mercredi 31 mai 2006
Carnet de Voyage Inde
Par Jézabel, mercredi 31 mai 2006 à 21:49 :: Carnet Inde (Mars/Avr/Mai 06)
Samedi 11/03/06
Nous sommes arrivés à Calcutta (Kolkata) hier. Après la douceur et le sourire facile des birmans, la rencontre avec les indiens de Calcutta fait un choc car nous les trouvons brusques au premier abord et l’accueil dans les hôtels hautain (ça s'arrangera plus tard, rassurez-vous ;-).
La pauvreté est omniprésente ici, des familles avec des enfants en bas âge dorment sur les trottoirs, les mendiants sont légion, la crasse et la misère partout. Nous rendons visite au centre de Mère Thérésa où se trouve sa tombe et un musée retraçant sa vie. La vie est clairement difficile ici pour la majorité des habitants et les centres ouverts par les Missionnaires de la charité semblent indispensables.
En fin d’après-midi je m’arrête devant une échoppe de rue pour m’acheter à manger. La préparation sur un four de fortune prend des lustres et je me fais envahir par des mendiants pour que je leur donne de l’argent. Je donne aux premiers mais je ne peux évidemment pas donner à tout le monde car ils se renouvellent sans arrêt. Alors le harcèlement commence : une femme reste à côté de moi pendant tout le temps de la cuisson, me montre des notes de médecin et tend la main en se disant certainement « elle va craquer, elle va me donner de l’argent à moi aussi… ». Un homme s’assoit à côté de moi et commence à me raconter ses malheurs puis amène la conversation sur son besoin d’argent. Je suis coincée sur ce petit bout de trottoir avec tous ces mendiants qui s’accrochent à moi et une mauvaise conscience de tous les diables. Mais je n’ose pas laisser le restaurateur en plan avec mon plat à moitié cuit…et je ne peux pas non plus lui dire que j’ai donné tout mon argent aux mendiants ;-) Je prends alors la décision de ne plus jamais manger seule dans la rue, c’est trop insupportable. Lorsque nous sommes à deux on nous laisse beaucoup plus tranquilles.
Dimanche 12/03/06
Nous avons visité le New Market ce matin, un marché où les légumes, les épices et les vêtements se partagent l’espace. Le problème c’est que nous sommes passés devant la halle des boucheries…la viande y est disposée sur des étals en bois au dessus desquels volent les corbeaux à la recherche de morceaux de viande ! Les abats sont jetés négligemment par terre en tas immondes que les oiseaux dévorent goulûment. L’odeur de chair en décomposition est tellement horrible et forte que j’ai failli vomir. J’ai alors décidé de devenir végétarienne tout au long de notre séjour en Inde.
Lundi 13/03/06
Nous passons une bonne partie de la journée sur Internet pour dénicher un ticket de train pour Madras (Chennai). Mais les connexions sont tellement lentes et le site est si difficile d’accès que nous n’y arrivons pas. Sans compter qu’il y a des listes d’attente sur plusieurs jours…
Nous tentons alors notre chance dans une agence et le vendeur hyper efficace nous trouve des places en 5 minutes !
Mardi 14/03/06
Aujourd’hui c’est Holi, la fête des couleurs. Les indiens célèbrent la fin de l’hiver en s’aspergeant d’eau colorée et en se barbouillant mutuellement de rose, jaune, vert, bleu…
Les rues sont dangereuses pour qui a un TShirt blanc et souhaite le garder intact. Les enfants et les ados, le visage et les vêtements bariolés, s’en donnent à cœur joie pour repeindre les touristes et les passants. Une procession s’organise dans la joie et la bonne humeur. Elle sillonne le quartier au son du tambour et des rires des participants et des spectateurs. Mais on ne reste pas longtemps en dehors de la fête car les jeunes indiens vous transforment en arc-en-ciel dès qu’ils en ont l’occasion. Sans compter que les habitants déversent des seaux d’eau colorée depuis les balcons !
Je reviens à l’hôtel les cheveux, le TShirt et le visage imprégnés de poudre verte et Seb, resté faire des photos revient deux heures plus tard, intégralement repeint « façon Dali ». Des enfants ont laissé l’emprunte de leurs mains colorées un peu partout sur son TShirt. Ca fait un TShirt assez original, plutôt sympa ! C’est donc un Seb très « couleur locale » maintenant ;-)
Le vendeur de billets de train d’hier était peut être efficace mais le train a été annulé…Nous décidons de prendre l’avion. Sur les conseils de notre hôtelier, nous nous rendons à l’aéroport avec nos bagages et Seb fait le tour des compagnies pour trouver des vols bradés de dernière minute.
Pour ceux qui avaient encore des doutes, les mots « file indienne » ne viennent pas d’Inde. Nous en avons confirmation aujourd’hui car les indiens n’ont aucune idée de ce que faire la queue à un guichet signifie. Ils conçoivent encore moins d’attendre leur tour. On pourrait baptiser leur système « la mêlée indienne » car tout le monde tente de se coller en même temps à la vitre du guichet. Seb a fort à faire pour éviter les cadrages débordements des indiens maîtres en matière de dépassement et de jeux de coudes. Quant aux femmes, on ne peut rien leur dire, elles en profitent pour gruger délibérément tout le monde. Pour résumer c’est un joyeux bordel et il ne faut surtout pas être pressé sinon c’est la crise de nerfs assurée. Seb finit par encadrer le comptoir de ses bras pour ne pas se faire déborder !
Seb finit par trouver son bonheur : Air Deccan, une compagnie « low costs » nous propose des billets pas trop chers pour 21H : on achète ! Pas contre il n’est que 12H alors pour le « dernière minute » promis par notre hôtelier on repassera…dans 9 heures ! 9 heures d’attente à l’aéroport, c’est looong. Surtout quand il y a du retard.
Mercredi 15/03/06
Nous sommes à Chennai (Madras) depuis hier 2 heures ce matin. Nous avons dû réveiller le gardien de nuit qui dormait par terre sur une natte. Dur dur, mais il y a pire : ici aussi beaucoup de familles dorment sur les trottoirs.
Nous débutons la journée relativement tard par un saut au Pondy Bazaar où je me déniche de nouveaux vêtements car ceux que je trimballe depuis le début du voyage commencent à être en piteux état. J’opte pour une tenue traditionnelle indienne : le Salwar Kameez. C’est une longue tunique à manches courtes portée sur un pantalon bouffant. La tenue est complétée par une longue étole appelée Dupatta, prévue pour se couvrir la tête dans les temples. L’ensemble est plutôt pratique pour voyager, très joli et disponible dans une multitude de couleurs. En effet, les femmes indiennes vous en font voir de toutes les couleurs ;-) Le sari, porté par la majorité des femmes, et les Salwar Kameez sont de couleurs vives de préférence. Nous ne nous lassons pas de voir les femmes défiler dans la rue, pas deux saris ne sont identiques et les couleurs sont chatoyantes. Elles sont merveilleusement belles.
Après le Pondy Bazaar où les vêtements tiennent la place d’honneur, nous nous rendons au Jam Bazaar, un marché de fruits et légumes, ce qui est sympa pour prendre des photos en général. Lorsque Seb sort son appareil photo et demande à une femme l’autorisation de la photographier, ça commence timidement mais tous ses collègues sont intéressés par la photo et demandent à voir l’écran numérique. Ils ne tardent pas à réclamer leur propre photo et la fête commence ! Chaque vendeur veut être immortalisé devant son étal, seul ou avec ses amis. Et ils rient de voir les autres prendre la pose ! Ils se moquent les uns des autres gentiment et accourent pour vérifier les images, se passant l’appareil de main en main dans des éclats de rire.
Lorsque nous promettons de leur donner des tirages papier, c’est encore pire ! Ils en veulent d’autres, devant le magasin, en groupe, avec moi ! Lorsque la carte mémoire est pleine nous leur disons au revoir et à demain et nous mettons en quête d’une boutique de développement de photos.
Nous nous sommes vraiment bien amusés avec eux, vive les appareils photos numériques rien que pour ça ! Alors que beaucoup ne parlaient pas anglais, nous avons pu communiquer et rire par photos interposées, c’était un vrai moment authentique et naturel, c’était génial.
Jeudi 16/03/06
Nous sommes dans les studios AVM sur le plateau de tournage d’une série télévisée. La scène, une bataille rangée entre deux clans, se déroule pendant la mousson. Le plateau en extérieur, qui représente une rue, est entièrement inondé et des lances à eau sur position « maxi » reproduisent les pluies diluviennes.
Sur le registre nous constatons que peu de touristes viennent faire leurs curieux ici. Pourtant c’est très intéressant de voir la préparation des scènes, le tournage et la vie de plateau. Et comme le studio produit des centaines de film par an il y a de fortes chances de tomber sur un tournage.
Le rythme est lent, il y a beaucoup d’attente entre les scènes, ce qui nous donne l’occasion de discuter avec les acteurs. Trois acteurs de la troupe des « gros bras » nous tiennent compagnie. Nous pataugeons dans l’eau jusqu’aux genoux. Nous pouvons évoluer librement sur le plateau, personne ne semble dérangé tant que nous n’entrons pas dans le champ de la caméra ;-)
Après cette expérience cinématographique très intéressante, nous retournons au marché aux légumes visité hier pour remettre les photos que nous avons fait développer. Dès la première photo transmise, le mot se transmet comme une traînée de poudre et Seb est harcelé par les enfants puis par les adultes qui veulent tous leur photo ! Avec le bébé, le mari, la copine, tout seul, devant les légumes…ça n’en finit pas !
De mon côté je montre les photos d’hier et garde l’œil pour m’assurer qu’elles ne disparaissent pas dans la nature avant d’avoir atteint leur propriétaire. Mais il n’y a pas de souci, tout le monde se connaît ici et les photos se distribuent bien vite.
Nous nous extirpons de la horde d’enfants excités qui nous poursuit depuis le début et poursuivons notre chemin vers une pharmacie. Nous jouons à un nouveau jeu depuis notre arrivée en Inde : le « Tabou Médical » ;-) En effet, nous avions quelques écorchures depuis le trek au Myanmar. Mais ici, au lieu de guérir, la moindre égratignure dégénère. Il n’y a pas le choix, il faut soigner ses petits bobos correctement. L’antiseptique est facile à trouver mais pour le mercurochrome c’est une autre histoire : « alors c’est rouge, c’est liquide, on le met sur la peau pour faire sécher les plaies… vous voyez ce que c’est ? » Mais notre accent est incompréhensible pour eux. Nous visitons une ribambelle de pharmacie et nous faisons présenter toute sortes de liquides, depuis le savon jusqu’au bain de bouche, avant d’arriver à nous faire comprendre et que enfin, un pharmacien nous tende un flacon du liquide tant recherché, avec un air dubitatif sur son efficacité.
Ensuite nous partons à la recherche de pastilles pour la gorge. Mais le pharmacien vous donne systématiquement des pastilles découpées à l’unité, sans notice explicative. Nous insistons pour en obtenir une et lisons « pastilles pour décongestionner les sinus » ou encore « antibiotiques »…Merci, nos sinus vont bien pour l’instant mais si on se met à prendre n’importe quoi ça ne va pas durer !
Samedi 18/03/06
Nous sommes dans un autorickshaw à moteur qui nous conduit de Chennai à Mamallapuram à 50 Km de là. Après avoir quitté la circulation effrénée et klaxonnante à Chennai, la route qui longe le Golfe du Bengale nous semble bien paisible.
Nous remarquons plusieurs alignements de huttes sur notre gauche, proches du rivage. Le conducteur nous apprend que ce sont des villages de pêcheurs dont les maisons ont été rasées par le Tsunami et qui ont reconstruit au même endroit. Tout a été emporté, les arbres comme les maisons et les victimes ont été nombreuses.
Arrivés à Mamallapuram nous nous rendons au Seashore restaurant dont la terrasse surélevée, construite en bois et bambou, donne sur la plage de sable blanc. Là encore les traces du Tsunami de décembre 2004 sont encore visibles : une inscription sur le mur de la terrasse, à environ 5 mètres au dessus du sable, indique la hauteur des vagues qui ont frappé le bâtiment. Et d’après la photo du restaurant, prise avant la catastrophe, nous en déduisons que la terrasse, précédemment en béton, a été emportée. La violence des vagues a dû être terrible.
Dimanche 19/03/06
Nous traînons dans un restaurant du centre ville dans lequel nous avons pris un petit déjeuner tardif. Vers 14h30 nous partons visiter le « Shore Temple », un temple en granit sculpté, dédié à Shiva, le dieu destructeur « sans lequel aucune création ne serait possible ». Nous longeons la plage investie par les longs bateaux colorés des pêcheurs, pour aboutir à ce temple construit sous l’empire Pallava au milieu du VII è siècle. Il a été très érodé par le vent et la mer mais les dizaines de vaches en granit qui entourent le temple sont encore bien visibles, ainsi que certaines sculptures murales et les représentations de Shiva et de sa femme, Parvati.
Nous poursuivons notre chemin jusqu’aux « Five Rathas » et dépassons un grand nombre d’ateliers de sculpture, la spécialité de Mamallapuram (Mahabalipuram). Les représentations géantes de Ganesh, Shiva, d’éléphants et de vaches en marbre et en granit sont disposées en ribambelle le long de la route alors que les artisans, recouverts d’une fine poussière de pierre grise, s’affairent à en confectionner d’autres.
Nous arrivons aux Five Rathas, cinq temples d’architecture Pallava, sculptés dans la roche de couleur blanc sable, consacrés à Shiva le destructeur et le créateur, Vishnu le dieu protecteur, Durga la mère et féroce destructrice, Surya le dieu du soleil, et Indra le dieu de la pluie, du tonnerre, de la foudre et de la guerre. Ces jolis temples sont entourés d’un lion géant en granit, de Nandi, le taureau de Shiva et d’un magnifique éléphant grandeur nature, monture d’Indra.
