgua ». Nous demandons au chauffeur de nous laisser au bord de la route : nous avons 5 km de marche à faire sur un sentier à partir de là, avant d’arriver au lieu-dit où nous devrions trouver des chutes d’eau.
Du chemin que nous empruntons, nous apercevons la forêt sur les hauteurs et les montagnes aux sommets enneigés. Nous devinons quelques chalets par-ci par-là, dont la fumée qui s’échappe de la cheminée trahit la présence. Puis nous débouchons sur une prairie investie par les moutons et les vaches qui déambulent autour d’arbres fruitiers en fleurs. Nous entendons déjà les chutes murmurer en contrebas. Deux cascades font face à une troisième et l’eau en provenant se rassemble dans un grand bassin bouillonnant encadré par un arc en ciel.
Elles sont minuscules comparées aux chutes d’Iguaçu et n’ont pas leur puissante majesté, mais elles sont magnifiques dans leur écrin de verdure.
Nous remontons le cours d’eau sur des passerelles en bois. L’eau est tellement limpide en amont que nous pouvons voir la mousse et les gros cailloux ronds qui tapissent le fond.
Nous pique-niquons dans le verger sous le regard gourmand mais méfiant des vaches qui broutent non loin de là : l’herbe a l’air plus verte près nous de nous mais non, décidément, nous avons l’air trop menaçants ;-)
Nous reprenons le chemin caillouteux en direction de « Salto Carileufu » où de nouvelles cascades nous attendent. 3 km plus loin nous sommes perdus…nous trouvons une maison isolée et y demandons notre chemin : demi tour, nous avons dépassé l’embranchement ! Nous arrivons enfin devant le torrent le long duquel se trouve un magnifique chalet en bois blond qui fait office d’hôtel-restaurant. Après un détour jusqu’au cours d’eau, nous revenons frapper à la porte à tout hasard. Il n’a pas l’air ouvert mais nous tentons tout de même notre chance car il fait froid et un bon café chaud nous ferait le plus grand bien !
La chance est avec nous : un grand père à barbe blanche, qui ferait un père noël tout à fait respectable avec un bonnet rouge, nous accueille et nous fait entrer dans le salon où un bon feu de bois brûle dans la cheminée. De grandes baies vitrées offrent une vue imprenable sur le torrent et sur les montagnes. Nous posons les pieds sur le solide parquet entouré de demi rondins de pin qui composent les murs, et nous installons sur le canapé moelleux face à l’âtre. Grand père nous propose alors du bon chocolat chaud légèrement parfumé au kirsch, du café et de l’Apfel Strüdel à la crème, au raisin et aux noix, saupoudré de cannelle : je craque !
Et oui, comme beaucoup d’habitants des environs le propriétaire a des origines allemandes et autrichiennes et réussit l’Apfel Strüdel à merveille.
Il nous explique que son grand père est arrivé au Chili en 1920, avec seulement un sac sur le dos. Un jour, dans un train, il a rencontré un habitant de Pucon qui lui a vanté la beauté du lac Villarica et ce pionnier est venu s’y installer et y a fondé une famille. Ebeniste maritime, il a construit plusieurs bateaux qui ont navigué sur le lac et dont son petit fils, maintenant grand père, expose fièrement les clichés.
Nous avons bien du mal à nous extirper du canapé mais il faut bien sortir de notre cocon douillet pour retourner prendre le bus pour Pucon à 6 km de là. Nous rebroussons donc chemin en humant la bonne odeur des feux de cheminée qui embaument l’air sec et retournons dans notre petit hôtel.
Nous avons l’intention de visiter le Parc National Huerquehue demain. Il nous faut une voiture, nous en louons donc une ce soir pour être prêts aux premières heures. Notre espagnol est tellement approximatif que le loueur se croit obligé de nous répéter 10 fois que c’est une voiture à Essence. Lui est tellement speed que nous nous demandons s’il ne carbure pas aux amphétamines…
La région est truffée de sources d’eau chaude et nous apprenons que les « Termas Los Pozones » à 35 Km de Pucon sont ouvertes jusque très tard dans la nuit. Il n’est que 21H30, nous avons encore le temps. Nous embarquons quelques victuailles dans notre petite Fiat Uno et roulons droit vers les thermes.
