Nous voici donc au Malawi. Vous verrez plus tard que notre première journée dans ce petit pays se terminera au poste de police et que nous en ressortirons en ambulance…
Rien de grave, je vous rassure, c’est juste pour que vous lisiez la suite ;-) Mais effectivement, les douaniers du Malawi nous réservent un accueil plus chaleureux que les changeurs de monnaie tanzaniens. Ils sont même très sympas. Ils nous indiquent un « shared taxi » qui nous permet de rejoindre Karonga, la première ville après la frontière, où nous trouvons une connexion.
Nous voulons nous rendre à Livingstonia où, d’après un carnet de voyage lu précédemment, il est possible de faire des randonnées.

Rob, l’australien, se joint à nous. Nous hésitons entre prendre un « matola » (le « dala dala » local) qui nous conduirait jusqu’à une jonction en bas de la montagne, ou carrément louer un taxi, plus cher bien sûr, mais qui nous déposerait directement à Livingstonia.
Nous optons pour le taxi car les transports pour monter depuis la jonction jusqu’à Livingstonia sont aléatoires. Avec le taxi nous sommes assurés d’arriver à Livingstonia ce soir…enfin, c’est ce que nous croyons jusqu’à ce que, arrivés à la jonction, le taxi s’arrête et nous demande le prix de la course !
Nous sommes tous trois interloqués ! Nous nous étions mis d’accord pour monter jusqu’à Livingstonia mais le chauffeur refuse de monter, arguant que la pente est trop raide pour sa voiture.
Nous ne comprenons pas pourquoi il revient sur notre accord et refusons de le payer à moins qu’il ne monte et remplisse le contrat. Si nous descendons là nous pouvons très bien attendre jusqu’à demain qu’une voiture monte à Livingstonia ! Il nous est impossible de trouver un terrain d’entente alors nous récupérons nos sacs dans le coffre. Le chauffeur s’énerve soudain et attrape un de nos sacs à dos qu’il prend en otage ! Et voila, une fois de plus on nous fait le coup du sac ! C’est une manie !

Seb et Rob maîtrisent le chauffeur et récupèrent notre bien de force. Cette altercation fait bien sûr bien rire tous les badauds amusés de voir des « Muzungus » se disputer avec un taxi. Un policier, alerté par l’agitation, vient nous voir. Nous lui expliquons notre problème et demandons à nous rendre avec le taxi au poste de police situé à deux pas. Nous nous installons sous un abri au toit de chaume, assis sur des rondins de bois sommaires et expliquons la situation. Le taxi, de son côté, maintient que nous l’avons loué uniquement jusqu’à la jonction pour Livingstonia. Nous avons du mal à déterminer s’il est vraiment de mauvaise foi ou s’il y a eu un problème de communication au départ. Toujours est-il que nous sommes ennuyés car aucun transport en commun régulier n’existe pour Livingstonia. De plus, si nous avions su que le taxi nous laisserait à la jonction nous aurions opté pour le « matola », trois fois moins cher !
Les policiers, très sympathiques, tentent de trouver une solution.
Nous expliquons que nous sommes d’accord de donner au taxi ce qui nous restera de la course négociée initialement avec lui, après avoir payé notre montée à Livingstonia par un autre moyen de transport.
Par chance l’ambulance de Livingstonia est en ce moment en train de charger des tables et des chaises avant de remonter. Les policiers négocient pour nous un prix « Muzungu » à la baisse (c’est toujours plus cher si vous avez la peau blanche) afin de ménager le portefeuille du taxi.