Le soir, dans un restaurant français dans lequel nous pouvons enfin échanger nos livres, nous faisons la connaissance de quatre français très sympathiques : Dominique et Ayla, mère et fille qui voyagent ensemble, Daniel, 60 ans, qui vient régulièrement en Inde acheter des pendentifs pour ses magasins en France et Raymond, 67 ans, ayant testé une dixaine de métiers, qui se lance dans la vente de sculptures et bronzes d’art religieux indien.
Lundi 20/03/06
Nous retrouvons Daniel au petit déjeuner et discutons avec une famille de nantais qui voyagent pendant un an avec leurs deux enfants de 6 et 9 ans. Les enfants suivent les cours du CNED et la famille se ballade avec 20 kilos de livres de cours ! Pour valider entièrement leur année, les enfants devraient pratiquer également la musique et le dessin et donc transporter le matériel adéquat : peinture, papier, pinceaux, flûte… c’est « légèrement » contraignant, voire impossible en voyage. Ils se contentent donc des matières les plus importantes : français et mathématiques et se forgent certainement une culture bien plus large que leurs petits camarades restés en France grâce à la richesse de ce qu’ils découvrent en voyage. Et s’ils ne parlent encore que quelques mots d’anglais, ils ont développé une curiosité vis-à-vis des langues qui leur permettra de les acquérir bien plus facilement par la suite…
Après-midi, nous nous promenons dans un parc à proximité du village des sculpteurs, dans lequel se trouvent de jolis temples à colonnes ciselées et un gigantesque rocher taillé représentant des éléphants grandeur nature et des danseurs. Nous grimpons sur la colline et obtenons de là-haut une vue spectaculaire sur Mamallapuram et la rivière de l’autre côté, entourée de champs bien verts.
Sur le chemin du retour nous croisons plusieurs américains en béquilles dont un nous explique qu’il vient de se faire opérer de la hanche à Chennai où ils ont de très bons chirurgiens et où les soins sont beaucoup moins chers qu’aux Etats-Unis. Pourtant il a l’air d’avoir de l’argent et nous nous disons que c’est vraiment une preuve flagrante de l’échec du système de santé aux Etats-Unis si les gens aisés n’ont même plus les moyens de se faire soigner dans leur propre pays…
Nous rentrons « Chez Jacques », le restaurant tenu par un français, dans lequel nous commençons à avoir nos habitudes. Nous y retrouvons nos nouveaux amis en début de soirée avant d’aller dîner ensemble ; souvent au « Yogi », un restaurant à l’ambiance « zen » dans lequel nous nous installons sur de gros coussins pour déguster un curry de crevettes.
Mardi 21/03/06
Seb rencontre dans la rue deux indiens qui cherchent des européens pour une publicité. Nous embarquons quelques minutes plus tard avec deux israéliens dans un taxi en direction du Saravana Store de Chennai, une boutique de vêtements gigantesque, sur plusieurs étages, qui vend à la fois des vêtements traditionnels indiens : saris et salwar kameez et des vêtements de style européen. La famille Saravana détient des centaines de magasins dans le Tamil Nadu et souhaite promouvoir la création d’un nouveau méga store, le 3è qu’ils détiennent à Chennai !
Nous arrivons vers 18H et devons attendre que le magasin ferme, que tout soit rangé et que le ménage soit terminé. Alors nous patientons bien sagement sur des chaises dans un coin du magasin. Les employés nous regardent comme des bêtes curieuses, mais ce n’est rien à côté du mouvement qui se forme lorsque deux stars locales du cinéma tamoul apparaissent. Veenith, 200 films et un égo surdimensionné est suivi d’une jolie indienne bien coiffée et maquillée en robe de soirée noire.
On nous offre à dîner dans la cafétéria du magasin dans un coin de laquelle une dizaine d’enfants sont photographiés pour la publicité. Des chorégraphes les font sauter et danser, puis on les occupe pendant les temps morts pour qu’ils ne s’ennuient pas trop. Quelques instants plus tard, à l’étage du dessus, les stars dansent devant la caméra, sur une musique entraînante. Nous ne savons pas du tout ce qui nous attend. Allons nous, nous aussi, devoir danser, parler, chanter devant la caméra ? ça ne va pas être triste !
Mais pour l’instant il faut qu’on nous habille : direction l’étage des vêtements européens. Seb s’en sort plutôt bien avec un jean bleu marine et un T-Shirt noir relativement sobres. Mais je n’ai pas cette chance. Je sors des essayages avec un pantalon bleu turquoise et un TShirt rose vif (avec « Dior » écrit en paillettes : la contrefaçon ne les effraie pas…). L’israélienne, elle, arbore une magnifique jupe rouge vif et un T-Shirt jaune poussin.
Nos habilleurs sont visiblement des amateurs. Mais là ils se rendent tout de même compte qu’à moins de tourner une pub pour Mir Couleur, il y a quelque chose qui cloche.
Après quelques éclats de rire que nous essayons de faire discrets (nous ne voulons pas les vexer tout de même…) nous nous changeons pour des couleurs plus sobres. Je garde malheureusement le pantalon bleu turquoise mais enfile un T-Shirt noir tandis que l’israélienne troque sa jupe contre un pantalon blanc à grosses fleurs. Nous sommes sortables, nous pouvons prendre la direction du plateau…ou attendre une fois de plus ? Oui, nous attendons. Il est déjà minuit et nous n’avons encore rien fait. On nous permet de nous allonger dans un coin pour nous reposer un peu. Les israéliens et moi-même en profitons alors que Seb ne perd pas une miette du tournage avec les enfants et les guest stars.
A deux heures, tout le monde est demandé sur le pont. On nous met tous les quatre en rang derrière un comptoir avec des paquets de Saravana Store dans les mains. A ce moment là, nous nous demandons pourquoi nous nous sommes pris la tête sur la couleur des pantalons…
Nous passons 5 minutes à disposer les paquets exactement à la place voulue par le réalisateur : « un peu plus à droite, non, à gauche, en bas, tire dessus, on voit pas le nom du magasin, plus haut, ben là on te voit plus ! Pff… ». Nous y sommes enfin. Alors que fait-on exactement ? On sourit bêtement à la caméra ? Oui, mais en plus vous dites « I love India, I love Saravana Stores ». Aïe, Saravana avec toutes les syllabes dans l’ordre ça devrait aller, mais pour les consonnes ce sera un peu plus indéfini ;-) Nous faisons notre possible pour parler tous en même temps, et avec le sourire email diamant. Nous nous en sortons avec seulement quelques prises et le réalisateur n’a même pas fait de crise de nerfs ! Ils sont contents, alors nous sommes contents. Nous passons aux photos maintenant. Juste une ? Vous ne la doublez pas ? Bah, ça doit être ça les pros ;-) Puis nous patientons encore jusqu’à quatre heures du matin où Seb et moi sommes rappelés face à la caméra, devant un écran vert. La musique démarre, le moteur tourne, « I love India, I love Saravana Stores ». Ah, on le tiens bien maintenant, dans les temps, en rythme, avec toutes les consonnes et tout et tout !
Voila comment d’ici mi-avril, nos tronches devraient apparaître au milieu des pubs qui inondent la télévision Tamoule (62 million de personnes dans le Tamil Nadu tout de même !). En plus nous avons gagné 600 roupies chacun et nous nous sommes bien amusés : « I love India, I love Sabanana Stores » ;-)
Vendredi 24/03/06
Nous partons pour l’Apollo hospital de Chennai qui nous a été recommandé, car nous traînons des plaies qui se sont infectées depuis deux semaines et dont nous n’arrivons pas à en venir à bout. Arrivés là-bas nous sommes agréablement surpris par la modernité et la propreté des locaux. Nous y sommes traités comme de véritables V.I.P : on nous aide à remplir les formulaires d’inscription, on nous adresse un médecin, et une femme et un homme nous amènent jusqu’à la salle de consultation où nous sommes reçus très rapidement.
Le médecin parle mieux anglais que nous, avec un excellent accent britannique des facs de médecine anglaises. Il nous dit se rendre à Nice la semaine prochaine pour un congrès de médecins où il se rend régulièrement. Le cabinet est clair, moderne et propre comme dans les meilleurs hôpitaux européens. Nous sommes vraiment impressionnés, tout comme lorsqu’il nous transmet la note : seulement 350 roupies par personne pour la consultation (7 euros) et 200 roupies (4 euros) pour les médicaments qui vont enfin guérir nos plaies qui dégénèrent. Nous comprenons maintenant très bien l’américain rencontré à Mamallapuram, venu se faire soigner ici…et nous pensons que le traitement exceptionnel reçu par les occidentaux dans l’hôpital provient d’une volonté de développer le tourisme médical. S’ils voulaient nous convaincre, ils ont réussi !
De retour a Mamallapuram nous retrouvons Ayla, Domi et Raymond « chez Jacques » et allons dîner au « Yogi ».
Samedi 25/03/06
Il est temps de mettre les voiles. Nous commençons à nous encroûter un peu dans nos habitudes à Mamallapuram. Est-ce la chaleur qui nous rend statiques ? A midi nous prenons notre petit déjeuner à la terrasse du « Galaxy » où nous restons bouquiner une bonne partie de l’après-midi, avant de retrouver nos amis « Chez Jacques » puis d’aller dîner au « Yogi ». Il faut dire qu’on se sent bien ici. Mais Daniel avec qui nous avons eu des discussions très intéressantes est parti, Raymond aux cents histoires s’en va demain et les adorables Ayla et Domi ne vont pas tarder non plus. Et nous avons envie de bouger. C’est décidé : nous partons pour Pondichéry demain.
Dimanche 26/03/06
Nous pensions passer deux jours à Mamallapuram, nous y sommes finalement restés une semaine. Nous attendons sur le bord de la route qu’un bus pour Pondichery s’arrête mais les deux premiers qui passent en trombe devant nous sont bondés et le troisième qui a à peine ralenti, estime que nous prenons trop de temps pour arriver et part sans nous. Il fait une chaleur infernale sous le soleil et je me dis que ce serait super si nous pouvions prendre un taxi plutôt qu’un bus. Mais le taxi coûte trop cher pour aller à Pondichery : 2 000 Roupies minimum ! Nous parlons du beau temps avec les gens du coin histoire de patienter, quand un taxi s’arrête. On nous dit « il vient de déposer des clients et retourne à Pondichery à vide, ça vous intéresse ? » On discute un peu et le taxi accepte de nous prendre pour 150 R ! Mon vœu est exaucé ! Euh, alors là, je voudrais 2 million d’euros en billets de 500 dans une mallette sur la banquette arrière…zut alors, ça marche plus !
Nous longeons les rizières d’un vert vif, des rivières où des gens pêchent, des marais salants, dépassons les trois bus qui nous étaient passés sous le nez et arrivons à Pondichéry en une heure au lieu de deux J
Nous marchons au bord de la digue de Pondichery. Les plages sont à l’extérieur de la ville. Nous nous baladons dans la ville dont les noms de rue portent encore la marque du passage des colons français « rue de la caserne, rue Surcouf, rue François Martin… ». Certaines rues ne ressemblent pas du tout à des rues indiennes : les maisons d’architecture européenne, la chaux blanche ou la couleur sur les murs, la largeur des trottoirs et des routes, les jolis arbres en fleurs…par moment on pourrait se croire dans le sud de la France. Mais ici on ne joue pas à la pétanque dans le parc mais au criquet au coin de la rue.
Nous poussons jusqu’au jardin botanique où, naïvement, je m’attendais à des parterres de fleurs bien entretenus et de vastes pelouses où il ferait bon s’étendre à l’ombre des arbres. Mais c’est bien sûr un jardin typiquement indien : on plante et ça pousse où ça veut. Point final. C’est sympa quand même J
Le soir, histoire de continuer dans la veine francophile, nous nous rendons au « Rendez-vous », un restaurant qui propose de la nourriture indienne et française. Nous arrivons sur une terrasse ventilée où les tables sont recouvertes de nappes à carreaux vert et blanc, entourées de chaises en rotin peintes en blanc. L’endroit est une sorte de caricature de restaurant français, on se croirait plus en Louisiane qu’en France, mais c’est très agréable. Depuis quelques jours nous avons des envies de nourriture typiquement française : fromages, charcuteries, baguette croustillante et tiède à la mie bien serrée, avec du beurre salé ;-) Nous n’avions aucune nostalgie de la nourriture française jusqu’à présent mais là, peut être était-ce l’idée qu’il serait éventuellement possible de trouver cela à Pondichéry ? Nous en salivions d’avance. Mais nous sommes en Inde tout de même et le restaurant n’a rien de tout cela à la carte. Par contre ses cannellonis aux épinards sont excellents J
Lundi 27/03/06
Nous sommes dans la station de bus de Pondichery où nous cherchons parmi la vingtaine de bus présents celui qui va à Thanjavur (Tanjore). Comme nous ne lisons pas le tamoul et que le chef de gare nous a envoyé balader, nous sommes bien contents lorsqu’un homme parlant anglais nous indique le quai d’où partira le bus. Par contre personne ne sait quand le bus arrivera, mais il arrivera, c’est sûr. Nous patientons quand tout à coup les personnes qui attendaient avec nous se précipitent vers un bus qui passe à proximité du quai. Ce doit être le nôtre ! Il n’y a pas de temps à perdre car le chauffeur n’attend pas. Ici on monte et on descend alors que le bus roule toujours. Que vous soyez jeune, vieux, lourdement chargé ou pas, que ce soit clair : on s’en fiche ! Faut être réactif et s’accrocher !
Nous réussissons à caser nos gros sacs sur des banquettes, reprenons notre souffle et regardons autour de nous. Si le bus n’était pas envahi par les indiens, on se serait cru dans un vieux bus russe défraîchi. Tout y est purement fonctionnel et le confort n’a pas été pris en compte. Les sièges sont durs comme du bois, l’espace pour les jambes est minimal, tout est anguleux et bardé de métal. Lorsque vous décollez dans les bosses et les nids de poule, gare à l’endroit où atterrit votre coude ! Mais il faut croire que ces vieux bus sont fiables car en 5 heures de route il n’y a eu aucune panne à déclarer, ce qui constituerait un record pour un bus birman.