Nous passons la soirée dans une des quatre piscines naturelles entourées de rochers, dans laquelle l’eau est aux alentours de 40°C. Dehors il fait facilement 35°C de moins mais dans l’eau c’est le bonheur ! Il est minuit, les lieux sont déserts, nous entendons simplement le rugissement du torrent à quelques mètres de là et nous nous laissons flotter tranquillement dans cette eau délicieuse…mais au moment d’en sortir c’est une autre histoire ! Pas de vestiaire chauffé ici : nous sommes dans des thermes 100% naturelles ! Nous repoussons autant que possible le moment fatidique mais à une heure du matin il est temps de rentrer…nous faisons donc un mime très réussi de Michel Blanc dans « Les bronzés font du ski » : ETOILE DES NEIGES !!!
Jeudi 27/10/2005
Nous arrivons au Parc National Huerquehue après près d’une heure de route dont 10 kilomètres de piste…les nids de poule sont si profonds que nous croyons avoir perdu le bas de caisse plus d’une fois !
Nous avons l’ambition de grimper jusqu’au sommet de la montagne à 1 200 mètres afin d’y admirer les trois lacs du parc : Chico, Toro et Verde. D’ici là nous avons 500 mètres de dénivelé positif sans compter les incartades jusqu’aux chutes d’eau qui nous incitent à descendre les voir. Le problème c’est qu’il faut remonter le sentier ensuite…
Le chemin n’est pas facile, de nombreux arbres sont tombés et nous obligent à les enjamber, les racines glissantes affleurent partout et certains passages se sont transformés en bains de boue lors des dernières pluies…mais nous montons tout de même tant bien que mal. Alors que le sommet approche, la neige entre en jeu. Nous tentons de ne pas glisser sur les plaques restant depuis l’hiver dernier et remontons notre col pour nous protéger de la neige fraîche qui nous tombe dessus !
Nous atteignons le sommet après 5 heures de grimpette, bien fatigués. Nous longeons les lacs tant attendus, effectivement très beaux, puis replongeons dans la forêt. La descente est bien plus facile ;-) Nous prenons plus le temps d’admirer les immenses arbres droits de 20 à 30 mètres de haut, caractéristiques du Chili et humons l’air qui exhale une odeur de bois humide, de terre et de champignon.
Sur le retour nous croisons quelques marcheurs tardifs qui s’élancent eux aussi à l’assaut de la montagne et admirons d’un air amusé leurs jolies Nike toutes propres : le baptême n’est pas bien loin ;-)
Vendredi 28/10/2005
Nous transitons en bus depuis Pucon vers Puerto Varas, un village sur le bord du lac « Llanquihue ». Nous arrivons le jour de la fête du village où une course de natation est organisée dans le lac dont la température de l’eau ne doit même pas atteindre les 10°C : il faut être un peu fou pour s’y risquer !
Notre « Lonely Planet » nous indique que Puerto Varas jouit d’une magnifique vue sur le volcan Osorno. Mais aujourd’hui nous bénéficions d’une magnifique vue sur les nuages…et avec plus de 200 jours de pluie par an, on ne doit pas le voir très souvent !
Samedi 29/10/2005
Aujourd’hui nous voulons grimper sur le volcan Osorno. Nous devons prendre un minibus jusqu’à le village d’Ensenada puis marcher entre 2 et 6 kilomètres pour atteindre les pieds du volcan. Cette approximation kilométrique est une moyenne de tous les kilométrages qui nous ont été annoncés par l’office de tourisme, les chauffeurs de bus…personne n’est d’accord ! A Ensenada nous nous renseignons auprès du Conaf, l’organisme qui gère les parcs et forêts. Ils nous montrent sur une carte14 Km de route goudronnée avant d’atteindre le volcan ! 14 Km sur une route goudronnée ça nous refroidit un peu. Nous préférons nous rabattre sur un sentier pédestre plus proche, le « Sentero Soltero » à 4 Km de là.