Nous prenons place tous les trois à l’arrière de l’ambulance. Les gars ont de grandes jambes, c’est petit, mais ça passe…jusqu’à ce que quatre autres personnes nous rejoignent ! C’est dingue, nous sommes sept dans un espace ridiculement petit. Nous formons un véritable tétris humain, pire que dans le métro aux heures de pointe, et je sais de quoi je parle ;-) Des barres de fer et des genoux osseux s’enfoncent dans mes jambes à chaque secousse sur le chemin caillouteux, Seb respire à moitié et les odeurs qui émanent de quelques uns de nos nouveaux compagnons de voyage rendent Rob malade.
Bien sûr, avant de monter, on nous avait assuré que nous serions juste trois à l’arrière. Les promesses n’engagent que ceux qui les écoutent par ici…

Malgré tout nous nous estimons heureux d’arriver à Livingstonia une heure plus tard. La nuit est tombée et nous sommes affamés car les quelques bananes achetées à la station de bus de Mbeya sont déjà loin.

Livingstonia est un bled paumé en haut de la montagne, ce que nous ne savions pas car nous n’avons pas encore trouvé de guide de voyage…Nous avons un peu d’argent échangé à la frontière mais c’est juste. Bon, nous sommes en transit depuis lundi 7H. Il est mardi, 20H. Il est temps de se reposer, nous ferons le point demain.

Mercredi 22/06/06

Résultat des courses : nous sommes dans un minuscule village perché à 800 mètres au dessus du lac Malawi. La vue doit être superbe quand il fait beau mais le ciel est bas…
Nous avons en poche de quoi payer la nuit dernière, un peu de nourriture et le transit pour Mzuzu, la 3è ville du Malawi, dans laquelle nous trouverons un distributeur de billets. Conclusion : nous devons partir aujourd’hui et atteindre Mzuzu ce soir au plus tard.

Mais il y a un « petit » problème : aucune voiture ne descend de la montagne aujourd’hui. Nous décidons de faire le trajet à pied. En descente, nous pensons que ça ne doit pas être trop difficile, même avec nos gros sacs à dos.
Nous débutons notre randonnée la fleur au fusil, le sourire aux lèvres et quelques bananes en poche.
Nous dépassons l’école du village où une cinquantaine d’enfants, rassemblés sous un gros arbre, écoutent la maîtresse d’une oreille de moins en moins attentive à mesure que notre convoi approche. Ils nous lancent de petits saluts furtifs de la main, craignant probablement d’être réprimandés pour leur inattention. Mais lorsque la maîtresse répond elle-même à notre salut, tous les enfants s’y mettent en chœur ;-)

Nous suivons pendant quelques minutes des femmes portant de gros sacs de farine fraîchement moulue sur la tête. Elles se dirigent vers les maisons isolées que nous apercevons ça et là sur l’autre versant de la montagne. Maintenant il fait beau, les enfants nous sourient sur le pas de la porte, nous sommes contents.
Un jeune garçon marche à nos côtés et nous propose de nous montrer les cascades « Manchewe » situées à 3 Km du village, sur la route que nous suivons. Les cascades sont effectivement jolies quoique très fines.
Maintenant il n’y a plus de maisons, nous sommes juste tous les quatre sur le chemin sinueux. Petrus, notre compagnon de route, nous montre des raccourcis pentus où nous nous aventurons avec précaution car les sacs commencent à peser leur poids finalement…cela fait près de deux heures que nous descendons par de petits chemins de chèvre qui coupent en ligne droite les lacets de la route. Mes jambes, qui supportent les 18 Kgs du sac à dos, commencent sérieusement à faiblir…Seb porte encore plus lourd…encore un ou deux kilomètres et je demande une pause.
Le bas de la montagne est encore très loin. Si seulement une voiture inattendue pouvait descendre avant que nous soyons épuisés ce serait le bonheur…

J’entends un bruit de moteur ! Ah zut, il s’éloigne dans un zig…et le revoici dans le zag ! Un pick up ! Même pas bondé !
Nous faisons signe au chauffeur de s’arrêter et lui demandons combien il veut pour nous prendre dans sa remorque jusqu’à la jonction. « Allez-y, montez, c’est gratuit. ». J’aurais payé cher pour monter. C’est sympa.