Nous contemplons le paysage : des rizières, des rivières, des huttes, des bœufs aux cornes peintes qui tirent des charrettes couvertes de paille ; nous traversons plusieurs villes, des voyageurs montent et descendent du bus qui ralentit à peine pour faciliter la manœuvre, nous casons nos sacs sous les sièges pour libérer de la place car même les marchepieds sont utilisés, et nous arrivons enfin à Thanjavur. Grosse étape, ouf, le bus s’arrête tout de même quelques instants, le temps pour Seb de me jeter les sacs et pour moi de les réceptionner. C’est du sport !
Mardi 28/03/06
Nous sommes sur la route du temple Brihadishwara à Thanjavur. Il est 8 heures et il fait déjà très chaud. Il va falloir débuter nos visites dès le lever du soleil si on veut survivre. Et dire qu’on nous promet des températures bien plus élevées au Rajasthan !
Nous arrivons au temple au bout d’une demi heure de marche dans cette ville de 215 000 habitants, transpirant comme au retour d’un footing. L’édifice érigé en 1 010 par Raja Raja, un empereur Chola, est superbe et gigantesque. Devant l’entrée se trouve un imposant nandi (taureau, monture de Shiva) de 6 mètres de haut et de 25 tonnes. Un bloc de granit de 80 tonnes forme la coupole et une tour de 13 étages, haute de 66 mètres est recouverte de sculptures de danseurs, de musiciens et de dieux hindous.
Notre marche est récompensée, le Brihadishwara Temple valait vraiment la visite.
Nous nous rendons ensuite au Palais de Thanjavur construit vers 1 550, mais nous sommes un peu déçus. Nous voulons grimper sur la Bell Tower mais il nous est impossible de trouver le bon guichet. A chaque fois on nous congédie d’un geste vague nous montrant une direction indéfinie. Au bout d’un moment nous en avons assez et nous renonçons, d’autant plus que le musée du Palais Royal et le Durbar Hall n’étaient pas géniaux.
Sur le chemin du retour nous nous arrêtons manger un Thali, le plat traditionnel servi sur une feuille de bananier ou dans un plat en métal. Il se compose de riz blanc arrosé d’une sauce jaune épicée, et de trois purées de légume servies à côté. Le tout se mange avec les doigts de la main droite, la main « pure ». Vous ne voulez pas savoir à quoi leur sert la main gauche ;-). Vous mélangez la sauce et les purées de légume, formez de petites boulettes et tentez de rejoindre votre bouche en en mettant le moins possible par terre. C’est pimenté mais c’est délicieux !
Mercredi 29/03/06
Nous sommes en haut du Rock Fort Temple à Trichy, à plus de 80 mètres au dessus de la ville de 850 000 habitants. Il est difficile de décrire une ville du Tamil Nadu vue d’en haut. Les maisons sont tout sauf uniformes et les terrasses sont recouvertes par du linge disposé à même le sol pour sécher. Je dirais que l’architecture est purement fonctionnelle, les fioritures n’existent pas et il ne doit pas y avoir plus malheureux en affaires qu’un ravaleur de façades indien. Et pourtant il y aurait du potentiel !
L’entrée du Sri Thayumanaswamy Temple, dédié à Shiva, à mi chemin du sommet du fort, nous a été refusée car nous ne sommes pas hindous. Nous avons donc gravis ce qu’il restait des 437 marches pour atteindre le temple dédié à Ganesh (dieu de la chance) où l’on nous a laissé contempler la statue du dieu mi-homme mi-éléphant, recouverte d’herbe et devant laquelle brûlent des bougies coulées dans de minuscules pots en terre.
Visiblement la religion tient encore une place prépondérante chez les hindous. Ils montrent une ferveur intense devant les statuettes de leurs dieux, leur apportent des offrandes, prient et apposent quotidiennement le signe de Vishnou (un « V ») ou de Shiva (trois lignes horizontales) sur leur front en fonction du dieu qu’ils vénèrent.
Nous redescendons du rocher pour aboutir, comme à la sortie de chaque temple, devant un alignement de mendiants et les boutiques qui vendent le nécessaire à offrandes (noix de coco, bananes) et des statuettes en plastique doré représentant les dieux.
Nous sautons dans un bus en direction de Sirangam et en ressortons de la même manière « à l’indienne », devant le Sri Ranganathaswamy Temple, construit au 10è siècle. Nous sommes devant le plus haut des gopuram, qui constitue l’entrée principale. Un gopuram est une tour de forme pyramidale, composée de plusieurs étages de statues de dieux et d’animaux. Ce gopuram mesure 73 mètres de haut et chaque statue est colorée, ce qui forme un patchwork de couleurs gigantesque. L’ensemble de Srirangam compte 21 gopuram. Tous ne sont pas aussi hauts ni peints. L’un d’eux est entièrement blanc afin de symboliser la pureté. Mais pour des non hindous comme nous, la première impression devant ce temple est un peu la même que lorsque vous entrez à Disneyland. Et après ce genre de réflexions très profondes, nous nous demandons encore pourquoi l’entrée de certains temples et sanctuaires nous est interdite…
A peine entrés, un homme nous presse pour acheter un ticket pour rejoindre la terrasse, de laquelle on a une vue d’ensemble du temple. Nous y montons. C’est impressionnant : on dirait des pièces montées de dieux hindous colorés. Mais je n’apprécie la vue que lorsque je trouve un abri ombragé pour reposer mes pieds qui sont littéralement en train de cuire sur le béton surchauffé. Il est en effet absolument interdit d’entrer dans un temple avec des chaussures ou même des chaussettes. J’ai l’impression de faire ma chochotte lorsque je vois Seb et l’indien qui nous accompagne déambuler tranquillement sur la terrasse : « oui, c’est un peu chaud mais ça va… ». « Un peu chaud ? Mes plantes de pied commencent à sentir le poulet grillé !! »
Nous redescendons vers le temple où nous suivons un guide qui nous fait miroiter le droit d’entrer dans le sanctuaire et dans tous les endroits interdits aux non hindous. Il nous demande 600 roupies, ce qui est 10 fois le prix conseillé pour un guide officiel. Après un hoquet, nous lui disons que nous n’avons que 100 roupies sur nous et lui disons au revoir. Il fait semblant d’hésiter pour la forme mais accepte notre prix. Il est effectivement intéressant. Il nous apprend l’histoire du temple, la signification de certaines statues sculptées dans la pierre, notamment celles représentant les différentes réincarnations de Vishnou (Rama, Krishna, Bouddha…), et nous explique pourquoi on trouve des éléphants dans les temples. Certains hindous croient que l’éléphant est la réincarnation de Ganesh et donnent une pièce à l’éléphant pour qu’il leur appose la trompe sur la tête en signe de bénédiction.
Le guide me tend une pièce pour que j’aille me faire bénir. L’éléphant tend sa trompe vers moi, j’y dépose la pièce puis il pose sa trompe humide sur ma tête : par la bave de l’éléphant, me voici bénie ;-)
Finalement le guide prend congé avant qu’on soit entrés dans le sanctuaire. Lorsque nous lui en faisons la remarque, il s’en sort par une pirouette. Encore un qui a joué sur le flou artistique de ce que nous allions voir et sur les difficultés de compréhension (il avait un accent à couper au couteau). Il faut faire attention ici car c’est souvent le cas. Mais bon, ça valait les 100 roupies.
Jeudi 30/03/06
Il est 9h30, le bus pour Madurai démarre. Et c’est parti pour 3 heures de slalom à travers la campagne du Tamil Nadu. Notre chauffeur, encore un excité du klaxon, a l’air d’avoir un problème avec l’arrière des camions. Ça doit le démanger, il ne supporte pas leur vue et se sent obligé de les doubler, où qu’il se trouve : dans un virage, en ligne droite avec un camion qui arrive en face…pour ça, avec les têtes de camion il n’a aucun problème ! Un vrai malade.
Nous arrivons tout de même sains et saufs à Madurai, car malgré tous les efforts du chauffeur, le bus ne va pas bien vite. J’ose à peine imaginer l’augmentation des accidents de la route dans le coin, le jour où les voitures et les camions gagneront en puissance L
Nous dégustons un bon Thali au restaurant de la gare de Madurai pour nous remettre sur pied. Nous sommes stupéfaits par la qualité de la nourriture dans une gare routière. En France, si on trouve le goût du poulet dans l’insipide salade au poulet du buffet de la gare, c’est qu’on a de la chance ou un palais très imaginatif. Il faut dire aussi que les restaurants sont majoritairement végétariens ici, donc vous n’avez pas à chercher le poulet. Mais la cuisine est tellement savoureuse qu’on en oublierait presque que c’est végétarien. Même pour des carnivores non repentis ce n’est pas un sacrifice de se passer de viande !
Frais et dispos après un passage à l’hôtel, nous nous rendons au Sri Meenakshi Temple, comportant lui aussi plusieurs gopuram ou tours pyramidales recouvertes de sculptures d’animaux et de personnages célestes dans le style rococo. Ce temple, conçu en 1560 est, selon le Lonely Planet, « une superbe imitation de l’architecture dravidienne ». Il est en effet superbe. A l’intérieur, les colonnes finement sculptées dans le granit clair sont très belles et les autels dédiés à Shiva, Parvati et Ganesh sont constamment visités par les hindous qui se prosternent, joignent les mains, font quelques sauts…puis récoltent un peu de cendres pour s’en mettre sur le front.
A 21h15 a lieu le « coucher du dieu Shiva ». La statue de Shiva est sortie du sanctuaire par des prêtres, la procession se dirige en musique vers la chambre à coucher où se trouve déjà Parvati, la femme de Shiva. Des prêtres suivent la statue avec des torches. Arrivés devant la chambre, les fidèles font plusieurs fois le tour de la statue dans le sens des aiguilles d’une montre. Lorsqu’ils ont terminé, un prêtre secoue un éventail devant Shiva, tandis qu’un autre fait des offrandes au dieu : deux mandarines dont il extrait le jus, deux fleurs de lotus…puis Shiva est porté vers la chambre. Les prêtres l’y ressortiront à 5h30 demain matin.
Après cette cérémonie solennelle très impressionnante, il est temps de regagner la sortie et d’y récupérer nos chaussures laissées à l’entrée Ouest. Mais le temple est tellement grand qu’il nous faut un bon moment pour retrouver notre chemin. C’est un vrai labyrinthe !
Vendredi 31/03/06
Nous sommes au musée national Gandhi qui retrace l’histoire de la prise de contrôle de l’Inde par les anglais au 18è siècle et de la lutte pour l’indépendance qui suivit. Malgré l’opposition de nombreux princes et indiens du peuple qui ont utilisé tous les moyens en leur pouvoir pour mettre les anglais dehors, les britanniques ont contrôlé l’Inde pendant 250 ans. 250 ans pendant lesquels « l’Angleterre se conduit comme une éponge qui viendrait puiser les richesses de l’Inde pour les déverser sur la Thamise ».
Le rôle de Gandhi et de beaucoup d’autres opposants est décrit en détails. Les explications sont très complètes et intéressantes sur la longue et douloureuse route vers l’indépendance que l’Inde acquiert enfin le 15 Août 1947. Malheureusement l’indépendance s’accompagne de la partition du pays avec la création du Pakistan puis du Bangladesh regroupant les états à forte population musulmane.
Dans l’après-midi nous prenons le bus pour Kodaikanal, un village qui se trouve dans les montagnes des Ghats occidentaux, où il est sensé faire bien moins chaud que dans les plaines. Nous prenons comme d’habitude les places au fond à gauche du bus, là où l’air s’engouffre par la porte (où il n’y a d’ailleurs jamais eu de porte). Ce sont les places les plus ventilées, ce qui est appréciable lorsqu’il fait près de 40°C dehors.
Et nous sommes partis pour 4 heures de bus, bondé comme d’habitude. Il est déjà 18 heures donc une demi heure plus tard le soleil se couche déjà et c’est raté pour voir le paysage, magnifique paraît-il. Au bout de deux heures, le bus commence à prendre de l’altitude (Kodaikanal est perché à 2 100 mètres), et la fraîcheur entre agréablement dans le bus. Mais plus nous montons, plus il fait froid et nous arrivons à Kodaikanal bien congelés. Si nos places étaient excellentes en dessous de 1 000 mètres, c’étaient les pires au dessus ;-)
Samedi 1/04/06
A Kodaikanal, changement d’ambiance, changement de température. Il fait 20°C dans la chambre et nous constatons que nous nous sommes bien adaptés à la chaleur car nous avons très froid ! Nous sortons notre sac de couchage et notre sweat-shirt polaire pour la première fois depuis plusieurs mois. Dehors, au soleil, il fait bon et on respire le bon air frais de la montagne. « Kodai » est une station climatique très appréciée par les indiens de la plaine qui viennent s’y réfugier de la chaleur en été. C’est un peu la Suisse de l’Inde. Ils ont même du bon chocolat artisanal dont nous abusons un peu ;-) Mais à 35 roupies les 100 grammes c’est tellement tentant !
Par contre nous avons mal choisi notre jour pour arriver. Ce week-end marque la fin des examens étudiants et les familles ont investi les hôtels et les restaurants. Tout est plein à craquer et hier nous n’avons trouvé une chambre qu’au bout de trois tentatives infructueuses.
Dimanche 2/04/06
La marche digestive du dimanche après-midi c’est international ! Ici le sentier carrelé de Coaker’s Walk est le lieu de promenade par excellence. La vue sur la vallée en bas et la montagne en face vaut effectivement le déplacement. Et même si vous avez abusé de la bonne chair au déjeuner vous ne serez pas gêné car le chemin ne fait même pas un kilomètre de long ! Nous sommes un peu surpris, nous qui avions lacé nos chaussures de marche et avions fait le plein d’eau fraîche dans l’idée de faire une randonnée…
Afin de faire durer le plaisir nous poursuivons sur la route bordée de grands arbres qui se dirige vers Pillars Rocks mais la route est un peu trop fréquentée pour que ce soit agréable : c’est l’heure du retour de week-end…Nous retournons vers le centre de Kodaikanal en longeant Bryant Park. C’était une toute petite promenade pour un dimanche bien tranquille.