Nous arrivons enfin sur le petit sentier. Nous voyons bien que nous sommes à proximité d’un volcan car le chemin est entièrement recouvert d’éboulis de pierre volcanique. D’ailleurs, quelques kilomètres plus loin nous débouchons sur le lit d’un large torrent asséché entièrement composé de ces pierres et de sable gris noir. Nous avons l’impression de marcher sur la lune !
Par contre, à partir de là le sentier n’est plus indiqué et la forêt continue de l’autre côté du torrent. Nous décidons de descendre le lit jonché de pierres, il croisera bien une route ou aboutira à un village quelque part !
Nous contemplons le volcan Osorno recouvert de neige qui pointe son nez à travers les nuages, lui tournons le dos et entamons la descente.
Une demi heure plus tard nous apercevons des voitures sur une route qui coupe la trajectoire du torrent : retour à la civilisation ! Nous ne savons pas précisément à combien de kilomètres nous sommes d’Ensenada, notre point de départ, mais au moins nous sommes sur la bonne route !
Le cours d’eau asséché rejoint un torrent bien gonflé et bien vif : le Rio Petrohue. Nous avons eu bien chaud pendant cette marche, nous y descendons pour y refaire nos provisions d’eau en espérant ne pas signer là l’arrêt de mort de notre estomac !
Nous accumulons les kilomètres au compteur puis au bout d’une heure ou deux nous décidons que nous en avons assez. La route bitumée est droite, ennuyeuse, nous nous faisons régulièrement dépasser par des voitures vrombissantes, ce n’est pas très amusant. Alors nous attendons tout simplement le prochain bus ! C’est très pratique ici : il est inutile de se rendre à la station de bus. Un simple signe au chauffeur et il vous récupère ou vous arrête n’importe où !
Nous montons dans un bus qui se rend à Petrohue. C’est à l’opposé de notre port d’attache (Puerto Varas) mais le village est mignon paraît-il. Il est encore tôt, il sera bien temps de rebrousser chemin plus tard.
Nous longeons le Rio Petrohue magnifique de fureur : les eaux bleues descendent le lit du torrent de toutes leurs forces. Elles explosent en mousse blanche contre les rochers qui se trouvent sur leur chemin et foncent tête baissée vers la vallée !
Petrohue est un village minuscule situé en bordure du lac Todos Los Santos qui jouxte la frontière argentine. Le lac est entouré de montagnes et du volcan Puntiagudo : encore un ! La région compte de nombreux volcans et nous nous rendons compte avec soulagement que l’eau du Rio Petrohue est de la pure Volvic ! La visite du Pueblito nous a bien pris 15 minutes : trois maisons, un kiosque et l’arrêt de bus. L’intérêt des lieux réside bien sûr dans le côté sauvage et rafraîchissant du lac et des montagnes…
Nous regagnons donc Puerto Varas et avons la chance d’y arriver sous un ciel dégagé. Nous pouvons donc confirmer que Puerto Varas offre une magnifique vue sur le volcan Osorno :-)
Par contre, le conducteur de bus s’échauffe pendant tout le trajet pour la Friday night fever ! Il inonde nos oreilles de musique techno et de dance remixée en se trémoussant sur son siège : ce soir ça va chauffer !
Lundi 31/10/2005
Il est 9 heures, nous sommes dans le bus pour Bariloche à 7 heures de route de Puerto Varas dont une heure pour le passage des douanes chiliennes et Argentines.
Dimanche 13/11/2005
De nouveau au Chili, à Puerto Natales, nous visitons une auberge tenue par une vieille dame amoureuse des animaux empaillés. Un tatou et une sorte de loutre empaillés ornent le vieux hall d’entrée au papier défraîchi…au secours ! Nous fuyons. Dans la deuxième auberge l’odeur rance nous soulève le cœur. Lors de la visite de la salle de bain nous découvrons une colonie de cafards qui a pris ses quartiers d’été dans la douche. Nous sommes venus à la découverte de la faune patagonienne mais là faut pas pousser : nous fuyons également ! Enfin nous arrivons chez Niko’s, une auberge propre dans laquelle nous restons.