Nous rejoignons trois filles et un garçon qui nous font de la place à l’arrière. Ouf, les choses s’arrangent, nous avons toutes les chances d’arriver à Mzuzu avant la nuit. A la jonction nous descendons nos sacs avant d’apprendre que la voiture continue vers Mzuzu. Le chauffeur est d’accord de nous y conduire. Quelle aubaine ! Nous tentons de remonter nos sacs et de nous ré encastrer à l’arrière du pick up mais c’est impossible. Visiblement les trois filles ne l’entendent pas de cette oreille. Elles tendent les jambes au maximum pour nous empêcher de prendre place. OK les filles, merci, c’est sympa, nous passons donc notre chemin et attendons un « matola ».

Nous serrons la main à nos copains policiers rencontrés la veille et sautons dans un matola vingt minutes plus tard. Nous sommes 24 dans un mini bus prévu pour 12 personnes maximum…le chauffeur, encore un cousin de Mad Max fait des pointes à 130 Km/H en ligne droite. Les panneaux de limitation de vitesse à 25 Km/H à l’approche des écoles ne l’émeuvent pas plus que les virages…c’est un fou dangereux ! Nous arrivons à Mzuzu sains et saufs mais prenons la résolution de ne plus monter dans les matolas que si nous n’avons pas le choix. Désormais nous tenterons de prendre des bus plus gros et moins rapides.

Nous dénichons un hôtel très agréable : le « Flame Tree Guesthouse », où de jeunes filles souriantes nous accueillent et nous permettent de planter notre tente dans le joli petit jardin transformé en camping. Un salon confortable nous permet de nous reposer et de discuter avec les autres voyageurs, vraiment, le Flame Tree est l’endroit rêvé.

Jeudi 23/06/06

Qui a dit qu’il fait chaud en Afrique ? Malgré la couverture empruntée à l’hôtel j’ai à peine pu dormir, transie de froid dans notre petite tente dont l’intérieur se couvre de gouttes de condensation. Dès qu’on a le malheur de toucher la toile il pleut à l’intérieur !
Nous n’avons pas nos sacs de couchage, laissés à la maison lors de notre escale. Jusqu’au dernier moment nous ne pensions pas camper en Afrique. Nous n’avons acheté notre petite tente légère que quelques heures avant de prendre l’avion, après avoir lu dans le train le guide de voyage « Tanzanie » fraîchement acquis.
Mzuzu est à plus de 1 000 mètres d’altitude. La Zambie, notre prochaine destination, est également montagneuse. Ça promet…mais bon, je me plains, je me plains, mais je ne laisserais ma place à personne ;-)

Aujourd’hui, Rob, chef cuistot de son état et ayant travaillé en dernier lieu dans un restaurant doté de trois étoiles au Michelin, nous propose de faire le repas : un « vegetable curry ». Seb et moi l’accompagnons au marché puis, de retour à l’hôtel, jouons aux marmitons assistants en pelant les légumes pendant que Rob officie. Nous nous régalons.

Vendredi 24/06/06

6h30, nous replions la tente encore mouillée à l’intérieur et prenons le chemin de la station de bus, toujours accompagnés de Rob. Là nous retrouvons Nolwenn et Gaël, deux bretons rencontrés au Flame Tree. Nous attendons le bus de 7h30 pour Nkatha Bay. Il semble y avoir un problème...à 8 heures nous apprenons que le bus est en panne. Il arrivera peut être plus tard aujourd’hui ou peut être demain.
A 10h30 nous nous résignons à prendre un matola. Nous montons délibérément à l’arrière d’un véhicule encore vide en queue de ligne : nous perdons du temps à attendre qu’il se remplisse mais franchement, les sièges à l’arrière ont l’air plus sûrs. Il est 11 heures, nous voici enfin partis 3h30 plus tard… il ne faut pas être pressés au Malawi.