Mardi 4/04/06
10 heures, nous sommes à la station de bus de Kodaikanal. Le bus pour Munnar, une petite ville dans les montagnes du Kerala, part à 10h30. Je m’assieds sur un banc et surveille les bagages tandis que Seb fait le tour des chauffeurs pour repérer le bus qui partira pour Munnar (nous n’avons pas fait beaucoup de progrès en Tamoul…). Quatre garçons assis à ma droite me demandent d’où je viens, nous discutons un peu. La conversation s’engage facilement avec les indiens dans les lieux publics. Ce sont des étudiants venus découvrir les chemins de randonnée de Kodaikanal. Ils sont très gentils et l’un d’eux décide de me chanter une chanson, accompagné par ses copains. Adorables J
Seb revient de sa tournée avec une bonne nouvelle : nous ne prenons plus le bus mais une voiture 4X4. L’agence qui a affrété ce taxi pour trois personnes souhaite remplir les deux sièges qui restent, ce qui a permis à Seb de négocier un prix canon : les « return taxi » qui rentrent à vide ou ceux qui souhaitent compléter l’effectif sont de vrais bons plans pour les voyageurs opportunistes ;-)
Nous descendons la montagne de Kodaikanal. Le panorama est ravissant. Les montagnes sont gigantesques et bien vertes face à nous. Nous dépassons une cascade aux pieds de laquelle des lavandières battent les vêtements sur la pierre et les font sécher un peu partout : sur des fils, dans les arbres, sur le sol…
Après des centaines de zig et de zag, nous atteignons la vallée où il fait beaucoup plus chaud. Des palmiers bordent un grand lac ; nous traversons un village dont les huttes sont construites en feuilles de palmier séché puis débouchons sur une route en cours de construction : les femmes transportent le gravier dans des paniers posés sur leur tête, tandis que les hommes portent les seaux de goudron. Inutile de demander s’ils portent des chaussures de sécurité en cas de débordement du goudron chaud : ils sont en claquettes !
Quelques kilomètres plus loin nous stoppons aux portes de l’Indira Gandhi Wildlife Parc que nous devons traverser. Un petit singe tente une infiltration dans la voiture. Connaissant son instinct chapardeur nous le chassons mais il se réfugie aussitôt sur nos sacs ficelés sur le toit. Notre chauffeur, qui n’a aucune envie d’embarquer un passager clandestin le chasse avec des petits cailloux ! Oups, c’est pas très gentil ça, ce ne serait pas une espèce protégée ?
Pendant notre traversée du parc, nous zieutons de tout côté à la recherche d’éléphants qui demeurent dans le parc, mais nous n’en voyons pas. Il faut dire qu’avec la vitesse à laquelle nous allons ça aurait été étonnant de distinguer quoi que ce soit…même un éléphant !
Nous montons à nouveau dans la montagne au milieu des plantations de thé tellement denses et vertes qu’on dirait du gazon. Par endroit de grands arbres aux feuilles bleues se dressent au milieu du thé et du café. Que c’est beau ! Le paysage ici, aux environs de Munnar est encore bien plus beau que dans la région de Kodaikanal !
Mercredi 5/04/06
Nous sommes dans le rickshaw de Raja, notre chauffeur pour la journée. Il nous ballade dans les plantations de thé dont le beau vert lumineux éclairé par le soleil du matin est absolument somptueux. A Madupetty Dam, une retenue d’eau qui forme un grand lac, nous contemplons l’eau qui scintille et les vacanciers qui s’amusent sur de petits bateaux. Un peu plus loin, des touristes se promènent à dos d’éléphant. Nous poursuivons jusqu’à « Echo Point » où l’écho de nos voix se répercute dans la forêt en face. Nous remontons dans notre petit bolide qui frôle les 40 Km/H puis montons vers le village où habite Raja. Nous partons à la rencontre de ses voisines en pleine cueillette du thé. Elles ne sont pas loin : aujourd’hui elles travaillent dans le champ qui borde la vingtaine de petites maisons du village. Pour 8 heures de travail par jour, elles reçoivent 75 roupie. En travaillant 6 jours sur 7 elles ne gagnent que très modestement leur vie…
Nata Riajan, 26 ans, le fils du frère de Raja (c’est une grande famille…), nous invite dans sa maison. Toutes les maisons du village sont bâties sur le même modèle : 1m90 de plafond recouvert d’adhésif du style « Velléda », une superficie de 10 M² sombre et encombrée car il faut y loger les parents, un ou deux enfants et la grand-mère…Les deux lits prennent la quasi-totalité de l’espace disponible, le reste étant utilisé pour la télévision, un buffet et une machine à coudre. Derrière la chambre/salon/salle à manger, se trouve une petite cuisine équipée d’un four à bois. La porte de la cuisine donne sur un robinet à l’extérieur et sur les toilettes un peu plus loin. Ce n’est pas le luxe mais l’ambiance est chaleureuse. Mutumari, la femme de Nata Riajan, nous offre un thé masala, un thé épicé avec une pointe de piment ! Le piment est à l’indien ce que le pain beurre est au breton : incontournable ! Même dans le thé nous n’y échappons pas…
Nata Riajan et sa femme parlent un peu anglais. Ils nous expliquent que les hommes travaillent de 8 heures à 12 heures pour asperger les plantations d’insecticide ou d’engrais. Mais que font-ils l’après-midi lorsque les femmes travaillent ? Ils se reposent me dit-il. Je reste perplexe mais n’insiste pas, d’autant plus que j’ai déjà été indiscrète précédemment : Mutumari reste à la maison et est visiblement enceinte de 6 ou 7 mois. Je demande si elle attend un bébé. On me répond non. J’aurais aimé voir ma tête : une poule devant un œuf carré ;-)
Après cette prise de contact avec la famille de Raja, nous remontons en voiture en direction de Munnar où nous visitons un jardin d’épices, un bout de forêt où vous déambulez entre les caféiers, les vanilliers, les arbres à cannelle, à cardamome…et en arrière plan : toujours les montagnes recouvertes de milliers de petits arbustes à thé.
Jeudi 6/04/06
Raja vient nous chercher à l’hôtel avec son rickshaw. Il nous a invité à dormir dans son village ce soir après le trek prévu pour aujourd’hui. La route est longue et belle jusqu’à « Top Devision » où nous nous sommes déjà rendus hier. Nous longeons une fois de plus les plantations de thé. Le rickshaw grimpe péniblement dans la montagne mais nous arrivons finalement au village. Nous prenons le thé chez Nata Riajan puis Raja et son fils Sadis Kumar, 8 ans, nous guident sur le sentier qui serpente dans la montagne et nous fait passer au milieu des plantations. Le chemin de terre est bordé de petites fleurs roses, mauves et blanches. Nous approchons d’un grand réservoir d’eau utilisé pour irriguer le thé. Raja nous prévient qu’il ne faut pas traîner dans les parages le soir car les éléphants viennent s’y abreuver. Comme ils sont sauvages, le risque de se faire piétiner est bien réel. Plus haut, nous croisons des hommes munis de débroussailleuses, qui taillent les plants de thé. L’odeur de végétation fraîchement coupée mêlée à l’essence nous projette agréablement vers les dimanches de notre enfance, où nos parents tondaient l’herbe du jardin ;-)
Les hommes nous expliquent qu’ils taillent les pieds de thé tous les cinq ans afin qu’ils restent dans la phase végétative pendant laquelle ils ne produisent pas de graines mais de jolies pousses vertes.
Nous reprenons notre chemin et croisons les tailleuses de thé à l’heure du Tiffin, l’en -cas de 10 heures. Souriantes et sympathiques, elles nous offrent un thé à l’ombre des arbustes et demandent à être prises en photo. Elles s’amusent de se voir sur l’appareil et certaines y prennent tellement goût qu’elles chassent leurs copines pour avoir droit à leur portrait ! Raja fait office de traducteur car les femmes ne parlent que le Tamoul. Puis, la pause terminée, elles reprennent le travail, munies de leur sécateur doté d’un sac ramasse feuilles. La légère musique des cueilleuses reprend : tchac tchac tchac…
Nous redescendons du champ, précédé de Sadis Kumar, pieds nus, qui en authentique petit garçon des montagnes nous fait découvrir son terrain de jeux : les peaux de serpents qui ont mué, les nids d’oiseaux, les fleurs…
De retour au village, Mutumari nous offre un délicieux curry de poulet et un plein panier de fruits de la passion en provenance directe de leur arbre. Après le repas, Raja nous invite à prendre le thé dans sa propre maison, encore bien plus modeste que celle de Nata Riajan et Mutumari, puis il nous conduit chez Manikeraji, le frère de sa femme, qui nous prête gentiment son logement pour dormir.
A 15 heures, nous partons avec Nata Riajan et un autre chasseur du village, grimper dans la montagne à la recherche des animaux. Nous traversons les champs de thé, coupons par la forêt que notre guide coupe à l’aide d’une machette, puis arrivons sur les pentes abruptes de la montagne. Jamais je ne pensais que ça monterait si à pic ! Nous gravissons péniblement (enfin pour ma part…) un dénivelé de 600 mètres en à peine une heure et demi ! Nata Riajan a dû confondre trek et entraînement du 3è RIMA ! A chaque fois que je pense arriver au bout de mes peines, un nouveau sommet se dresse devant moi ! Je réussis tout de même à rejoindre Seb et les chasseurs, absorbés dans la contemplation de deux jeunes cerfs. Puis, les petits ayant fui, nous suivons la piste d’un grand mâle et nous cachons dans les broussailles. Le voici qui s’approche. Il est énorme : aussi gros qu’un bœuf ! Et ses bois sont magnifiques, gigantesques ! Je ne pensais pas que les cerfs pouvaient être aussi imposants ! Le vent emporte notre odeur du côté opposé au cerf : il ne nous sent pas, ne nous voit pas, il approche. Nous l’observons à loisir tandis que Seb immortalise la rencontre sur l’appareil photo. A 15 mètres il nous voit et rebrousse chemin en détalant. Nous suivons sa course effrénée vers la forêt en contrebas où l’animal se met à l’abri.
Nous descendons à notre tour mais beaucoup plus lentement. La pente est bien à pic et nous sommes loin d’être aussi agiles que le cerf. Nous retraversons la forêt dense puis débouchons sur les plantations de thé. Sur le chemin nous voyons beaucoup de traces d’éléphants mais nous n’en apercevons pas. Nata Riaja nous demande de ne pas nous attarder dans ce coin à la tombée de la nuit car la zone est dangereuse. Des tigres et des chiens sauvages y descendent la nuit selon lui. Comme le soleil est déjà bien bas nous pressons le pas.
Vendredi 7/04/06
6 heures, Nata Riajan frappe à la porte. Aussitôt ouverte, Kanaramani, la maîtresse de maison, s’engouffre dans la cuisine pour démarrer son feu, suivie des enfants de Raja qui viennent assouvir leur curiosité. Pour le réveil en douceur on repassera ;-) Les yeux encore pleins de sommeil, nous sortons pieds nus devant la maison et admirons le spectacle de la montagne enveloppée dans la brume matinale. Nos voisins n’ont pas l’air plus réveillés. Quelques enfants pointent leur tête ébouriffée dehors, les femmes s’activent à l’intérieur, le village de Matto Patti se réveille.
Après une observation attentive de la montagne pour y discerner des cerfs ou des vaches sauvages, Raja nous propose de monter en voiture. Nous prendrons le petit déjeuner dans une cabane sur la route. Nous montons parmi les plantations de thé. Les élagueurs sont déjà au travail depuis un moment. Nous coupons le moteur près d’eux et leur proposons de l’eau. Dès qu’ils repèrent l’appareil photo de Seb, ils se mettent en ligne, l’élagueuse à la main, et prennent la pose. Une fois de plus l’appareil fait son petit effet.
Vingt minutes plus tard nous sommes au sommet. L’autre versant est également tapissé de plants de thé. Nous franchissons une barrière, nous pénétrons dans un autre domaine agricole, un autre « Tea Estate ».
Nous descendons la route sinueuse, le panorama est superbe, verdoyant, ponctué ça et là de grands arbres bleus. Raja coupe le moteur pour économiser le gaz (il roule au GPL ! ), ce qui nous permet d’admirer en silence le spectacle qui se déroule sous nos yeux. Du tyhé, du thé et encore du thé…nous croisons des ouvrières puis nous arrivons près d’un mince cours d’eau. Raja nous apprend qu’en amont nous trouverons une cascade alors nous attrapons nos maillots de bain, une serviette, et remontons le lit de la rivière. Quatre indiens sont déjà sous l’eau, nous y entrons, brr, elle est froide ! Mais ça fait un bien fou. Un des indiens sort carrément son savon et commence à se laver…ben voyons, il est à l’aise avec sa conscience écologique celui-là ! ;-)
Après cette douche rafraîchissante nous remontons en voiture, achevons la descente et garons le rickshaw. Raja nous guide dans la plantation jusqu’à un village entouré de thé. Cette fois nous sommes chez sa sœur. Les petites filles courant partout dans leurs robes avec leurs cheveux enrubannés nous font penser à la petite maison dans la prairie. La nièce de Raja, quatre ans, a l’air d’un ange avec ses grands yeux innocents et sa jolie robe blanche. Et pourtant c’est un petit diable qui ne perd pas une minute pour faire des bêtises. Depuis notre arrivée elle a déjà rendu sa liberté à une poule et jeté des cailloux à deux chiens jaunes qui ne demandaient qu’à ce qu’on les laisse faire leur sieste tranquillement. Devant tant de cruauté enfantine, ils fuient sans demander leur reste.