A 16 heures notre estomac nous réclame son déjeuner (oui, nous sommes un peu décalés…). C’est dimanche, nous nous offrons une dégustation de crabe royal dont les pattes sont gigantesques ! C’est délicieux mais notre crabe dormeur peut encore se reposer sur ses deux pinces. Malgré son nom, ce n’est pas le crabe royal qui le détrônera.
Lundi 14/11/2005
Nous préparons notre trek de 3 jours dans le parc Torres Del Paine dont les « Trois tours du Paine », des montagnes entre 2 600 et 2 900 mètres d’altitude, donnent leur nom au parc. Déclaré parc national en 1959 et classé « Réserve de la biosphère » par l’Unesco en 1978, le parc National Torres Del Paine est l’un des plus beaux du chili. Il compte 242 000 hectares de steppes, forêts, montagnes, lacs, cascades et glaciers et est très prisé par les amateurs de randonnée : le parc bénéficie de 18 heures de soleil par jour en été, ce qui est très pratique pour ne pas monter sa tente à la lampe torche lorsque l’étape du jour a été longue. Comme partout en Patagonie, l’eau des rivières est potable, nous ne devons donc par nous charger en eau. Mais le problème c’est le temps changeant et totalement imprévisible. Voici un dicton très répandu en Patagonie : « Je peux vous dire quel temps il faisait hier et aujourd’hui, mais pour demain, c’est impossible. »
Il peut très bien y avoir du soleil, du vent et de la neige le même jour. Ou même trois jours de pluie continue…là ce serait dur.
Nous louons une tente, deux matelas, un réchaud à gaz et achetons de la nourriture pour 3 jours : près de 5 Kg d’aliments les plus déshydratés possibles. Nous fourrons quelques vêtements chauds dans nos sacs, nos petits sacs de couchage de 600 grammes (espérons que ça suffise), une carte du parc et nous sommes fins prêts.
Mardi 15/11/2005
7h10 : nous sommes dans le bus pour l’entrée du parc Torres Del Paine à 80 Km de là. Nous plantons notre tente dans le camping « Las Torres » à l’entrée du parc. Nous faisons en sorte de porter le moins de poids possible et y laissons nos gros sacs pour la journée, nous ferons un aller-retour aujourd’hui. Nous suivons ainsi les bons conseils du randonneur de Chamonix qui a déjà fait le trek et nous a donné quelques tuyaux.
A 11H nous sommes prêts, nos grosses chaussures aux pieds, à sillonner les chemins du Torres. Nous sommes gonflés à bloc, mais je déchante vite : ça monte à pic.
Nous levons le nez vers la montagne enneigée et apercevons une avalanche ! Quelques mètres plus tard nous en voyons une deuxième ! Très impressionnant. Nous nous retournons et nous contemplons le lac dans la vallée : superbe !
Au bout de quelques heures de sentier de terre à flanc de montagne, nous arrivons dans un refuge à côté duquel nous déballons notre pique nique. Un sandwich plus tard, allez hop, pas le temps de mollir, nous reprenons la grimpette. Cette fois nous avons affaire à des rochers et il faut y aller avec les mains pour se hisser ! Ça me rappelle quelque chose…
Enfin nous arrivons aux trois tours du Paine dont les pieds baignent dans un lac vert. Je dois avouer que c’est beau, très beau. Heureusement, car nous avons tout de même gravi 1 000 mètres de dénivelé positif et descendu 150 mètres de dénivelé négatif…et nous devrons repasser tout cela en sens inverse pour regagner le campement : dur dur pour les genoux !
Nous rouvrons enfin notre tente à 19h30 après 7H30 de marche. Nous sommes rincés ! Par la randonnée et par la pluie qui s’est mise à tomber…
Mercredi 16/11/2005
Il a fait très froid la nuit dernière. Nos petits sacs ne sont pas suffisants pour supporter le froid. En plus, contrairement à Seb je suis du genre frileux.
J’ai dû mettre un deuxième pantalon, tous mes Tshirts, mon pull, emprunter la doudoune en duvet de Seb qui lui servait d’oreiller et déplier la couverture de survie avant de pouvoir m’endormir… tard, très tard, après avoir juré que je plierais bagages le lendemain matin ;-) C’était une promesse vite oubliée heureusement.