Nous arrivons au Njaya Lodge à temps pour planter notre tente, constater que cet endroit est superbe, faire quelques courses et voir la France se qualifier pour la coupe du Monde :-)

Samedi 25/06/06

Depuis la terrasse du Lodge on peut apercevoir par temps clair la rive opposée : la Tanzanie côté Nord et le Mozambique côté Sud. Mais aujourd’hui il pleut à torrent.
Un petit lac s’est formé cette nuit dans la tente, au niveau des pieds. Floc, floc, floc, nous migrons vers une « banda », une cabane en bambou (etanche) perchée sur des rochers à 1 mètre au dessus de la rive du lac.

Dimanche 26/06/06

Nous somme bien mieux dans notre banda qu’au camping et le panorama est beaucoup plus joli. Comme aujourd’hui il fait beau nous en profitons pour faire sécher notre lessive au soleil sur la rambarde en bois de notre mini terrasse.
Nous apercevons les montagnes de l’autre côté du lac, les petites barques des pêcheurs croisent au large de notre cabane, le temps s’écoule tranquillement.

Jeudi 30/06/06

Les habitants de Nkhata Bay sont très sympathiques. Nous en repartons aujourd’hui et lorsqu’ils nous croisent avec nos gros sacs à dos, certains nous lancent des « have a good journey my friend ! ».
Le bus pour Lilongwe devrait arriver entre 8 et 9 heures et effectivement, il est à l’heure ! Nous dépassons de petites maisons en brique rouge et au toit de chaume, les vendeurs ont déployé leurs étals de poisson et le riz sèche sur de grandes bâches en bord de route. Le bus est loin d’être bondé, pour une fois c’est agréable, et le paysage est varié.
Les femmes ne se séparent jamais de leur bébé serré contre elles. Leur dos étant occupé, elles portent tout le reste sur la tête : eau, bois, paniers…
Les troncs des baobabs qui bordent la route ont des troncs d’une épaisseur impressionnante. Dans le dernier tronçon du voyage, alors que nous nous rapprochons de la capitale, le bus se remplit peu à peu. Pour finir, une vingtaine de personnes se tiennent debout dans la travée centrale dans un brouhaha de rires et d’interpellations au dessus desquels on distingue le caquettement indigné des poules qu’on tient par une patte ou une aile.
Lorsque nous posons enfin nos sacs au « Peacock Guesthouse » à Lilongwe, la nuit est déjà tombée : encore un long trajet !

Lundi 3/07/06

Après plusieurs excursions jusqu’à la station de bus, quelques consultations sur Internet et la visite d’une agence de voyage, nous changeons nos plans à la dernière minute.
Nous irons aux chutes Victoria en Zambie une autre fois : trop loin, trop cher et pas de correspondance avec Madagascar, l’etape suivante. Les vols pour Madagascar ne partent que de Nairobi au Kenya ou de Johannesburg en Afrique du Sud. Notre préférence va à Nairobi car nous avons déjà visité l’Afrique du Sud et surtout les billets y sont plus chers.

Donc nous troquons les chutes Victoria contre un safari au Kenya : il y a pire comme problème ;-) Et nous nous rapprochons tranquillement de Madagascar.

Nous passons notre dernière soirée au Malawi avec Sandra et Guillaume, deux français avec qui nous avons sympathisé et supporté l’équipe de France samedi :-)
Eux aussi font un tour du monde (1 an et demi !). Ils sont restés plus de 6 mois en Afrique et tentent de revendre la voiture qu’ils ont achetée en Afrique du Sud. Mais il est difficile de vendre la voiture au Malawi car les sorties d’argent du pays sont très réglementées. Ils vont donc probablement tenter leur chance au Botswana. De notre côté nous partons pour Nairobi au Kenya demain. Entre 3 jours de bus et 3 heures d’avion, malgré tout, nous avons choisi l’avion ;-)