Comme partout où nous passons, nous attirons les curieux. Pendant que nous déjeunons dans la petite maison, près de dix personnes assistent à notre repas ! Les enfants sur le lit, les occupants de la maison un peu partout et les voisines qui écartent le rideau de la cuisine pour mieux nous observer. On ne peut pas dire que nous ayons faim mais devant tant de public nous n’osons pas délaisser notre assiette.
Sur le chemin du retour, enfin seuls avec Raja, nous profitons du paysage et nous laissons doucement ballotter par les mouvements du rickshaw. Je sens le sommeil me gagner quand soudain un mouvement attire nos regards sur le bas-côté : des singes noirs ! Nous savions qu’ils fréquentaient la forêt alentours mais nous avons vraiment de la chance de les voir de si près. Ils filent vite cependant et nous reprenons notre chemin.
Nous sommes de retour chez Nata Riajan et Mutumari qui tiennent fièrement à nous faire goûter les spécialités locales. Tout va bien jusqu’à une boule blanche à l’apparence inoffensive, très appréciée des enfants. Mais le goût est absolument infect ! La peur de vexer me pousse à tenter d’ingurgiter le cadeau malgré tout, après tout il n’est pas si gros. Mais mon estomac se rebelle, je sais que si je l’ingère, ça ira mal. Que faire ? Aucune table pour le laisser traîner, les enfants en ont déjà plein les doigts, pas question de le mettre discrètement sous le tapis ;-) et tout le monde a les yeux rivés sur nous. Je décide de me lever en faisant mine de chercher un mouchoir dans mon sac et, mine de rien, y dépose l’ignoble boule. Croyez-le ou pas mais l’odeur me soulevait encore le cœur plusieurs jours après en avoir débarrassé mon sac !
En fin d’après-midi, nous accompagnons Nata Riajan sorti récupérer sa vache et son veau pour les reconduire vers l’étable. Puis Nata Riajan procède à la traite : nous aurons encore du bon lait chaud ce soir J
Nous passons la soirée chez Mutumari et Nata Riajan, toujours aussi adorables. Ils nous montrent leur album de mariage, un mariage arrangé comme le veut toujours la coutume. Puis nous discutons de la France et tentons d’expliquer gentiment à la famille qui voudrait s’installer en France, qu’il ne faut pas croire que la vie là-bas serait paradisiaque. Désolés de briser leur rêve, nous leur décrivons les conditions de vie en France, le chômage, les prix élevés, et ça les fait réfléchir.
Samedi 8/04/06
Ce sont nos derniers instants dans le village. Personne ne veut nous laisser partir. Kanaramani nous propose de rester dans sa maison pendant une semaine et Nata Riajan voudrait nous garder au moins pour le week-end. Il veut absolument nous montrer la montagne plus en détails et faire de grandes ballades avec nous. Ils sont vraiment trop gentils, leur offre est tentante mais nous sommes fatigués et préférons partir.
Mais avant de nous quitter, les femmes tiennent à m’habiller en indienne et à prendre des photos avec moi. Kanaramani sort un magnifique Sari en soie orange d’une valise et m’aide à le passer. Ce n’est vraiment pas évident de mettre un Sari dans les règles de l’art. Kanaramani compte les longueurs avec ses doigts, fait plusieurs plis, le drapé est parfait, le Sari est superbe !
Lundi 10/04/06
Nous finissons de tasser nos vêtements dans nos sacs. Nous comptons prendre le bus de 11h30 pour Kochi, quand Rajeev, le gérant de l’hôtel Kaippallil nous prévient que les deux touristes anglais qui prennent notre chambre sont arrivés en taxi depuis Kochi. Pour ne pas rentrer à vide le chauffeur nous fait un « return price » : 500 roupies au lieu de 1 600 déboursés par les anglais. On les aime bien nous les anglais, c’est la deuxième fois qu’ils nous « offrent » le taxi J
La route entre Munnar et Kochi est très belle. Nous descendons la route sinueuse qui longe les palmiers. La montagne est verte, nous apprécions le paysage.
Mardi 11/04/06
Nous sommes à Kochi depuis hier, à Fort Kochi plus précisément, une des îles qui composent la ville de Kochi. L’endroit est peu fréquenté, calme, propre et paisible. Les maisons, de vieilles demeures portugaises blanches, contrastent avec les maisons indiennes habituelles et contribuent à rendre les lieux agréables. Nous nous dirigeons vers la plage où une dizaine de carrelets de pêche chinois, de grands filets triangulaires montés sur des palans de bois géants sont relevés par les pêcheurs. Peu de filets sont en activité car nous sommes hors saison, il fait trop chaud pour le poisson. Les pêcheurs nous font signe depuis leur machine, nous traversons le petit bout de plage et montons les saluer. Seb prend place dans l’équipe qui remonte le filet. Malgré le manque de poisson, le contrepoids est très lourd ! Un pêcheur nous explique qu’en saison ils remontent le filet toutes les deux minutes ! ça fait les muscles !
En fin d’après-midi nous nous rendons au centre de danse Kathakali. C’est un art spécifique du Kerala qui remonte au 17è siècle. Kathakali est la combinaison de deux mots malayalam (la langue parlée dans le Kerala) : « Katha » qui signifie « histoire » et « Kali » qui signifie « pièce ». C’est donc une histoire jouée qui contient du mime, de la musique, de la comédie et de la danse. Les histoires proviennent principalement de la mythologie hindoue et des Puranas (récits sanscrits concernant la trinité hindoue). Le centre forme des étudiants à tous les éléments du Kathakali tels que le tambour (chenda), le chant, la danse et le maquillage. Les élèvent doivent étudier 8 à 10 ans avant de devenir un artiste Kathakali.
Le maquillage est très important pour préparer un personnage : un minimum d’une heure est nécessaire. Nous assistons tout d’abord au maquillage des trois personnages de l’histoire jouée aujourd’hui : le fils du vent, le démon et le brahmane.
Les couleurs sont extraites de roches frottées sur une pierre et mélangée à de l’huile de coco, tandis que la pâte de riz sert à coller des extensions en papier sur le visage des acteurs. Le travail est très minutieux. Le fils du vent a le visage peint en vert et jaune et le démon en rouge, avec des nuances de noir.
Puis le spectacle commence : l’homme qui joue le brahmane se lance dans une explication des divers mouvements des yeux, du visage, du corps et des significations de quelques mimes et signes de la main. La pièce débute enfin : « comment le fils du vent débarrasse la terre du démon. »
Les costumes sont très colorés, les danses, les mimes et la musique sont exotiques, inhabituels à nos yeux et à nos oreilles. Il est difficile de comprendre les détails de l’histoire mais c’est tout de même intéressant. Les émotions sont surjouées, les acteurs accompagnent les mimes de roulements d’yeux et de cris : on dirait un Guignol grandeur nature, ça plairait aussi aux enfants.
Vendredi 14 avril
Nous sommes à Allepey en plein cœur des backwaters, un vaste réseau de lagunes, de lacs, de rivières et de canaux qui borde la côte du Kerala et s’enfonce loin dans les terres. Nous prenons place dans le ferry en direction de Kottayam. Lorsqu’il démarre, tous les sièges sont occupés. Nous sommes une cinquantaine à nous partager le bateau en bois.
Nous longeons les canaux bordés de cocotiers qui ploient vers l’eau, alourdis de leurs noix de coco. Le bateau s’arrête régulièrement pour embarquer et débarquer les passagers aux minis jetées aménagées le long des canaux.
Le bruit du moteur est bien présent mais à défaut du chant des oiseaux nous pouvons les admirer : aigrettes blanches, kingfisher colorés…le bateau emprunte les canaux dont les rives surélevées sont émaillées de huttes habitées en dehors de la saison des pluies. Nous assistons au spectacle de la vie quotidienne dans les backwaters du Kerala : les femmes lavent le linge et le tapent avec force contre la pierre, les enfants jouent dans l’eau, les poules courent sur les murets…
Le ferry se désemplit au fur et à mesure. C’est le vendredi saint aujourd’hui et les nombreux catholiques du Kerala ne travaillent pas. Ayant revêtu leurs plus beaux habits, ils rendent visite à leur famille. Les petits ponts de bois se lèvent sur notre passage, les responsables des ponts nous regardent passer, la corde à la main, puis remettent le passage en place pour les piétons. Nous arrivons bientôt mais les plants de lotus ont envahi le canal. L’eau est entièrement recouverte et les pales de l’hélice se prennent dedans. Le moteur cale et ne veut plus rien entendre : il ne redémarrera pas tant qu’on ne l’aura pas débarrassé de cette végétation envahissante. Il n’y a qu’une chose à faire : descendre sous l’eau et couper tout ça au couteau…un des membres de l’équipage s’y colle. Revêtu d’un pagne il se met courageusement à l’eau, plonge sous l’embarcation et retire les racines emmêlées. Après quelques plongeons nous pouvons repartir. Les feuilles de lotus ont envahi le canal sur plus d’un kilomètre mais nous franchissons l’obstacle et arrivons finalement à bon port.
Le temps d’un déjeuner rapide dans la ville de Kottayam qui n’a rien d’attrayant, nous retournons au ferry pour prendre le chemin du retour, tout aussi beau qu’à l’aller.
Nous atteignons Allepey à 18 heures sous quelques gouttes de pluie qui ne tardent pas à se transformer en gros orage. Nous sommes trempés en moins de deux minutes, nous nous réfugions à l’hôtel et admirons ce début de mousson illuminé par les éclairs.
Samedi 15 avril
Le ciel s’est apaisé pendant la nuit, le soleil est de nouveau bien visible. A 12 heures nous embarquons sur le House Boat que nous avons loué jusqu’à demain matin. Le bateau à fond plat de plus de 20 mètres de long, est composé d’un socle en bois surmonté d’osier qui constitue les murs. Le pont avant dispose de confortables transats, d’une table, d’un matelas près de l’eau pour faire la sieste…et à l’arrière : deux cabines et une cuisine. Tout cela pour nous deux, avec un équipage aux petits soins. C’est le luxe…
Nous appareillons, le capitaine se place à la proue derrière le joli gouvernail en bois et le bateau glisse tranquillement sur l’eau calme, le long des canaux.
Les cocotiers sur les rives se reflètent dans l’eau verte sur laquelle flottent ça et là des lotus fleuris. Les habitants des petites maisons nichées sur les remblais vaquent à leurs occupations : ils se lavent, nettoient leur vaisselle en fer blanc, pêchent ou regardent les bateaux passer. Les enfants nous font des signes en souriant, nous admirons le paysage qui se déroule, paresseusement installés sur nos transats en osier. Le bateau avance doucement, le bruit du moteur est léger et nous laisse entendre le chant des oiseaux, l’eau est calme et lisse : aucun tangage à déclarer, nous piochons dans la coupe à fruits qui trône sur la table, et comme toujours, à droite comme à gauche : les cocotiers à perte de vue…si ce n’est pas ça le bonheur, ça y ressemble fortement !
Nous nous amarrons pour déjeuner. Le cuisinier nous sert un délicieux plat kéralais à base de riz, de haricots, de lait de coco, d’oignons et de piment…beaucoup de piment ! C’est délicieux même si ma bouche crie au feu encore plusieurs minutes après le repas.
Puis vient l’heure de la sieste au bord de l’eau et nous repartons à la découverte des canaux tout doucement…lentement…tranquillement.
A 17h30 nous accostons et amarrons le bateau le long d’un canal où nous contemplons le soleil qui se couche derrière les arbres. Nous dégustons un jus de coco fraîchement cueillie, la nuit tombe, nous allumons la lumière quand soudain, nous sommes littéralement mitraillés par tout ce qui a des ailes ou des pattes suffisamment puissantes pour se projeter sur le pont. Autant pour le petit paradis : c’est un vrai champ de bataille. On ramasse les insectes à la pelle. Je déclare forfait et cours me réfugier dans la cabine. Seb ne tarde pas à me rejoindre, c’est infernal dehors : on croirait entendre la pluie tomber dru sur le toit mais c’est le bruit des insectes qui se fracassent sur les parois ! L’équipage décide de changer de crèmerie : nous ne pourrions jamais dîner sur le pont dans ces conditions. Nous rallumons le moteur et cherchons un lieu plus abrité pour la nuit.
Dimanche 16/04/06
8 heures : le moteur démarre et nous reprenons la lente progression sur les canaux en direction d’Allepey que nous atteignons une heure plus tard. Nous débarquons, rejoignons l’hôtel puis nous rendons à la gare ferroviaire où nous prenons deux billets pour les plages et le farniente de Goa.
Mais entre temps un long voyage nous attend : une heure de train jusqu’à Kochi où nous attendons pendant près de dix heures notre correspondance. Les bancs sont durs, le bruit des trains qui sifflent à l’entrée en gare est assourdissant, les centaines de voyageurs qui se hèlent et se pressent produisent un brouhaha constant : le dimanche de Pâques est ici aussi un jour d’affluence, la gare est bondée.
Nous laissons nos gros sacs à la consigne et nous munissons de bouquins policiers, rien de tel pour laisser s’égrener les heures sans en arriver à l’ennui mortel.
23h45 : le train entre en gare, c’est la course pour les voyageurs qui ont des billets sans réservation. Même s’il ne restait plus que des places de quatrième catégorie, en « Sleepers », nous avons heureusement des places assignées. Le wagon est divisé en une dizaine de box de huit personnes, traversés par un long couloir. Les fenêtres sans vitres, fermées par des barreaux, permettent de profiter du courant d’air provoqué par le mouvement du véhicule et trois ventilateurs par compartiment font baisser légèrement la température ambiante, agréable la nuit mais étouffante le jour. Trois lits superposés sont plantés dans chacune des deux parois tandis que deux couchettes plus courtes sont fixées au bout, près des fenêtres. Après avoir cadenassé nos gros sacs à une grille, nous nous allongeons à nos places respectives, nos petits sacs remplis de nos biens précieux en guise d’oreiller. Les lits sont durs comme une paillasse de prisonnier mais nous sommes habitués maintenant. Le compartiment n’est pas surchargé, nous sommes finalement agréablement surpris par le confort des « Sleepers ». Nous nous laissons bercer par le léger mouvement oscillatoire et par le chant du rail, et si les allers et venues des voyageurs s’étaient faites plus discrètes nous aurions dormi comme des bébés.