Ce matin nous avons les yeux tellement gonflés qu’on dirait deux boxeurs sortant du ring. La fatigue ? Le froid ? Une allergie ? Nous ne savons pas, mais nous avons vraiment de sales gueules…
Nous plions la tente, harnachons nos sacs sur notre dos et vers 10h30, dirigeons nos jambes courbaturées vers la deuxième étape. Nous longeons le lac Nordenskjöld dont le bleu vire au turquoise quand le soleil se montre. Il est magnifique. Il se couvre d’écume blanche lorsque les fortes rafales de vent le frappent et projette l’eau vers le rivage. On dirait de mini tornades.
La colline qui surplombe le lac est parsemée de buissons verts remplis de fleurs d’un rouge éclatant. Dès qu’une éclaircie arrive le soleil donne au panorama des couleurs tellement franches qu’on a l’impression de les voir à travers un filtre polarisant.
Le chemin monte et descend continuellement sur les 17 kilomètres du parcours mais c’est tout de même plus facile que la veille. La pluie nous refroidit de temps en temps puis le vent s’y met et enfin nous retrouvons les sous bois où nous pouvons nous abriter.
Nous arrivons au campement des italiens en fin d’après-midi, les jambes bien coupées. C’est un campement très sommaire, sous les arbres, dont le sol est en terre. Les seules constructions en dur sont les deux toilettes, et le torrent qui le borde fait office de point d’eau. De rares fous furieux tentent de s’y laver (sans savon : c’est interdit). Quand on sait qu’il fait moins de 10°C dehors et que l’eau descend directement des glaciers…je ne comprends pas. Inutile de préciser qu’au bout de 4 jours de trek la plupart des randonneurs sentent l’homme de la forêt ;-)
Nous montons notre tente et y retrouvons beaucoup de personnes croisées précédemment dont les canadiens Stew et Debbie. Ils avaient prévu de rester huit jours dans le parc et d’en faire le tour mais les gardes le déconseillent à cause des nombreuses avalanches qui rendent certains chemins dangereux. Et effectivement, pendant toute la soirée, nous entendons des bruits provenant de la montagne qui nous font d’abord penser à des avions ou à du tonnerre.
Quant à nous, nous décidons de prendre une demi journée de plus que prévu car les étapes sont longues et nos réserves de nourriture sont encore bien fournies : le soir nous sommes tellement fatigués que nous faisons juste chauffer une soupe.
Jeudi 17/11/2005
Nous avons encore nos magnifiques yeux de boxeur ce matin. Pourtant nous avons mieux dormi que la veille.
Cela fait tout juste deux mois que nous voyageons et pour fêter cela nous faisons une toute petite étape aujourd’hui : seulement 600 mètres de dénivelé le long de la « vallée des français ». Nous admirons les avalanches qui dévalent la montagne face à nous, au dessus du « glacier des français » légèrement bleuté.
Le temps est comme d’habitude : incertain. Il ne sait pas trop s’il veut pleuvoir, neiger ou laisser apparaître le soleil…Nous avons l’habitude maintenant et jouons constamment avec les fermetures éclair de nos cols et les épaisseurs de vêtements.
Lorsque nous arrivons au sommet nous sommes récompensés par une belle éclaircie qui nous laisse voir le cirque de montagnes exceptionnel qui nous entoure : la face nord des tours du paine, la Cathédrale Los Cerros, Aleta de Tiburon, Punta Catalina, la tête de l’indien, la forteresse et beaucoup d’autres encore. C’est grandiose.
Nous redescendons au campement, entourés par le big bang des avalanches et y discutons avec nos amis randonneurs. Il n’y a pas grand-chose d’autre à faire ici le soir. D’ailleurs les gens sont tellement fatigués de leur journée qu’on n’entend pas un bruit passée l’heure du dîner.
Nous discutons avec un américain dont la mini tente tubulaire nous intrigue. Il nous apprend qu’elle ne fait qu’un demi kilo, qu’elle est très pratique mais qu’il ne faut surtout pas qu’il pleuve car alors elle prend l’eau.