Lundi 17/04/06
10 heures : les aller-retour des vendeurs de nourriture et de boissons m’arrachent à mon demi sommeil. Je jette un œil en bas : Seb est là, les sacs aussi, tout va bien. Nos voisins ont changé pendant la nuit. Il ne nous reste plus que cinq heures de route si le planning est respecté. Mais nous apprenons que nous sommes dans le « train des vacances », un train spécial qui laisse systématiquement la priorité aux convois réguliers. Nous n’atteindrons Goa que vers 17h30 avec 2h30 de retard, c’est honnête.
Entre deux pages de nos livres maintenant bien entamés, nous levons le nez et découvrons un paysage joli mais peu changeant de cocotiers, de cours d’eau puis à nouveau de cocotiers. Lorsque nous posons nos tongs sur le sol de Goa nous sommes fatigués et affamés. Pour contrecarrer la faim nous choisissons l’antidote « restau de la gare », pour la fatigue nous sélectionnons un hôtel dans notre guide de voyage. Comme souvent le taxi nous conduit dans un tout autre endroit. Nous acceptons de voir le lieu préconisé car il est vrai que les guides produisent souvent de quasi monopoles qui incitent les hôteliers cités à augmenter leurs prix. L’hôtel est effectivement très bien placé, en bordure de plage et doté d’une jolie piscine, tout cela pour un prix correct : on signe !
Mardi 18/04/06
12 heures de sommeil ininterrompu : nous devions être vraiment fatigués…je finis mon « roman de la gare » puis rejoins Seb attablé au café faisant face à la plage de Colva, une plage de sable blanc bordée de cocotiers et hérissée de quelques huttes de pêcheurs qui vivent sur le sable. Nous n’apercevons que très peu d’européens : cette plage est fréquentée en majorité par des touristes indiens.
Nous passons là quelques heures à regarder les enfants jouer au foot et les jet ski quadriller l’eau.
Puis l’envie me prend de lire au bord de l’eau. J’y vais seule pendant que Seb finit son café. Mais je le regrette vite car les européennes sont tellement rares sur cette plage que je suis la seule candidate pour jouer au sport préféré des indiens en vacances : la photo ! Je me prête de bonne grâce aux premières sollicitations, étant moi-même bien heureuse que les autochtones acceptent mes propres photos. Mais au bout de trois photos de groupe en moins de 15 minutes, je me rends compte que je vais avoir du mal à garder le fil de ma lecture. Trois photos plus tard je me rends compte que je passe plus de temps debout à sourire bêtement à la caméra qu’à lire assise sur le sable, et je commence à trouver ça pesant. Mais je refuse de m’avouer vaincue tout de suite. Je veux lire au bord de l’eau mais en même temps je ne veux pas faire ma grincheuse en envoyant balader les gens qui me demandent une photo. Une de plus, allez, j’en ai assez, d’autant plus qu’on me met les bras autour des épaules comme si on se connaissait depuis les années collèges, on se colle à moi, ça m’énerve. Je laisse là mon bouquin et file vers l’eau, là où personne ne viendra me déranger. Ben si, un groupe d’étudiants en goguette avec qui j’avais fait une photo profite de l’aubaine pour m’entourer et en faire d’autres dans les vagues. Bien sûr je ne provoque pas en me baignant en bikini : j’ai opté pour le paréo étant donné que les femmes indiennes se baignent toutes habillées. Mais ça ne fait rien. Allez, ciao, vous êtres bien sympas mais une quinzaine de photos en moins d’une heure c’est un peu lourd. Je ramasse mes tongs, mon bouquin et rentre me réfugier au bar de la plage où j’annonce à Seb : « on bouge pour une plage à touristes ! ».
Mercredi 19/04/06
Seb fait un footing matinal sur la plage puis nous prenons un copieux petit déjeuner au restaurant de la plage où nous squattons une bonne partie de la journée. Nous changeons de lieu de villégiature demain : direction Palolem, réputée pour être la plus belle plage de Goa et touristique à souhait. Comme nous sommes en fin de saison il ne risque pas d’y avoir foule.
Pour l’heure nous sommes toujours à Colva et après un intermède Internet nous fonçons vers le grand bleu. Elle nous a paru tellement chaude hier que nous sommes curieux d’en connaître la température exacte : 31, 3 °C ! ça va, on n’a pas de mal à entrer dedans ;-)
Jeudi 20/04/06
Palolem est beaucoup plus jolie que Colva. La plage est plus petite, la baie étant fermée de chaque côté par des collines verdoyantes. A droite de la baie, une petite île plantée de cocotiers trône à une centaine de mètre du bord et le sable blanc est bien propre. C’est l’archétype de l’endroit idyllique.
Seb déniche une hutte en bord de plage, perchée sous les cocotiers : on se croirait dans une cabane perchée dans les arbres. Le logement est sommaire bien sûr mais la vue depuis le petit balcon en bois est formidable : le sable en contrebas, les barques de pêche colorées, puis la mer… on va se plaire ici J
A peine installés, il nous tarde de goûter l’eau. Fini le paréo, ici l’influence des touristes permet d’être beaucoup plus relax. L’eau est chaude, calme, apaisante…nous nous baignons jusqu’à en avoir les doigts fripés quand soudain Seb qui s’était retourné vers moi me dit d’un ton pressant : « sors de l’eau ! sors de l’eau ! ». Il n’a pas l’air de plaisanter alors je cours le rejoindre près du bord. Intriguée, je me retourne, pensant à des méduses ou à un tourbillon qui l’aurait alerté. Mais non, rien de tout cela. Je lui demande alors ce qui se passe et il me dit « un aileron, à trois mètres derrière toi, il te suivait ». Au moment où j’allais lui rétorquer que l’alerte au requin était une blague tellement vieille qu’elle n’en était plus marrante, je vois moi aussi un aileron qui perce la surface de l’eau ! Gloups…Puis dans un mouvement lent et gracieux de plongeon, nous discernons le dos bombé d’un dauphin ! Ouaouh ! Un dauphin qui vient nager parmi nous ! Mais il ne reste pas longtemps, peut être s’est-il aperçu qu’il était trop près du bord, il rebrousse chemin, nous laissant tous deux émerveillés par cette rencontre inattendue J
Mercredi 26/04/06
Palolem est une invitation à la paresse : buller, rêvasser, paresser, bronzer, bouquiner, se baigner, somnoler, manger des ananas, pastèques, mangues et noix de coco…voici le résumé de ce que nous faisons à Palolem. Nous n’avons aucune envie de faire quoi que ce soit d’autre, encore moins de partir. Nous voulons rester dans notre petite cabane en bois, bercés par le bruit des vagues qui s’étirent à quelques mètres de là.
Samedi 29/04/06
Tiraillés entre l’envie de rester paresser à Palolem ou visiter le Rajasthan, nous avons finalement décidé de partir. Aujourd’hui est donc notre dernier jour sur cette plage de rêve. Nous remballons nos maillots de bain et prenons la route de l’aéroport. Direction : Delhi !
A l’aéroport, une scène nous fait mourir de rire. Une bimbo blonde se promène en Tshirt et maillot de bain au milieu des voyageurs en partance. Je rappelle que les femmes se baignent toutes habillées ici, même si sur les plages fréquentées par les touristes le bikini est tout à fait habituel. Elle n’a pas l’air de se rendre compte que dans l’aéroport sa tenue est « légèrement » provocante et déplacée. En fait elle n’a tout simplement pas l’air de se rendre compte de ce qui se passe autour d’elle…quelques blancs dans les conversations…elle en fait rire plus d’une et s’étrangler plus d’un ;-)
Dimanche 30/04/06
Après la douceur de Palolem, l’arrivée à Delhi, surpeuplée, étouffante et polluée fait un choc ! L’air pur et le petit vent frais qui s’infiltrent sous les cocotiers, c’est terminé. Il va falloir s’y faire. Nous grimpons dans un rickshaw pour rejoindre la gare. Nous voulons partir pour Agra demain. La circulation est infernale à Delhi comme dans toutes les grandes villes indiennes. Les bus, les charrettes, les rickshaws (enfin, tout ce qui roule) se partagent la route avec plus ou moins de bonheur. Notre rickshaw n’est pas dans un bon jour car un de ses collègues, qui le double dans un espace trop réduit, nous serre à droite et finit par nous rentrer dedans. Heureusement, notre chauffeur ne se déporte pas dans le bus qui se trouvait à gauche car la carrosserie en boîte de conserve ça résiste moyennement.
A la gare, on nous explique que les touristes doivent acheter leurs billets dans un bureau spécial à l’extérieur de la gare, où l’on nous conduit. Les bureaux sont décorés et climatisés, c’est étonnant. L’employé très sympathique consulte son ordinateur et nous informe qu’il n’y a plus aucune place dans le train de demain. Nous sommes pourtant hors saison mais il y aurait des congrès dans la région, ce qui remplirait les trains selon lui.
On nous propose alors une autre option : la voiture avec chauffeur. Les voitures se louent la plupart du temps avec chauffeur ici car même le pire chauffard parisien n’est pas armé pour la conduite à l’indienne.
L’offre est séduisante, nous pourrions visiter beaucoup plus de lieux sans nous soucier des disponibilités ou horaires de train. Nous sommes intéressés mais un quiproquo sur les prix nous fait hésiter. Nous partons vers une autre agence vérifier la cohérence du tarif annoncé. Nous nous apercevons alors que les bureaux dont nous venons n’appartiennent absolument pas aux chemins de fer indiens. Nous nous sommes faits dévier ni vu ni connu vers une agence de voyage privée. La question est : le train était-il vraiment complet pour demain ? Nous ne le saurons jamais car finalement nous sommes alléchés par l’option confortable de location de voiture, pas si chère finalement (390 euros pour quinze jours).
La seconde agence est la bonne. Elle aussi se cache sous un nom faussement officiel. « DTTDC » est inscrit en gros caractères sur la vitrine mais elle n’a rien à voir avec le Delhi Tourism & Transport Development Corporation évoqué par notre guide de voyage. C’est le sport national de se donner une fausse légitimité…
Nous louons donc une voiture avec chauffeur pour 15 jours. Le vendeur nous offre une visite de la ville qui nous permet de découvrir tout d’abord le centre de Delhi : la voie royale d’une largeur démesurée, l’India Gate à une extrémité et l’imposant palais présidentiel à l’autre. Puis nous prenons la direction du temple Bahaï au sud de la ville. Le bâtiment en forme de lotus ressemble étrangement à l’Opéra House de Sydney. Il n’est pas aussi bien placé que l’Opéra mais est tout aussi beau à notre avis. Ce gigantesque lotus blanc entouré de bassins, accueille les adeptes de toutes les religions qui peuvent venir y prier et y méditer. Pour finir la visite, Vinod, notre chauffeur, nous conduit au Lakshmi Narayan Temple en marbre blanc sculpté, très intéressant.
Lundi 1/05/06
Vinod, accompagné de son beau-frère à qui il apprend le métier, vient nous chercher à 7 heures. Nous prenons la direction d’Agra dans l’Uttar Pradesh. La voie express est encombrée, les voitures et les camions roulent n’importe comment et s’arrêtent n’importe où Mais il y a pire : nous croisons quelques camions qui ont carrément dépassé le terre-plein central et roulent en contre sens ! Personne n’a l’air choqué et ça fait rire Vinod qui nous dit que ce sont des camions fantômes…Ben j’aimerais pas trop me les prendre de face les camion fantômes !
Nous arrivons à Agra vers midi. Le temps de nous restaurer, de nous reposer un peu et nous nous rendons au Taj Mahal ! Selon nous ce mausolée moghol construit au 17è siècle mériterait le titre de « merveille du monde ». Nous n’avons jamais vu d’édifice aussi beau.
Le marbre blanc est décoré de fleurs noires, rouges, vertes et jaunes sensées représenter les floraisons du paradis. Ces fleurs sont taillées dans des pierres semi-précieuses (lapis lazuli bleu, malachite vert, nacre…) tandis que des bouquets sont sculptés dans le marbre des murs. Des versets du coran en marbre noir sont incrustés sur les quatre façades identiques du Taj. Tout ceci donne un ensemble très fin, très frais et très féminin. On comprend qu’il ait été bâti pour l’amour d’une femme. Pourtant, malgré la finesse et la richesse du travail, les sculptures et les incrustations, le monument ne paraît pas surchargé comme les églises rococo. Il a l’air simple et riche en même temps, il est tout simplement splendide.
L’intérieur, tout aussi admirable que l’extérieur, renferme les corps de Shah Jahan et de Mumtaz Mahal, sa seconde femme morte en couches, pour qui ce mausolée a été bâti. Là encore les murs en marbre sont sertis de fleurs délicates et des bouquets sont sculptés dans les murs. L’enceinte intérieure est entourée de panneaux de marbre ajourés aussi finement que de la dentelle. C’est renversant de finesse et de fraîcheur.
D’habitude je ne suis pas tant enthousiasmée par l’architecture. Je préfère les beautés créées par la nature. Mais le Taj Mahal est tout à fait à part et je me dis que la main de l’homme peut parfois réaliser des chefs d’œuvres aussi beaux que Mère Nature finalement.
Pour la petite histoire : certains des artisans furent amputés des mains ou des pouces afin qu’ils ne puissent reproduire la perfection du Taj…ça laisse songeur.
Mardi 2/05/06
Nous sommes sur la route de Jaipur. Le paysage est de plus en plus sec et nous croisons nos premières charrettes tractées par des dromadaires. Les pas lents et majestueux des camélidés leur donnent une drôle d’allure. Ils sont tellement grands qu’ils regardent tout le monde de haut, ce qui leur donne un air hautain de rois du désert ;-)
Dans les environs de Jaipur nous visitons le temple de Galta surnommé « Monkey Temple » car il est envahi par les singes. Nous grimpons vers des bassins où de jeunes garçons se baignent et plongent du muret qui borde l’escalier. Ils s’amusent à faire la bombe lorsque nous passons près d’eux : une rencontre très rafraîchissante ;-)
Le soir Seb et moi nous rendons au cinéma Raj Mandir de Jaipur. Le hall d’entrée est immense, des moulures recouvrent les murs peints de couleurs pastel et le tapis bleu nuit est tellement épais qu’on croirait s’enfoncer dedans. Le film débute. C’est une histoire d’amour dans laquelle une femme très belle et un homme très beau se rencontrent et tombent amoureux alors qu’ils sont déjà fiancés par ailleurs : lui à une femme très belle mais insensible et elle à un homme très riche mais accaparé par son travail. On vous étale bien les clichés à la truelle…
L’histoire est jalonnée de scènes de danses et de chants entraînants, de blagues ponctuées d’applaudissements dans la salle, d’une course en voiture, de pom pom girls, de beaux paysages…enfin, voici ce que nous pouvons dire de la première partie…qui dure une heure et demi ! Nous sommes partis à l’entracte. C’était sympa mais nous ne maîtrisons toujours pas l’hindi ;-) Et trois heures d’eau de rose à l’indienne c’est « un peu »long.
Mercredi 3/05/06
Nous marchons entre les éléphants qui portent les touristes vers le Amber Fort situé sur une colline à 11 kilomètres de Jaipur. L’un d’eux nous asperge avec sa trompe en tentant de se rafraîchir…attention, le passage est étroit, il ne s’agit pas de se faufiler entre les pattes de ces mastodontes ! Nous collons à la paroi rose et les laissons passer. Ouf, nous sommes en haut.
Nous pénétrons dans l’enceinte du palais fortifié rajput et nous rendons au Siladevi Temple, un très beau temple dédié à Kali, la divinité la plus cruelle du panthéon hindou. A l’intérieur, accrochée sur les murs de marbre blanc finement sculpté, nous découvrons une peinture de la déesse représentée avec un collier de crânes autour du cou ! Puis nous accédons aux appartements du maharaja, ornés de délicates peintures murales dans des tons pastels qui font ressortir la fraîcheur du fond blanc. A l’étage, un mur en marbre ajouré laisse filtrer un agréable petit vent et permet d’épier la terrasse sans être vu. Les femmes du maharajah y passaient paraît-il beaucoup de temps. Autour d’un joli jardin dans la petite cour intérieure, scintillent des mosaïques composées de miroirs, représentant des bouquets de fleur, des rosaces et des arabesques. On dirait de l’argent qui brille au soleil. C’est impressionnant, admirablement rénové et laisse entrevoir la richesse du maharaja.
Dès la sortie du fort, des vendeurs nous abordent, brandissant des marionnettes. Ils nous lancent : 15 les deux ! 15 les deux ! Nous nous disons naïvement : 15 roupies les deux !? C’est donné ! Et puis ça fait un petit souvenir sympa. On fait signe à un vendeur qu’on les prend. Il les emballe, nous les donne puis nous annonce : 15 euros, 800 roupies s’il vous plaît. On écarquille les yeux puis on éclate de rire. Bien tenté, mais ça ne prend pas. Nous lui rendons ses marionnettes et descendons les marches qui nous mènent au parking en riant comme des baleines. Le vendeur nous suit. Tous les 20 mètres le prix descend de 100 roupies. Arrivés à l’entrée du parking les marionnettes ne sont plus qu’à 100 roupies. « Allez, on te les prend si tu insistes ». Et puis il nous a bien fait rire. Nous racontons l’histoire à Vinod, notre chauffeur, qui nous dit que c’est une arnaque souvent utilisée par les rickshaws auprès des japonais. Ils négocient la course à l’avance, « 50 » par exemple, le japonais monte et se laisse conduire, puis au moment de payer, le rickshaw lui demande 50 dollars ! Là le japonais blêmit, explique qu’il n’avait pas compris, mais au lieu de faire un scandale et de crier au voleur comme le ferait tout français qui se respecte, le japonais renégocie le prix en dollars ! Il finit par ne payer « que » 40 dollars ! La belle arnaque…
Après cette franche rigolade, nous poursuivons la visite par le fort voisin, le Fort Jaigarh où seul le gros canon sur roues de 250 tonnes nous intéresse. Le reste est bien délabré, quasiment aucune peinture ne subsiste. Nous nous rendons au Nahargarh (Tiger Fort) à quelques kilomètres de là. Les murs jaunes rehaussés de peintures bleues et vertes, de fresques raffinées et de bouquets de fleurs sont fascinants. Après le fort d’Amber c’est notre endroit préféré. Dommage qu’il soit trop grand pour être correctement surveillé car les graffitis, les pigeons et la saleté sont en train de le dénaturer. L
Après le superbe cénotaphe en marbre sculpté érigé en mémoire du maharaja Madho Singh 2, nous entrons dans le « Wind Palace" situé en plein cœur de la ville rose, la vieille ville de Jaipur. De la cour intérieure nous apercevons le mur blanc surmonté de jolis blocs roses ajourés des deux côtés, à travers lesquels file le vent. Nous avions lu dans notre guide que cet endroit était un des plus intéressants de Jaipur mais après les magnifiques forts que nous avons découverts ce matin, le Palais des vents, malgré son nom séduisant, ne nous a guère éblouis.
Nous poursuivons les visites de la journée par le City Palace qui vaut bien la visite mais fait aussi pâle figure par rapport aux Forts d’Amber et de Nahargarh. Le palais est grand et beau mais nous avons été trop gâtés dès le matin : les sales gosses ;-)
Bon, nous ne sommes pas totalement blasés car nous sommes charmés par le Sri Lakshmi Narayan Temple sur lequel nous achevons notre journée de visites. Le temple en marbre blanc comporte des dizaines de colonnes extérieures sculptées à l’effigie d’un dieu ou d’un personnage important. Et nous obtenons une fois de plus la preuve que les indiens de sont pas sectaires car sont représentés Jésus, Marie et les sept nains (nooon, pour les sept nains je plaisante ;-) ils ont été remplacés par Saint Antoine, Saint Pierre, Moïse, Confucius, Zaratustra et Socrates.
Jeudi 4/05/06
Nous rallions Pushkar ce matin. Cette petite ville de 15 000 habitants à l’orée du désert, nous avait été recommandée par un voyageur. Nous flânons quelques heures le long des ruelles dans lesquelles nous devinons la beauté passée des demeures trop souvent décrépies. Certaines, mieux préservées que d’autres, sont vraiment charmantes cependant. Ah si les habitants de Pushkar étaient assez riches pour entretenir leurs maisons, que leur ville serait belle !
Malgré tout, il faut avouer que le calme de Pushkar est reposant après le tumulte des grandes villes comme Delhi, Agra et Jaipur.
Nous traînons au bord du lac près des eaux sacrées des ghats dans lesquelles les pèlerins se baignent. Nous nous gardons bien d’en faire autant car le propriétaire de l’hôtel nous a prévenus que l’eau est trop puissante pour nous ;-)
Vendredi 5/05/06
Nous sommes sur le pied de guerre à six heures. Nous avons l’ambition de grimper sur la montagne du Savitri Temple avant que le soleil ne soit trop haut dans le ciel. C’est la course contre la montre car plus le temps passe plus le thermomètre prend du degré. A mi chemin à flanc de colline, nous nous retournons et admirons le lac entouré des ghats sacrés et la ville. A huit heures et il fait déjà 40 degrés. Nous décrétons que le point de vue est déjà largement assez beau et que la montée jusqu’au sommet ne nous apporterait qu’une surchauffe du moteur déjà bien éprouvé.
Nous rentrons et ne ressortons le nez qu’à seize heures. Nous achevons cette journée sur le toit du très bel hôtel « Pushkar Palace » d’où nous contemplons les reflets du soleil rasant sur le lac. Les eaux brillent de mille feux puis le soleil file enfin se coucher derrière la montagne. A ce moment précis les poissons du lac jaillissent des eaux et bondissent de conserve vers le ciel. Fascinés par le phénomène nous demandons des explications au propriétaire de l’hôtel qui nous explique que cette technique est employée par les poissons pour se rafraîchir !
Samedi 6/05/06
Une longue route nous attend. A six heures Seb sort sur le balcon prendre son petit déjeuner composé entre autres de bananes. Il se retrouve aussitôt cerné par cinq singes gourmands dont un plus effronté que les autres tente de lui arracher une banane des mains. Seb opère alors un repli stratégique dans la chambre mais un petit singe se faufile derrière lui et chipe un sac de cheikus, des petits fruits marrons et sucrés qui ressemblent à des pommes de terre. Les singes pullulent à Pushkar, tout comme les vaches et les cochons qui se nourrissent des détritus qui jonchent le sol. Ils sont bien tranquilles dans cette ville sacrée où il est interdit de manger de la viande ou même des œufs.
Six à huit heures de route nous attendent. Nous évoluons au milieu d’un paysage aride et désertique. La route est comme toujours envahie par son lot de buffles, vaches sacrées, éléphants, dromadaires et véhicules en tous genres.
Il faut préciser que la conduite ici est régie par des règles particulières telles que : le plus gros a toujours la priorité, les clignotants servent uniquement à indiquer au véhicule suivant qu’il peut doubler ou doit se rabattre tandis que la main passée à travers la fenêtre désigne la direction dans laquelle le conducteur va tourner. Oui, les indiens prennent quelques libertés avec le code de la route. On croit s’habituer à la longue…mais lorsque nous apercevons un train tellement bondé que plusieurs centaines de voyageurs ont pris place sur le toit nous nous rendons compte que décidément non, nous ne nous habituerons jamais.
Dimanche 7/05/06
Nous sommes dans Udaïpur, la ville la plus romantique du Rajasthan, dont les édifices se reflètent dans le lac Pichola.
Notre première visite est pour le temple de Jagdish, un joli temple de marbre blanc dont une centaine d’éléphants sculptés entourent la façade. L’intérieur aussi est beau, sculpté de statuettes, de chevaux et de fleurs. Le prêtre chante mais peu de personnes l’écoutent dans les derniers rangs du tapis sur lequel nous sommes assis. Les vieilles femmes dissipées qui nous entourent papotent comme dans un salon de thé. Il fait frais et il est vrai que l’endroit est très agréable pour y retrouver les copines ;-)
Puis une des femmes se met à chanter et toutes reprennent en chœur. Nous restons ainsi à profiter de la fraîcheur, de l’atmosphère agréable et détendue et rendons leurs sourires aux femmes amusées de nous voir ainsi assis parmi elles.
Lorsque nous ressortons c’est l’heure à laquelle le temple offre le déjeuner aux pauvres. Ils nous saluent, nous faisons de même, ils nous invitent alors à les rejoindre et à partager leur maigre repas. Nous refusons poliment, expliquant que nous avons déjà déjeuné : nous n’allons tout de même pas leur enlever le riz de la bouche !
Nous nous dirigeons ensuite vers le City Palace, immense et très joliment restauré dont les terrasses offrent une vue exceptionnelle sur le lac. Nous achevons d’ailleurs notre journée touristique par une petite croisière sur le lac avant de rentrer à l’hôtel Dream Heaven Guesthouse dont la vue depuis le restaurant n’a rien à envier au City Palace. Nous passons la fin d’après-midi confortablement installés dans des fauteuils d’où nous apprécions le coucher du soleil puis le City Palace illuminé.
Lundi 8/05/06
Nous sommes sur la route de Ranakpur, un village situé à 60 kilomètres d’Udaïpur, au fond d’une vallée isolée. Nous sortons de la ville et laissons filer le paysage devant nos yeux comme devant un feuilleton déjà connu lorsqu’une image nous réveille brusquement : un homme entièrement nu tente de traverser la chaussée ! C’est un prêtre Jaïna nous explique Vinod, notre chauffeur. Certains d’entre eux vont nus, accompagnés d’un homme qui recueille les aumônes offertes au prêtre. Lorsque vous croyez connaître l’Inde, elle s’empresse de vous rappeler qu’elle est imprévisible et que vous avez encore beaucoup de choses à découvrir…
A Ranakpur nous visitons le temple Jaïna dont les colonnes intérieures en marbre blanc sont sculptées et ciselées comme de la dentelle : encore un chef d’œuvre ! Je vous rassure, tous les prêtres ne sont pas nus ;-)
Mardi 9/05/06
Ici les hommes portent des turbans beaucoup plus volumineux que dans l’est du Rajasthan. Avec leur peau bistre, leur large moustache, leur gros couvre chef rouge et un anneau doré à chaque oreille ils ressemblent vraiment à des corsaires.
Les femmes aussi osent la couleur. Leurs saris sont d’un rose vif ou d’un rouge éclatant rehaussés par des broderies dorées. Les bras des femmes mariées sont recouverts de rangées de bracelets blanc ivoire et elles arborent de grandes boucles dorées dans le nez. Elles sont très belles.
Au bord des routes et dans les villages nous voyons surtout les femmes travailler. Elles plantent des arbres ou creusent des fossés sous le soleil pendant que les hommes discutent à l’ombre ou boivent le thé dans les nombreuses échoppes. La différence de comportement par rapport au travail entre les hommes et les femmes est frappante ici.
Nous prenons en stop un jeune garçon de 12 ou 13 ans. A la mode indienne, il s’assoit sur les genoux de Mukesh, le beau-frère de Vinod, installé sur le siège passager. Le garçon nous explique qu’il est marié depuis maintenant deux mois ! Les deux époux vivent dans leurs familles respectives et se réuniront à la majorité du marié. C’est incroyable que les mariages arrangés d’enfants existent encore. Et ce n’est pas rare car nous croisons un autre mariage d’enfants en bord de route. Cette fois la police est de la partie : l’âge légal pour le mariage étant de 21 ans pour les hommes et 18 ans pour les femmes, ces mariages sont interdits. Selon Vinod, les habitants du Rajasthan conservent beaucoup de coutumes ancestrales. Ils les trouve visiblement très arriérés.