Vendredi 18/11/2005
Nous avons eu la nuit la pire depuis trois jours cette nuit là. Il a fait tellement froid (4°C dans la tente) que même avec mes multi couches j’ai très peu dormi et il a plu ! Un vrai déluge…
Nous avons retrouvé Ken, notre voisin américain, trempé jusqu’aux os le pauvre ! Toutes ses affaires étaient mouillées et tentaient de sécher accrochées aux arbres. Mais il avait l’air d’en avoir connu d’autres et prenait tranquillement son petit déjeuner pendant que nous pliions notre tente encore humide.
La photo de Ken le survivant est ICI
10 heures, nous prenons le chemin du retour. Je rêve d’une douche chaude, d’une auberge chauffée et d’un lit légèrement plus moelleux qu’une planche de bois. Nous n’avons que deux heures et demi de marche aujourd’hui avant d’atteindre le catamaran qui doit nous faire traverser le lac Pehoe et nous déposer à l’arrêt de bus.
Le chemin est facile, le panorama derrière nous est magnifique avec les montagnes enneigées de frais. Nous longeons le lac Skottsberg qui doit être splendide lorsque le soleil s’y reflète. Ce ne sera pas pour aujourd’hui.
Nous gravissons une colline et apercevons le catamaran en contrebas à environ ½ heure de marche. Prise d’un doute je vérifie les horaires : oups, je pensais qu’il partait à 14H et à 18H mais non ! Il part à 12H30 et 18H et il est déjà 12H ! Je n’ai pas très envie d’attendre tout l’après-midi : nous forçons le pas et finissons par courir vers le bateau prêt à appareiller. Ouf, nous sommes sur le quai : nous y sommes arrivés.
Le batelier me regarde alors avec un sourire et me dit « Sorry, completo ». Argggl ! Puis il éclate de rire, c’était une blague. Ah la la, quel humour ces chiliens ! J’éclate de rire à mon tour trop heureuse de pouvoir monter à bord. Seb me suit, encore hilare de m’avoir vue courir avec tout mon barda bringuebalant sur le dos.
La traversée en catamaran est formidable. Le soleil s’est levé et donne à l’eau une couleur bleue caraïbe ! Nous longeons l’enfilade de montagnes superbes sous le ciel bleu émaillé de nuages d’un blanc éclatant. C’est splendide : le point d’orgue de ces trois jours et demi de marche.
Samedi 19/11/2005
Nous sommes de retour à l’auberge Niko’s depuis hier après-midi. Le trek était magnifique mais très difficile, notamment à cause des conditions météorologiques. Si c’était à refaire je le referais avec un sac de couchage beaucoup plus chaud parce que la nuit c’était quand même ultime. D’ailleurs j’ai attrapé la crève…enfin rien de grave, une petite sinusite. Donc aujourd’hui nous restons au chaud et apprécions d’être rentrés hier : c’est le déluge dehors !
Les photos du trek sont ICI
Lundi 21/11/2005
Plus que 14 heures de bus avant d’arriver au bout du monde : Ushuaïa ! Nous quittons donc Puerto Natales de bonne heure et arrivons devant le détroit de Magellan avant midi.
Nous traversons ce détroit mythique dans un bateau ferry duquel nous apercevons des petits dauphins et des lions de mer qui s’amusent dans l’eau glacée.
Ça y est, nous posons le pied sur la Terre de Feu ! Je me demande d’où vient ce nom et je ne tarde pas à trouver l’explication dans mon guide.
Lorsqu’en 1520 Magellan trouve enfin le passage qui lui permettra d’accéder aux épices des îles asiatiques par une nouvelle voie qui lui permettra d’éviter de contourner l’Afrique, il aperçoit de nombreux feux sur la terre, d’où le nom de « Terre de Feu ».
Ce sont les feux allumés par les indigènes dont les tribus ne seront d’ailleurs découvertes que de nombreuses années plus tard car pendant longtemps on a cru la région inhabitée. Cette terre comporte peu de reliefs et la végétation est au ras du sol. Les feux devaient donc se voir de très loin…et croire ces lieux embrasés ça et là par autre chose que la main de l’homme devait faire forte impression.
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