Nous arrivons à Jodpur, la « ville bleue » située en bordure du désert du Thar. Vinod nous conduit dans un magasin d’épices où une jeune vendeuse nous fait sentir divers masalas (mélanges d’épices). Nous humons du masala pour le poulet, pour le mouton, le poisson, les pommes de terre, le raïta, le thé…chaque plat a son mélange d’épices et chaque sachet a une recette collée au dos. Nous craquons sur tous les masala qui nous rappellent les plats que nous avons aimés en Inde. Nous ressortons avec 2,5 Kgs d’épices…non, nous n’avons pas été insensibles à la cuisine indienne ;-)
Avant de partir la vendeuse nous explique comment différencier le safran vendu sur le marché ( fabriqué à partir de papier journal, de colorants et d’aromes), du vrai safran du Kashmir. Sur le pistil du safran une racine et un bout doivent être visibles, ce qui n’est pas le cas du safran « papier journal ». De même, du safran mélangé à de l’eau et écrasé entre les doigts doit rester jaune. Le faux safran, lui, vire au rouge.
Après ces emplettes et ce petit cours, nous nous dirigeons vers le fort de Mehrangar où nous passons trois heures tellement le site est beau et intéressant. Des terrasses nous bénéficions d’une superbe vue sur la ville aux maisons badigeonnées d’indigo. Cette couleur permettrait de conserver la fraîcheur et d’éloigner les moustiques…je ne saurais pas vous dire si la couleur tient ses promesses mais en tout cas c’est superbe !
Nous passons tellement de temps à Mehrangar que nous trouvons portes closes à Jaswant Thada, un cénotaphe surnommé « le petit Taj Mahal ». Tant pis, nous avons déjà vu son grand frère J
Mercredi 10/05/06
Le ciel est couvert, c’est une chance car les nuages abaissent la température de quelques degrés appréciables. A cette époque de l’année, Jaisalmer, située à près de 300 Km de Jodpur et à 150 Km du Pakistan affiche habituellement une petite cinquantaine de degrés.
En incluant les ravitaillements nous en avons pour sept heures de route. A la sortie de Jodpur nous pénétrons très vite dans le désert du Thar. Nous filons sur l’étroit ruban de bitume posé sur le sable. Quelques arbres secs bordent la route, leur rare feuillage constituant une manne pour les nombreuses chèvres que nous croisons. Les saris rouges, jaunes et roses des femmes portant des jarres d’eau sur leur tête tranchent joliment sur le jaune pâle du sable.
On voudrait pouvoir s’arrêter pour immortaliser leur beauté en photo mais elles fuiraient telles des gazelles effarouchées, ou nous fixeraient de longues minutes de leurs yeux interrogatifs jusqu’à ce que l’on s’approche pour leur serrer la main. Elles s’en iraient alors en pouffant : réaction typique des femmes indiennes à qui un touriste manifeste de la sympathie ;-)
Nous nous arrêtons pour déjeuner dans un restaurant local en bordure de route. Le serveur nous tend un menu en Hindi. Je le feuillette mais je ne comprends que les prix. Beaucoup de plats sont à 10 ou 15 roupies, très peu au dessus de 30. Je me fais la réflexion que ce n’est pas cher et ouvre le menu en anglais. Les prix sont tout à fait différents ! Seb récupère le menu en Hindi que le serveur s’était empressé de ranger et nous comparons : il y a 30% d’écart sur les prix ! Nous éclatons de rire et demandons à commander en anglais et à payer en Hindi. Une mini crise s’ensuit entre le patron et le serveur négligent qui en prend pour son grade. Le patron grommelle pendant quelques minutes en rangeant les menus en deux tas bien distincts…et nous facture le prix Hindi ;-)
Arrivés à Jaisalmer, il ne fait « que » 49°C : merci aux nuages. Nous partons en quête d’une agence qui nous organisera une randonnée à dos de dromadaire. Nous faisons confiance à « Mr Desert », le gérant de l’agence « Sahara Travels » dont la grosse moustache ourlée, la peau foncée et les yeux bleus ont été rendus célèbres par de nombreuses publicités. Une heure après notre arrivée nous sommes déjà dans la voiture de l’agence conduite par Lilou, notre guide qui mène la jeep tambour battant au milieu des dunes. Il nous dit qu’on est chanceux car il vient de pleuvoir et la température est clémente. Nous lui rétorquons que nous sommes bretons, que nous avons tendance à apporter la pluie avec nous et que nous sommes heureux de voir que pour une fois, c’est apprécié à sa juste valeur.
Nous entrons dans un village où « Tiger » et « Boblue », nos nouveaux copains chameaux, nous attendent. Nous harnachons les sacs sur leur dos et enfourchons chacun notre monture : c’est bien plus haut qu’un cheval ! Guidés par le chamelier, nous nous éloignons du village et pénétrons sur des dunes de sable jaune sur lesquelles des vaguelettes ont été sculptées par le vent. Nous nous laissons mener par le pas chaloupé des dromadaires qui passent partout : ce sont de vrais 4X4 ! Ils sont constamment en train de grappiller quelques feuilles sèches par-ci par-là en émettant des bruits en tous genres. Ils sont calmes, sympas et avec des têtes rigolotes : adorables !
En fin de ballade nous débouchons sur un petit campement composé de trois huttes près desquelles nous garons nos dromadaires. Nous remontons sur les dunes contempler le coucher du soleil et regagnons notre chambre après le dîner. La chambre est gigantesque, magnifiquement décorée et d’un luxe incroyable : deux lits de camp sont posés au pied de la dune ! Nous avons le désert pour chambre : un tapis de sable fin et un plafond tapissé de milliards d’étoiles !
Aucun bruit ne se fait entendre, seul le vent chaud du désert vient nous souffler une berceuse. Le marchand de sable ne tarde pas à passer, nous nous endormons sous la lune ronde en guise de lampe de chevet.
Vers minuit le vent est devenu tellement frais que nous nous enroulons dans une grosse couverture que nous regardions avec étonnement avant de nous coucher. Oui, il fait très froid dans le désert la nuit !
Jeudi 11/05/06
Nous sommes en pleine saison chaude, les touristes ne sont donc pas légion. Nous avons eu la chance de partir dans le « désert safari » juste tous les deux. Lilou nous explique que pendant la haute saison il y a souvent une dizaine, voire une cinquantaine de personnes : une vraie caravane ! La nuit romantique dans le désert vire alors au dortoir de colonie de vacances…
Nous sommes réveillés par le soleil qui jaillit de derrière la dune et par les clochettes d’un troupeau de chèvres qui traverse notre chambre. Après le petit déjeuner nous grimpons sur nos dromadaires et arpentons les dunes silencieuses pendant près de trois heures. Des antilopes courent au loin, de petits lézards apeurés par notre arrivée fuient sur le sable en laissant de petites traces de griffes séparées par le sillon de la queue. Puis c’est le retour au village et à la civilisation. Nous disons au revoir au désert et rentrons à Jaisalmer. C’était formidable.
A midi nous retrouvons Vinod et Moukesh, les yeux encore gonflés de sommeil. Ils nous conduisent au Ludarwa Temple, un temple Jaïna très finement sculpté dans le respect des traditions. Puis nous nous rendons aux Badabah cenotaphs dont les jolies ombrelles en grès jaune nous protègent du soleil cuisant.
En fin d’après-midi nous visitons le fort de Jaisalmer toujours habité. Les remparts et les maisons sont d’une jolie couleur jaune sable et certaines haveli (maisons aux façades peintes et sculptées) sont de vrais bijoux.
Un homme croise Seb et commence à discuter. Les indiens ont le contact facile en général, surtout entre hommes. Un jeune homme de 17 ou 18 ans se joint à eux, l’oeil espiègle et lance à Seb au bout d’une à deux minutes sur un ton innocent : « tu vois, c’est comme ça qu’on fait le business en Inde. On discute et après on va te demander de l’argent ». L’autre bondit, estomaqué qu’on lui casse la baraque aussi effrontément. Ils s’engueulent, on se marre. Ils sont impayables et en même temps tellement représentatifs des indiens : d’un contact facile, souvent sympas, arnaqueurs sur les bords, bourrés d’humour et avec le sang chaud. Avec un tel tempérament ce n’est pas étonnant qu’on puisse les adorer le lundi, qu’ils nous exaspèrent le mardi, qu’on s’énerve le mercredi et qu’on se réconcilie le jeudi ;-)
Vendredi 12/05/06
A Bikaner nous visitons le fort Junagarh construit au 16è siècle. Derrière de hauts remparts rouges se cachent des pièces admirablement peintes de fines fleurs colorées, des arabesques dorées et de belles cours intérieures surmontées de balcons. Décidément, les forts du Rajasthan sont éblouissants.
Puis nous faisons route vers le Karni Mata Temple à Deshnok. Là nous découvrons des centaines de rats rassemblés autour de vasques dans lesquelles leur est servi du lait. D’après la légende ces rats seraient la réincarnation de conteurs défunts. Les bestioles grouillent dans les coins où un des tas de nourriture sont jetés à même le sol. L’odeur est immonde. Ils se courent après, se battent et filent entre nos jambes. Nous apercevons un rat blanc, ce qui est rare apparemment et apporterait la promesse d’heureuse fortune J C’est un spectacle repoussant et pourtant le temple est très fréquenté : les pèlerins se pressent pour apercevoir la statue de leur idole et tendre leurs offrandes aux prêtres avant de faire le tour du sanctuaire.
Nous les suivons, pieds nus évidemment car nous sommes dans un lieu sacré. La nourriture à demi mâchée des rats nous colle aux pieds…le lieu est à éviter pour qui craint les rongeurs, la saleté et les odeurs !
Nous rentrons à Bikaner de nuit. Nous constatons alors que les chauffeurs n’allument leurs feux qu’au dernier moment pour se faire repérer…heureusement que nous conduisons peu de nuit car c’est « un peu » dangereux.
Samedi 13/05/06
Nous sommes à Mandawa, il fait 46°C à l’ombre, la ville est affreuse et les égouts débordent de partout. La première impression est mauvaise. Nous cherchons un restaurant local mais ne trouvons que des hôtels restaurants pour touristes. Nous sommes bien heureux de rencontrer un garçon qui nous propose de nous guider vers un restaurant familial où nous trouvons du Thali, le plat traditionnel dont nous raffolons. Nous sommes installés dans une ancienne grange dans laquelle des bancs et des tables en bois ont été installés. Le Thali est délicieux et le service sympathique. Les cuisinières s’amusent de nous voir chez elles et disent à notre jeune guide de leur ramener encore des touristes. On nous regarde manger fixement et avec curiosité. Nous avons l’impression de nous retrouver à Munnar chez les cueilleurs de thé qui nous regardaient comme des extra terrestres ;-)
Après ce solide déjeuner nous sortons contempler les haveli du quartier, des demeures décorées de belles peintures pour lesquelles Mandawa est célèbre. Beaucoup de façades sont très détériorées mais celles qui sont conservées, souvent dans des hôtels, sont magnifiques. Nous nous rendons dans l’ancien fort reconverti en hôtel de luxe dont les peintures sont en cours de rénovation : superbe !
A la sortie un jeune homme nous demande de venir voir son magasin. Nous refusons et lui conseillons plutôt de tenter sa chance auprès du car d’allemands qui vient d’arriver à l’hôtel. Il nous rétorque que les allemands ce n’est pas bon pour le business et qu’il préfère les italiens. « Si nous croisons des italiens nous te les envoyons. Quelle commission tu nous donnes ? ». Il ne comprend pas la plaisanterie et nous offre 20 % sans même négocier ! Incroyable. Demain on se met à l’italien.
Dimanche 14/05/06
Nous devions rester deux jours à Mandawa mais la ville ne nous plaît pas beaucoup. Nous mettons donc le cap sur Jhunjhun sur la route de Delhi où nous visitons le temple de Rani Sati dédié à la déesse des marchands. Les colonnes, les portes et l’entourage du sanctuaire sont en argent sculpté. La richesse des lieux est surprenante, surtout lorsque nous croisons des mendiants en haillons à la sortie…
Nous ne sommes plus très loin de Delhi, nous regardons les bas côtés et remarquons que nous n’avons jamais vu autant de voitures style « compressions de César » qu’en Inde. Sur la voie express nous apercevons également des hommes accrochés à l’arrière de mini vans alors que le véhicule roule à plus de 100 Km/heure. Ce sont les vendeurs de tickets. S’ils s’assoient c’est une place de perdue lorsque le véhicule est plein. Je ne veux pas connaître l’espérance de vie dans le métier…
Lundi 15/05/06
Ça y est, la boucle est bouclée, nous sommes de retour à Delhi. Le Rajasthan est une région magnifique parsemée de palais, de forts et de temples dignes des mille et une nuits. Les édifices sont splendides, richement et finement décorés. Agra, Jaipur, Udaïpur, Jodpur et Jaisalmer sont des villes dont nous nous souviendrons avec plaisir tout comme des lieux et des gens du Tamil Nadu, du Kérala et de Goa qui nous ont séduits, charmés, emballés et parfois désarçonnés. L’Inde est le pays du meilleur comme du pire mais pour notre part le meilleur a toujours compensé le pire pour nous permettre d’apprécier les beautés indiennes à leur juste valeur. Nous reviendrons, c’est sûr, peut être pas sur nos pas mais pour continuer la découverte, pour connaître enfin les montagnes de l’Himachal Pradesh, les Ghats de Varanasi, les ruines d’Hampi et tant d’autres endroits que nous n’avons pu voir faute de temps. L’Inde tout comme les autres grands pays comme l’Argentine, le Brésil et l’Australie nous laisse un léger goût d’inachevé, de « revenez-y » pas désagréable du tout. Juste assez pour savoir qu’il nous reste encore mille et une merveilles à découvrir :-)
